UN NEZ DANS UNE PORTE ET LACADEMIE HISTOIRE DE M. JAQUOT
Je raconterai la fable que voici aux gens qui de mandent en ce moment la suppression de l'Académie française.
Un homme curieux s'était laissé prendre maladroitement le nez dans une porte.
On ne peut pas laisser prendre son nez dans une porte sans qu'il en soit notablement endommagé.
Celui-ci avait été si horriblement maltraité que le premier médecin auquel le patient le montra dit : « C'est un nez perdu ; il faut le couper. »
Le second, le troisième et le quatrième furent du même avis. Le maître du nez alla à Paris consulter un prince de la science.
Le prince de la science examina le nez et dit :
— Avez-vous montré déjà ce nez-là à quelqu'un ?
— Oui, monsieur, au médecin de ma ville.
— Et que vous a dit le médecin de votre ville ?
— Il a dit qu'il fallait le couper.
— Le médecin de votre ville est un ignorant ?
— J'en étais bien sûr.
— Vous ne l'avez pas ensuite montré à d'autres ?
— Tardon ; je l'ai montré au médecin de la ville voisine.
— Et qu'a-t-il dit?
— Il a dit, comme le premier, qu'il fallait me couper le nez.
— I^noraniissime !
— Je l'ai encore montré à deux autres ; tous deux ont élé du même avis.
— Deux ânes '
— Ali ! docteur, je savais bien, moi, qu'il n'y avait pas besoin de me couper le nez !
— C< rhiinemenl, mon ami, qu'il n'\ a pas besoin
de vous cou, er le oez : il tombera bien tout seul.
El b' prinee de la science donna une pichenette au m/, qui tomba.
Celle fable prouve que, — o muthos débi <>ii, — il ne l'uni pas supprimer l'Académie,
Que diable voudriez-vous faire de pire contre l'Académie que ce qu'elle fait elle-même?
Que doit êîre l'Académie française?
Une assemblée de quarante écrivains chargée de iiKer et de polir la langue. Il ne faut pas entendre parla seulement éplucher des adverbes, écosser des adjectifs et vanner des conjonctions, il faut entendre tout le bien que pourrait faire une critique saine, sévère et libérale à la fois.
Chaque fois que l'Académie nomme un nouveau membre qui n'est pas un écrivain, elle s'annule d'un quarantième.
Chaque fois que l'Académie, nommant un écrivain, ne choisit pas le talent le plus grand et le plus réel de ceux qui ne sont pas encore de l'Académie, elle se diminue dans une occasion de s'accroître.
Supprimer l'Académie, ce serait la galvaniser, ce serait lui donner cette force, lui assurer cette faveur que la générosité taquine du caractère français donne toujours aux persécutés.
Qu'est-ce que l'Académie aujourd'hui ?
Que fait l'Académie ? à quoi sert-elle ?
Si l'Académie n'avait pas dans son sein ceux qui y sont entrés malgré elle, c'est-à-dire après une lu! le longue: acharnée, haineuse, elle n'existerait plus.
On sait avec quelle obstination puérile Victor Tlugo en a été repoussé pendant de longues années, on sait avec quelles avanies ce grand poëte y a été reçu ; de telle façon que je dis en sortant de la séance: « Il semble une ville prise d'assaut où de vieilles femmes jettent parles fenêtres leurs ustensiles de ménage sur la tèle des assiégeants vainqueurs. »
On sait que l' Académie a eu le malheur de laisser dire, sans prolester énergiquement , et sans que J'opinion publique protestât pour elle, qu'il était question de rayer Victor Hugo de l'Académie.
Il eût été curieux de voir, un tel acte accompli, qui de Hugo ou de l'Académie se serait en réalite trouvé effacé.
On sait que M. de Vigny n'est entré à l'Académie qu'à la suite d'une transaction.
On sait que Balzac n'en a pas été ; ce que je constatai alors ainsi : « L'Académie française de notre te nps ressemble à celle de Louis \iv, en ceci qu'elle veut avoir aussi sou Molière à ne pas nommer. »
(in sail qu'Alexandre humas n'en est pas cl n'eu s<ra probablement jamais.
On croil ( énéralement quec'est I»' sexe de madame Sand qui l'empêche d'être de l'Académie. C'est un
prétexte heureux: qui sauve à l'académie le ridicule et la honte de ne pas l'admettre.
Par exemple, moi qui n'ai pas à me reprocher d'avoir trop encouragé le beau sexe au feuilleton, je voudrais bien que quelqu'un me donnât une bonne raison pour l'exclusion des femmes de l'Académie.
Craint-on l'influence de la beauté siiïles suffrages? On pourrait attendre l'époque où la femme entrerait dans le troisième sexe et ne menacerait plus l'indépendance des philosophes et des esprits purs de la compagnie.
Si l'Académie avait du bon sens, ce serait elle qui ferait des démarches auprès des talents vivaces ci puissants qui sont hors de son sein pour s'approprier leurvie et leur puissance; ce serait elle qui ferait des visites.
Mais c'est le malheur des sociétés et des compagnies qui ont une fois laissé les médiocres composer leur majorité.
Voici l'aveu que fait l'acteur Lckain à propos de la compagnie du Théâtre-Français.
« N'admettez que difficilement un acteur de petite taille, parce qu'une fois admis, il n'aura plus qu'un souci : c'est de ne pas en laisser arriver de plus grands que lui. »
On ne saurait répéter sérieusement les objections faites à l'Académie contre certains écrivains : — Un tel ? il a plus écrit à lui seul que toute l'Académie ; il a rempli les caisses de quatre ou cinq théâtres pendant plus de vingt ans ; il a eu une douzaine de ces grands succès qui font époque dans la littérature. Tout cela est vrai, incontesté, incontestable, mais on dit qu'il a des dettes et qu'il aime les femmes.
Il y aurait deux réponses à faire à cette objection, si elle en méritait une.
La première, c'est que l'Académie n'a pas pour fonctions de recevoir, mais de donner les prix Monlyon ; la seconde, c'est que je voudrais voir lapider le coupable par les gens sans péché de la docte compagnie.
Un autre a fait tel ouvrage où il a attaqué telles ou telles choses, tels ou tels hommes aujourd'hui i ii crédit.
il était question de recevoir à l'Académie L'auteur de la Métromanie. On discutait cette candidature ai <• un feu extrême. Fontenelle, qui, «ayant envoyé ses équipages d< rant, » était devenu fort sourd, appela (m de ses collègues et lui dit :
— De qui parJe-t-on ?
— De l'auteur de la Métromanie.
— Ah! très-bien, dit Fontenelle, et d'une certaine ode...
— Oui, et c'est justement de cette ode qu'on se préoccupe ; cette ode est pleine de verve et de talent, il est vrai, mais d'une immoralité révoltante.
— Et que dit on de celte ode? demanda Fontenelle.
— L'a t-il faite? ne l'a-t-ii pas faite? Voilà la question, et voilà d'où dépend son élection. Vous comprenez que s'il l'a faite...
— S'il Ta faite, dit Fontenelle , il faut le gronder sévèrement ; mais, s'il ne l'a pas faite, il ne faut pas le recevoir.
Mais les reproches faits à certains candidats ne sont que des prétextes.
D'ailleurs, pour ce que fait l'Académie, elle est toujours assez littéraire.
L'Académie, si elle était vivante, devrait publier un journal de critique où elle examinerait et jugerait sérieusement et magistralement toutes les oeuvres littéraires.
Mais pour que l'Académie pût exécuter ce travail avec autorité, il faudrait qu'elle fût un corps littéraire empressé de s'adjoindre tous les talents et toutes les forces qui apparaîtraient au dehors ; en
un mot, il faudrait que l'Académie fût le contraire de ce qu'elle est.
Je ne ressens aucune indignation contre l'Académie, et je ne comprends pas l'indignation de certaines personnes.
Je suppose le plus grand ennemi possible de l'Académie française.
Quel mal plus grand pourrait-il lui faire que celui qu'elle vient de se faire à. elle-même par l'élection de M. de Falloux?
Supprimer l'Académie ! ce serait rétablir celle coutume ancienne et farouche de pendre les suicidés.
J'entends dire partout : Cécile est vertueuse,
Pourtant elle esl avare, égoïste, envieuse.
Tous les vices! Un seul cependant excepté.
Bile n'a pas d'amant, <lii-<>n. La bonne apôtre!
I ■ que ce vice-là ne peut être goûté
Sans faire en même temps plaisir à quelqu'un d'autre.
C cile es1 chaste, oui, mais par méchanceté.
On m'écrit de Paris <]u«' l'on a, non pas fait, mais publié « ma biographie. » Cela, medit-oo, ne vaul
MÉLANGES PHILOSOPHIQUES. ft3
pas la peine d'être lu. — Aucun soin, aucune exactitude, une compilation d'anas pris au hasard dans les vieux Mathieu La3nsberg et d'anecdotes ayant déjà servi à Roquelaure et à Cadet Roussel.
L'auteur, ajoute-t-on, est un certain M. Jaquot, qui, il y a quelques années, se trouva mécontent de son nom, comme Boileau, Racine, Corneille ont pu l'être du leur, qui en effet n'était pas très-heureux avant l'illustration qu'ils lui ont donnée, ainsi que de ce temps MM. Planche, Lurine, Anne, etc., qui ont pris la même voie pour se faire un nom.
Moins patient ou moins coniianl en lui-même, ledit M. Jaquot, au lieu de se faire un nom , s'en est fabriqué un et s'est appelé lui-même M. Eugène de Mirecourt.
Puis, au lieu d'entrer dans la carrière avec les écrivains contemporains, il s'est assis sur les talus qui entourent l'hippodrome, et jette des pierres aux concurrents qui passent devant lui.
Cela amuse quelques curieux, quelques envieux, qui l'encouragent par des gros sous.
Un passage cependant de ma biographie est assez réussi et a fait rire Gatayes et quelques autres de ce bon rire franc, invincible, que les dieux, dit-on , se sont réservé dans l'Olympe.
Dans ce passage , l'auteur raconte qu'ayant déjà délivré la terre de plusieurs monstres, il résolut un jour de se défaire de moi.
A cet effet, couvert de la peau du lion de Némée, il se mit à ma recherche. Mais il faut croire que je fus averti, car jamais il ne put me rejoindre.
De ce jour, on ne me vit plus ni chez moi, ni dans la rue, ni nulle part ; on sait ma timidité : la terreur me retint pendant quatre ans caché chez Gatayes. Aussitôt que Ton sonnait, il m'enfermait dans une armoire et gardait la clef dans sa poche.
Un jour, l'ennemi s'introdu4sit. Il avait un faux nez et l'air d'un gentleman. Il voulait absolument que Gatayes lui jouât un petit air de harpe. Sur son refus, il voulait voir et toucher la harpe de Gatayes.
Mais, une fois dans le cabinet où dort l'instrument, il ne put dissimuler tout à fail sa férocité, et il lança des regards si affreux du côté de l'armoire où j'étais blotti que Gatayes en frissonna.
Quand il fui parti, on rae trouva tremblant de la
tête aux pieds. La nuit, j'eus une fièvre horrible,
et, dans mou délire, prêtant au redoutable partota-
nage des idées d'ogre sans doute exagérées, je répé*
\- lu déjeuné, Jaqaol T »
Uneautn fois, il en ira encore dans la place avec
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une lettre de recommandation d'une personne à laquelle Gatayes n'avait rien à refuser. Nous fûmes encore avertis à temps. Il entra dans le cabinet, mais quel fut son étonnemenî, mêlé de joie farouche, en voyant entr'ouverte l'armoire, mon asile ! Ii resta quelque temps, plongea ses regards dévorants dans tous les recoins de l'armoire, et se retira désappointé et pensant que j'avais quitté Paris.
Heureuse erreur ! .
Pendant sa visite, j'étais avec lui dans le cabinet de Gatayes. On sait que ce cabinet est si rempli de curiosités, d'animaux empaillés, d'armes, de dieux indiens, etc. , qu'un homme en grand danger, auquel Gatayes donnait l'hospitalité, refusa de profiter d'une occasion de quitter Paris pour rester une journée de plus dans ce cabinet.
J'avais, moi, revêtu la peau d'un des ours, et j'étais immobile, assis dans un coin. Gatayes m'a dit depuis qu'il avait vu mon épaisse peau frémir deux fois sous le regard acéré de M. de Mirecourt. Ce fut alors que ce dernier alla me chercher au Havre. Cette situation n'était plus tenable ; je profitai de cette courte absence pour me procurer un passe port et m'évader de France par le chemin de Lyon On lui a fait croire que j'ai péri en Suisse dans
àS MENUS PROPOS.
un glacier. Je suis plus tranquille, mais je crains à chaque instant qu'un imprudent ne le désabuse.
Au mois d'octobre dernier, je disais à peu près ceci : « Il arrive trop souvent encore qu'un homme arrêté par la garde, et déposé dans cette sorte de prison provisoire appelée violon, est trouvé le lendemain malin pendu au moyen de sa cravate ou de ses bretelles.
» Il y aurait, disais-je, un moyen bien simple de rendre impossible le retour de pareils faits.
» Pourquoi le violon ne serait-il pas fermé par une grille ouverte sur le corps de garde de façon à laisser toujours le prisonnier sous les yeux des hommes du poslc? »
Cette question est restée sans réponse, et, qui pis est, sans solution.
Dans l'espace des six mois qui ont suivi la publication de cette note , les journaux ont signalé deux nouveaux cas de suicide dans les violons des corps de garde.
In de CCS eas a eu lieu il y a quelques jours.
I 'est pourquoi je reproduis ma note ou sail que
je suis obstiné.
Ce n'est pas seulement par vanilé, quoique ce soit aussi par vanité, que je revendiquée certaines initiatives. Il est bon de constater l'adoption d'idées de gens qu'un certain parti appelle les anarchistes et les ennemis de la société.
Voici que Ton entre dans la voie des impôts sur le luxe.
L'avons-nous assez prêchée sur tous les tons, cette révolution !
Seulement je constaterai que si l'on entre dans cette voie, on n'y entre jusqu'ici que très-peu.
Notre théorie est celle-ci : « Imposer le luxe pour dégrever la pauvreté. » L'impôt doit commencer là où finit le besoin strict. Qu'une paire de gants coûte dix sous de plus, que le vin de Champagne soit payé un franc de plus par bouteille, cela n'empêchera ni de porter des gants, ni de boire du vin de Champagne ceux qui le font aujourd'hui.
Il est peu important que la brioche coûte très-cher si le pain est à bon marché.
Mais nous n'avons jamais proposé cet impôt du luxe comme un impôt de plus , comme un impôt à ajouter à ceux qui existent déjà : « Imposer le superflu pour dégrever le nécessaire. » On impose les voitures de luxe, très-bien. Mais que dégrève-
t-on? Il est probable que nous le saurons bientôt.
Je suis souvent revenu sur un point que je ne suis pas près d'abandonner probablement, — à cause d'une habitude dont je me suis passablement trouvé. — Ce n'est pas du glaive solennel de la justice que je me sers dans une guerre contre les abus ; mais si on comptait bien les milliers d'épingles que je fiche dans leur peau, on verrait qu'elles forment la monnaie du glaive et que les condamnés ont leur compte.
Demandez au boxeur ! croyez-vous qu'il s'amuse A frapper tour à tour, pour varier son coup, Son adversaire au front, au flanc, aux yeux, partout ? Non, ce n'esl pas ainsi, croyez-moi, qu'il en use. Quand un coup bien porté fait sa marque en bon lieu, Son poing ne cherche plus et ne rôse qu'au bien.
Les chemins de fer sont une do* plus grandes révolutions (ju! aient modifié la sopiété, — sans l'imprimerie, je dirais la plus grande. Le déluge a été b tueoup moins révolutionnaire! etsurtoul beaucoup moins progn ssif.
Dans mi temps donné, les chemins de fer rendront l m i , la gu< rre, la tyrannie et la famine
i opoj ïibles, — après que la guerre, la tyrannie el
la famine se seront un peu servies des chemins de fer, — mais pas bien longtemps.
En attendant, il faudrait que les chemins de fer s'occupassent de remplir leur mission, qui est de supprimer ou au moins d'abréger les distances ; or, les distances se composent de deux obstacles : l'espace et l'argent. Il ne sert de rien d'avoir vaincu le premier si on ne triomphe pas du second.
Que les chemins de fer héritent des voyageurs des diligences, ce sera un résultat dérisoire. Je dirai quelque jour ce que la société est en droit d'attendre des chemins de fer. Il faut que le chemin de fer ne se contente pas de transporter des voyageurs, il faut qu'il crée des voyageurs ; quelques-uns sont, il est vrai, séparés du Havre par soixante lieues qu'il y a d'ici là, mais un bien plus grand nombre en est séparé par les 50 francs qu'on n'a pas.
Paris est à soixante lieues et à 30 fr. du Havre ; ceux de ses habitants qui en étaient à 30 fr., en sont toujours à la même distance, et n'ont rien gagné.
Je me trompe, ils ont perdu, car le Havre est toujours pour eux à la môme distance, il est vrai, mais il est rapproché pour ceux qui n'en étaient séparés que par les soixante lieues , et ceux-ci ont un im-
mense avantage sur les autres, avantage qu'ils n'avaient pas avant les voies ferrées.
Je ne veux traiter aujourd'hui qu'un seul point qui vient de me frapper singulièrement en traversant Paris.
Plusieurs administrations augmentent le prix des places les dimanches et les jours de fêle,
Un chemin ferré n'est pas comme une autre entreprise de roulage. Les voitures appartiennent à une administration , c'est vrai, mais le chemin luimême appartient à l'État, ou mieux à tout le monde. La compagnie industrielle n'en est en réalité que la fermière.
Qu'une diligence augmente ses prix arbitrairement dans telle ou telle circonstance, elle vous prive de ses voitures si vous trouvez le prix trop élevé, mais du moins elle vous laisse la route ouverte.
Eh bien! les diligences voiturent les voyageurs à des prix invariables.
Si cette variation dans les prix de transport sur les voies ferrées était admise, peut-être devrait-elle souffrir une exception à la sortie d'une ville comme Pans.
Le dimanche et les fêtes SOQl les seuls jours auxquels ht classe ouvrière sorte de ses ateliers. Si elle
pouvait, au moyen des chemins de fer, se transporter dans la vraie campagne, c'est-à-dire à. une dis tance suffisante du macadam et de beaucoup d'autres choses, ce serait un bon et utile délassement pour le corps et pour l'esprit, et elle rapporterait des poumons rafraîchis et restaurés par le véritable air pur, riche et n'ayant jamais servi. Mais il n'en est pas ainsi : le prix du transport augmenté est trop cher et absorberait bien vite l'argent destiné au petit festin de famille.
Or, comme les coucous et les voitures à bon marché ont disparu devant l'omnipotence des chemins de fer, les ouvriers n'ont à leur disposition que la partie de la banlieue qui, en réalité, n'est qu'un faubourg, et pour eux la campagne est là où on voit écrit sur les murs : Bon vin de vigneron ; ou : Vin d'Argenteuil à 8 sous le litre. Cela n'est ni bon ni moral.
Est-ce très-avantageux pour les administrations? Elles font payer plus cher aux petits propriétaires et aux petits bourgeois, mais elles perdent la clientèle très-nombreuse des ouvriers. Le résultat est incertain, du moins à mes yeux.
Mais je ne consens pas à le prendre en considération.
Le prix de transport sur les chemins de fer> déjà trop élevé selon moi, et pour les raisons jusqu'ici irréfutées que j'ai répétées en commençant ces lignes, ne doit pas, toujours selon moi, être soumis à des variations qui en enlèvent l'usage à une partie de la population. Je ne demande pas tout à fait qu'on abaisse ce prix le dimanche, et je ne le demande pas parce que je suis aujourd'hui dans un de mes jours de timidité ; mais je demande bien hautement qu'il ne soit pas élevé du moins et surtout ce jour-là.