‹ Menus propos sur les sciencesChapitre 10 sur 43 · I. — Le retour des Comètes · texte numérisé non relu

I. — Le retour des Comètes

Quels singuliers corps que les comètes^ et comme le nom de planètes (astres errants) leur eût bien mieux convenu qu'aux planètes proprement dites ! Elles nous viennent de fort loin et restent invisibles tant qu'elles ne sont pas à la portée de nos lunettes, Une fois dans nos parages, on les voit, même sans lunette, pendant quelque temps, puis elles s'éloignent et finissent par disparaître.

Gomment, dans des temps d'ignorance, les hommes n'auraient-ils pas été frappés par de semblables apparitions? Comment, avec leur besoin de merveilleux qu'on veut étouffer en vain, n'auraient-ils

pas attribué à ces corps célestes des influences bienfaisantes ou malfaisantes ?

Lors de la mort de Jules César, une comète parut, et les Romains ne doutèrent pas que ce ne Mt Tâme de leur illustre chef.

En 1402, on aperçoit une fort belle comète, si brillante qu'on la voyait en plein jour ; un petit peuple d'Italie s'imagine qu'elle prédit la mort de son prince, et celui-ci a une telle peur, qu'il en meui't et donne raison à la prédiction.

En 1456, A murât vient de prendre Constantinople, la chrétienté est en péril, pendant qu'une immense comète se montre. La terreur est à son comble, et le pape Calixte II, qui a plus de foi que de science, ordonne des prières publiques et excommunie les Turcs.

De notre temps, en 1811, on s'est borné à attribuer aux comètes une influence sur le vin.

Mais finissons-en avec ces citations de honteuses superstitions. Il vaut mieux causer de choses sérieuses.

Bien que la dénomination de comète indiflue un astre chevelu^ ces corps célestes présentent la plus grande variété d'aspect, et la chevelure à laquelle ils doivent leur nom, n'existe pas toujours. Lorsque la comète présente tous ses éléments, elle se compose d'un noyau brillant, semblable à une étoile ou plutôt à une planète, entouré, d'une sorte de nuage lumineux, la chevelure. L'ensemble du noyau et de la chevelure constitue ]a tête. Enfin, la chevelure se prolonge et forme la queue de la comète.

Mais toutes les comètes n'ont pas toujours réunis la queue, la chevelure et le noyau.

On en a vu à plusieurs queues, comme le sôrpent de la fable, et d'autres sans queue. J'ai dit que certaines n'avaient pas de chevelure. Enfin, elles se réduisent quelquefois au simple noyau ou à la chevelure seule.

Naturellement, celles que Ton voit le mieux sont les comètes à queue, et voilà pourquoi on croit généralement qu'elles ont toujours cet appendice.

— D'où viennent les comètes, comment peut-on en prédire le retour?

— Elles tournent autour du soleil comme les planètes, comme la terre elle-même, comme la lune tourne autour de la terre; mais au lieu de décrire, comme les planètes, une ellipse qui diffère très-peu d'un rond, elles décrivent des ellipses très-différentes du cercle. Figurez- vous un cerceau élastique qu'on allongerait dans un sens, en le prenant en deux points opposés, pendant qu'il se rétrécirait dans l'autre.

Le soleil n'est pas au milieu de cette courbe, mais tout près d'une des extrémités ; de sorte que, à un moment donné, la comète est près du soleil ; c'est alors qu'on la voit de plus en plus brillante, puis elle continue sa marche et s'éloigne en diminuant d'éclat.

Il existe encore une différence entre la marche des comètes et celle des planètes. Gélles-ci décrivent autour du soleil, leur centre coinmun, des ronds plus ou moins grands, suivant qu'elles en sont plus ou

moins près, eten marchant dans lemême sens comme des valseurs qui, dans une salle de bal, tourneraient autour du milieu, à des distances variables. Mais elles tournent à peu près sur le même plancher, pour ainsi parler, tandis que les comètes tournent sur un tout autre plancher, et s'en vont de la cave au grenier, traversant tous les étages pendant que les autres restent dans le même appartement.

Enfin, certaines comètes vont dans un sens, d'au très en sens contraire.

Vous comprendrez facilement qu'un corps qui traverse l'espace et passe dans le voisinage de bien des planètes, subit de la part de ces dernières des influences très-diverses et qui modifient sa marche.

La comète est une sorte de flâneur qui cause à droite et à gauche sur sa route, et par conséquent fait des stations plus ou moins prolongées. Chaque planète l'attire et la retient d'autant plus que la planète est plus grosse et que la comète s'en approche davantage. De là les irrégularités de la marche des comètes et les incertitudes de leur retour. Les astronomes se sont livrés à des calculs fort longs et fort pénibles, malheureusement quelquefois sans succès, pour évaluer les perturbations dans la course des comètes, afin d'en prédire le retour.

L'observatoire possède lé catalogue d'environ six cents comètes. Au moment oi; ime comète est signalée, on s'empresse de s'assurer si elle est connue et inscrite. Ne croyez pas toutefois qu'il suffit de la voir pour la reconnaître. La comète a une physionomie aussi mobile que celle d'une femme nerveuse ; à quelques jours d'intervalle et même en un temps

plus court, sa forme, ses dimensioas, son éclat sont modifiés.

Pendant qu'Herschel, le fils, observait, en 1 835 , la comète de Halley, il la vit, pour ainsi dire, se transformer sous ses yeux. Lorsqu'on Taperçut pour la première fois, dit-il, son aspect était celui d'un petit nuage arrondi dans Tintérieur duquel se trouvait un point lumineux.

La queue ne se montra que plus tard et s'accrut avec rapidité. Au moment où elle parut, le noyau devint beaucoup plus brillant, et il en surgit, à diverses reprises et dans des directions différentes, des jets lumineux plus ou moins étendus. Tantôt, c'était un jet unique, tantôt deux, trois ou un plus grand nombre de jets de formes variées.

Lumineux au point où ils sortaient du noyau, l'éclat de ces jets allait en s' affaiblissant ; ils se recourbaient et se rejetaient en arrière comme la fumée d'une locomotive en marche.

L'exemple que nous venons de citer montre clail^ment l'impossibilité où l'on est de reconnaître une comète par son aspect. La marche de la comète peut seule^foumir des renseignements précis ; on détermine sa routej on évalue sa vitesse, on observe en un mot toutes les circonstances de son mouvement. Si tous les calculs peuvent s'appliquer à une comète déjà inscrite au catalogue, on en conclut l'identité des deux astres.

Toutefois, ce n'est qu'après plusieurs observations semblables que la comète est rangée parmi les comètes périodiques qui, actuellement, sont au nombre de quatre.

6f MENUS PROPOS SUR LES' SCIENCES

1« CeUe de Halley, observée en 1531, 1607, 1682, 1759,1835;

2o Celle de Encke, connue depuis 1818, repars^issant tous les quatre ans ;

3o Celle de Biela, observée pour la première fois en 1826, dont la période est de sept ans;

4' Enfin, celle que M. Paye signala à. Paris en

En étudiant la marche de cette dernière, on reconnut et la route suivie et la vitesse de Tastre. D'après ces données, elle devait paraître en 1851. On se hasarda jusqu'à déterminer Theure où elle devait se trouver le pi us près du soleil. La comète fut fidèle : à l'heure dite, elle était à son poste.

Pour se trouver ainsi exacte au rendez-vous, il fallait qu'elle n'eût rencontré sur sa route aucune planète. Autrement , elle se trouvait attirée, sa marche était modifiée et sa vitesse ralentie pendant un certain temps. Ces modifications dans la marche de rostre et ces retards sont évalués par les astronomes, car ils connaissent les routes suivies par les diverses planètes, ainsi que la vitesse et la grosseur de chacune d'elles; ils savent donc si la comète passera dans leur voisinage et à quelle distance elle s'en trouvera. On sait que l'action de la planète dépend de sa grosseur et de la distance qui la sépare de la comète. Ainsi, on peut présumer de la durée de votre promenade par les personnes que vous rencontrerez et qui pourront vous retenir plus ou moins, suivant le degré d'intimité qui vous unit.

Clairaut, le célèbre géomètre, fit ce travail pour la comète d'Halley. Il trouva que Jupiter la retar-

derait de 518 jours et Saturne de 100. L'événement confirma les résultats du calcul.

En voyant les comètes, animées de mouvements analogues à ceux des planètes, tourner autour du soleil qui l?s éclaire, on peut présumer que ces corps célestes ont une commune origine. En regardant de plus près, les différences se montrent; le noyau de la comète n'est pas une masse solide compacte, mais plutôt une agglomération de poussière très-condensée ; la chevelure et la queue, semblent être formées de la même poussière de plus en plus disséminée. Il faut, en effet, que cette matière soit aussi ténue qu'elle est étendue, car au travers on voit des étoiles d'une lumière très-peu intense que le plus léger biouillard nous cacherait.

On peut se rendre compte des divers phénomènes que présente la comète, en supposant que c'est un corps d'abord solide qui, s'approchant du soleil, monte progressivement à des températures mille fois plus élevées que celle de la fusion du fer ou du platine. Il en résulte que le corps se dilate, se ramollit, fond, bout, se réduit en vapeur, et passe enfin à cet état de gaz lumineux qui nous. est inconnu sur la terre, et qui est sans doute l'état primitif de la matière qui forme aujourd'hui les mondes.

Cette matière lumineuse, qui échappe par sa légèreté à la balance la plus délicate, subit l'action des planètes sans réagir sur elles. Sa mobilité est extrême : en quelques instants elle se répand sur un espace de plusieurs millions de lieues, et bientôt après se concentre sur une étendue mille fois moin-

dre. Nous ne connaissons rien d'aussi léger, d'aussi mobile, d'aussi étrange que ces corps. Qu'on cesse donc de croire que ces riens visibles, suivant Tingénieuse expression de M. Babinet, puissent produire quelque perturbation sur la terre.

n. — La précUotion d'une 6olip«e.

Le temps n'est plus où une éclipse causait la terreur des populations ignorantes, où les habiles pouvaient proiiter de la connaissance qu'ils avaient de ces phénomènes pour usurper le renom de confidents des dieux.

Aujourd'hui, les éclipses sont prédites d'avance et consignées dans les aimanachs. On sait Theure du commencement et l'heure de la fin du phénomène; on en connaît toutes les circonstances ; on peut dire si Téclipse sera partielle ou totale, par où l'ombre commencera à mordre la lune, etc.

Lorsqu'on veut convaincre un sceptique ignorant de l'exactitude des travaux des astronomes, il suffit de citer l'exemple de la prédiction des éclipses. Il n'est pas possible, en effet, de supposer qu'un astronome ne connaît pas lesUois qui régissent les mondes du moment que, longtemps d'avance, il annonce un phénomène qui se manifeste dans l'espace à une si grande distance de nous, et qu'il décrit d'avance en entrant dans les détails les plus circonstanciés et les plus précis.

Tâchons de dire en quelques mots comment se produit une éclipse.

Un astre est éclipsé soit par un autre astre qui se trouve à un moment donné entre lui et nous, soit par l'ombre que nous projetons sur lui. Ainsi le soleil est éclipsé par la lune, lorsque celle-ci est entre la terre et le soleil. Jupiter, cette grosse planète, 1 ,500 fois plus grande que la terre, éclipse ses propres satellites ou lunes, lorsque ceux-ci passent derrière lui par rapport à nous ; la lune éclipse des étoiles en passant devant elles. D'autre part, lorsque nous nous trouvons entre le soleil et la lune, nous laissons derrière nous une longue traînée d* ombre qui, venant à atteindre la lune, alors dans son plein ou à peu près, produit ce qu'on nomme Véclipse de lune.

Comment se peut-il que tantôt la terre se trouve entre le soleil et la lune, tantôt enlrele soleil et nous ? — Gela résulte de ce que la lune et la terre ont certains mouvements.

La terre tourne autour du soleil et fait un grand rond en une année; pendant ce temps la lune l'accompagne en tournant autour d'elle et faisant de petits ronds qui durent un mois environ; de sorte que pendant que la terre fait son tour, la lune en fait à peu près douze, et cela recommence indéfiniment. Figurez-vous une personne qui valse tout autour du salon pendant qu'une seconde personne valse autour de la première.

Il semble donc, qu'à chaque demi-tour de la lune, le soleil, la lune et la terre se trouveront en ligne droite, la terre ou la lune au milieu à tour de rôle.

La lune est-elle entre les deux, elle nous cachera le soleil ; la terre s'y trouvant, son ombre se projettera sur le disque brillant de la lune. Il y aurait donc à chaque nouvelle lune (lorsque la lune est entre nous et le soleil) une éclipse de soleil, et à chaque pleine lune (lorsque la terre est entre la lune et le soleil) une éclipse de lune. En tout, pendant un an, vingt-quatre éclipses, douze de lune, douze de soleil.

Ce n'est pas ainsi que les choses se passent, car les deux astres ne tournent pas sur le même plancher, si nous pouvons parler ainsi. Il faut vous représenter la lune tournant autour de la terre sur un plan incliné, et- se trouvant tantôt plus haut, tantôt plus bas que le plancher où tourne celle-ci. La lune peut donc se trouver entre le soleil et la terre, audessus ou au-dessous de la ligne droite qui joint ces deux derniers astres, et dès lors il ne saurait y avoir éclipse.

Nous trouvions tout à l'heure vingt-quatre éclipses, et voici maintenant qu'une seule n'est plus possible? Expliquons- nous : les trois astres ne sont pas toujours en ligne droite, mais ils s'y trouvent quelquefois, et alors l'éclipsé est possible. Cela résulte du mouvement même de la lune qui, tout en tournant, s'élève ou s'abaisse par rapport à la ligne qui. joint la terre au soleil, mais ne s'écarte pas de cette ligne d'une quantité toujours la même. Il en résulte qu'à certaines époques Técart est assez faible pour que l'éclipsé puisse avoir lieu.

Distinguons maintenant Téclipse de lune et celle de soleil.

Eclipses de lune. — Supposons que les trois astres, le soleil la lune et la terre soient dans les con- . ditions convenables pour la réalisation d'une éclipse de lune. La terre laisse derrière elle une ombre allongée en forme de pain de sucre, bordée d'une ombre adoucie, sorte de milieu entre l'ombre et la lumière, et qu'on nomme pénombre. L'ombre est assez large pour envelopper la lune tout entière, et produire une éclipse totale. Cependant, la lune peut pénétrer plus ou moins dans l'ombre, qui cachera des portions plus ou moins étendues du disque lunaire, et alors il y aura éclipse partielle.

En mordant sur la lune alors dans son plein, l'ombre y produit une échancrure arrondie qui lui donne la forme d'un plat à barbe. On retrouve là une des preuves de la rondeur de la terre, car cette ombre toujours arrondie ne peut venir que d'un corps rond comme une boule.

Même pendant l'éclipsé totale et lorsque l'ombre recouvre la lune, on ne cesse pas de voir cet astre. Une faible lumière rougeâtre l'éclairé. Ce sont les rayons solaires qui contournent, pour ainsi parler, notre globe, s'infléchissent en rasant la terre et pénétrant dans l'enveloppe atmosphérique, empêchent que l'obscurité ne soit complète.

COMîfENT ON PRÉDIT UNE ÉCLIPSE DE LUNE. — Ce

n'est pas d'aujourd'hui qu'on sait l'art de prédire les éclipses. Les Chaldéens avaient observé qu'au bout de 18 ans 11 jours, la lune et la terre se retrouvent dans les mêmes positions relatives, par rapport au soleil. De sorte que si, à un moment donné, il y a une

éclipse de lune, au bout de 18 ans H jours il y en a une semblable, et toutes choses recommencent de la même façon pendant les dix-huit années qui viennent comme dans celles qui se sont écoulées. Cette période se nomme le saros des Chaldéens,

Il arrive ici comme dans tous les phénomènes, que les lois incomplètement connues sont simples presque toujours; elles se compliquent du moment qu'on les connaît mieux et d'autant plus qu'on les approfondit davantage.

La période de 18 ans il jours n'est pas rigoureusement exacte; elle suffit cependant pour quelque temps, parce que la fraction négligée est faible; ce n'est qu'à la longue qu'on vient à s'apercevoir de l'inexactitude lorsque les fractions accumulées pendant des siècles ont fait des jours et des années. Aussi les Chaldéens purent s'en servir longtemps sans constater d'irrégularité marquante. Plus tard, l'inexactitude de la période a été remarquée, et on a pu tenir compte des causes qui la modifient. D'ailleurs, les anciens pouvaient, à la rigueur, annoncer une éclipse, mais jamais avec précision. Nous pouvons cependant nous servir encore du Saros^ comme d'un moyen approximatif.

De nos jours, il existe des tables qui donnent pour chaque jour la position des astres dans le ciel et à l'aide desquelles on connaît à un moment donné les positions relatives de la terre, de la lune et du soleil. On sait donc quand ces astres sont loin ou près d'être en ligne droite, et voilà comment on arrive à prévoir les éclipses.

L'éclipsé une fois prévue, il la faut calculer. Serat-elle partielle ou totale? Quelle sera sa plus grande phase, c'est-à-dire de combien le disque sera-t-il recouvert par Tonabre terrestre?

Pour répondre à ces diverses questions, il faut faire une sorte d'épuré ou de dessin représentatif du phénomène, ce qui est possible, puisqu'on possède toutes les données nécessaires, c'est-à-dire la grosseur des astres, les distances qui les séparent et la nature de leurs mouvements.

On trace donc un cercle, qui représente l'ombre terrestre à la distance où se trouve la lune, car elle n'a pas partout la même étendue. On trace à plusieurs reprises, un second cercle qui représente la lune, en divers points du trajet qu'elle parcourt dan§ le voisinage du premier cercle et sur ce cercle même. La partie du trajet dans l'ombre étant trèscourte est figurée par une ligne droite. Les yeux servent désormais de guide, on voit de combien le petit rond pénètre dans le grand, l'intervalle de temps compris entre l'entrée et la sortie de l'ombre est évalué à l'aide de la vitesse connue de la lune et de la terre.

Supposons le diamètre de la lune partagé en douze parties égales ou doigts^ on pourra évaluer en doigts la grandeur de Téclipse. Elle sera de douze doigts si elle est totale, de six doigts si elle est partielle et de la moitié du disque.

Il va sans dire que du moment que la lune est éclipsée, elle Test pour tous ceux qui peuvent la voir au moment de Téclipse, c'est-à-dire pour une moitié des habitants de la terre environ ; nous allons voir

qu'il n'en est pas de même pour le soleil qui peut être éclipsé pour les uns et non pour les autres.

Eclipses de soleil. — Le soleil, est éclipsé par la lune, lorsque celle-ci passe entre nous et le soleil.

Mais la lune passant devant le soleil, peut cacher de cet astre une portion plus ou moiils grande. Elle peut même nous le cacher en entier, bien qu'elle soit incomparablement plus petite que lui. Le soleil est, en effet, 70, 000, 000 de fois p!us gros que la lune.

Qu'un petit corps puisse en éclipser un gros, cela ne surprendra personne. On en peut faire l'épreuve à chaque instant. C'est une question de distance ; placez le petit corps assez près de l'œil, tout est là. Votre canne placée devant vos yeux peut vous cacher une portion de Notre-Dame, les barreaux de la grille des Tuileries vous empêchent de voir certains arbres du jardin. Il n'est donc pas surprenant que la lune puisse éclipser le soleil.

Toutefois, précisément parce que la lune est trèspetite relativement au soleil, elle ne l'éclipsé pas pour tout le monde, nous voulons dire pour toute la terre. Ainsi pour en revenir à la comparaison précédente, un barreau de la grille qui cache un arbre, à une personne, n'empêche pas qu'une autre personne, placée à côté de la première, ne puisse voir de même arbre. Et, en effet, pour que le barreau . puisse cacher l'arbre} il faut que l'œil, le barreau et l'arbre soient en ligne droite. De même le centre du soleil^ celui de la lune et nous, devons être sensiblement alignés pour qu'il y ait éclipse de soleil.

11 en résulte que les éclipses de soleil sont locales^ c'est-à-dire qu'elles ne sont visibles que pour certains points de notre globe. Voilà pourquoi, lorsqu'on annonce une éclipse de soleil, on a soin d'ajouter qu'elle sera visible ou invisible à Paris. Les éclipses de lune sont au contraire universelles^ c'est-à-dire visibles de tous les points de la terre pour lesquels la lune est levée.. Et en effet, tous ceux qui voient la lune doivent la voir avec l'ombre qui la recouvre. L'éclipsé n'est pas produite dans ce cas par l'interposition d'un corps , mais par l'ombre projetée par un corps, et cela ne saurait dépendre du point de vue ou de la position du spectateur.

Aussi, bien que les éclipses de soleil soient plus fréquentes que celles de lune, on en voit moins ; sur soixante -dix éclipses, il y en a quaraiite-et-une de soleil; mais, pour un même point du globe, on verra plus souvent celles de lune que celles de soleil.

Les éclipses de soleil sont plus variées que celles de lune. Non-seulement elles peuvent être totales ou partielles ^ mais encore annulaires et annulaires centrales. Voulez-vous vous rendre compte de ces divers aspects du phénomène : prenez une pièce de cinq francs et une de cinquante centimes, disposezles en ligne droite avec um de vos yeux et de manière que la pièce de cinquante centimes se trouve entre l'œil et la pièce de cinq francs. La première représente la lune, la deuxième le soleil.

Variez convenablement les distances, vous pourrez avec la plus petite cacher la plus grande en totalité. C'est l'éclipsé totale.

Avancez alors la plus grande, et vous en verrez une portion circulaire, un anneau tout autour de la petite, c'est Téclipse annulaire. Elle sera centrale si les centres sont en droite ligne avec Toeil, et simplement annulaire, dans le cas contraire, et alors l'anneau sera plus large d'un côté que de Fautre.

Enfin, si la petite pièce est par trop de côté, Téclipse sera partielle et plus ou moins étendue, ou même n'aura pas lieu.

La durée d'une éclipse de soleil dépend tout naturellement de la vitesse de la lune et de la terre et ne saurait donc dépasser certaines limites. Ainsi, la plus grande durée est d'environ quatre heures et demie à Téquateur, de trois heures et demie à Paris.

Le temps pendant lequel le soleil sera complètement éclipsé atteint tout au plus huit minutes à l'équateur, sept minutes à Paris. Une éclipse annulaire n'est annulaire que pendant 12 minutes envi* ron à l'équateur, dix minutes à Paris.

Toutes ces diverses circonstances s'expliquent facilement, du moment qu'on connaît la marche des astres et leurs positions relatives. On comprend le peu de durée du phénomène et les limites de sa visibilité si l'on observe la petitesse de la lune relativement au soleil. Tout à l'heure, nous supposions, pour fixer les idées, qu'il s'agissait d'une pièce de cinq francs et d'une de cinquante centimes} mais, si l'on veut avoir égard aux dimensions, il faut représenter la lune par une bille d'un centimètre de diamètre et le soleil par ime boule d'un diamètre environ quatre cents fois plus grand. Déplus, il

faudra supposer la grosse boule quatre cents fois plus loin de l'œil que la petite.

Prédiction d'une éclipse de soleil. — Le saros des Chaldéeus, cette période de dix-huit ans onze jours après laquelle la lune, le soleil et la terre se retrouvent comme ils étaient dix-huit ans onze jours auparavant, permet de prévoir les éclipses de sbleil. Mais , tandis que les éclipses de lune sont annoncées presque à coup sûr à l'aide de cette période, celles de soleil ne peuvent l'être qu'imparfaitement. .

Si, comme cela a lieu, la concordance de la marche de la lune et de la terre n'est pas rigoureusement périodique, s'il y a des^ divergences même légères, sans influence sur le retour et la réaUsation des éclipses de lune, il n'en saurait être de même pour celles de soleil. Il faut, en effet, de très-faibles changements dans la situation relative de la lune^ de la terre et du soleil pour qu'une éclipse de soleil ne soit plus visible dans un lieu où elle l'avait été dix-huit ans auparavant, ou que, totale d'abord, elle ne soit plus que partielle*. Sans doute, il y aura toujours une éclipse pour quelque lieu, mais non pour le même lieu.

On s'explique maintenant pourquoi les anciens ont prédit des éclipses de lune et non celles de soleil, car ils ne les déterminaient point par le calcul^ mais par l'observation pure et simple.

Ce n'est pas tout : une éclipse de soleil doit être déterminée pour chaque instant très-court de sa

durée, car il faut tenir compte du -déplacement des corps célestes pendant la durée de Téclipse.

Il faut encore indiquer les^ lieux divers qui verront le soleil, éclipsé soit totalement, soit partiellement. Avez- vous remarqué l'ombre d'un oiseau qui vole au soleil? Elle court sur le sol, et chaque point sur lequel a passé Tombre a été privé du soleil au moment du passage. Ainsi, la lune passant devant le soleil projette son ombre sur la terre, et le trajet de cette ombre passe par tous les lieux où Téclipse sera visible. C'est donc la trace de cette ombre qu'on détermine par des calculs, sinon compliqués, au moins fort nombreux. Aussi les anciens, qui ne possédaient pas les lois précises, ne pouvaient guère se hasarder qu'à prédire les éclipses de lune. Aujourd'hui, la connaissance plus complète des mouvements des corps célestes permet de marquer à chaque moment la position relative de ces corps. •

Or, il est nécessaire de faire cette "détermination à chaque instant, lorsqu'ir s'agit d'une éclipse de soleil ; car, encore une fois, le soleil éclipsé n'est pas recouvert d'une ombre visible de tous les lieux qu'il éclaire. Pendant qu'il est caché pour les uns, il ne l'est pas, au même moment pour les autres.

De quelques particularités curieuses. — L'obscurité qu'amène TécUpse totale de soleil n'est pas complète; elle ne ressemble point à la nuit. Et, en effet, pendant une partie de la nuit, toute la portion de notre atmosphère, qui se trouve au-dessus de notre horizon, ne reçoit aucun rayon du soleil qui éclaire

alors la partie opposée. Pendant réclipse,au contraire, l'ombre de la lune ne fait, pour ainsi dire, qu'une trouée dans notre atmosphère, et tout autour de cette ombre il y a de la lumière. Il faudrait que l'ombre enveloppât la terre pour que la nuit fût tout à fait obscure.

Un phénomène assez curieux a appelé l'attention des observateurs, lors d'une récente éclipse totale, c'est l'apparition sur le contour des deux astres de protubérances d'un rose violacé dont on ne connaît pas la cause.

Mais voici un nouveau fait qui ne manque pas d'intérêt : vous savpz que si Ton pratique une trèspetite ouverture au volet d'une chambre obscure, on obtient sur un écran, dans l'intérieur de la chambre, une image du soleil ronde comme cet astre. Pendant l'été, ce phénomène se produit à l'ombre des bois. A travers les nombreux interstices que laissent entre elles les feuilles, le soleil pénètre et donne sur le sol des images plus ou moine arrondies, suivant l'obliquité des rayons. Mais si le soleil vient à être éclipsé partiellement et qu'il ait la forme d'un croissant, les images ont la même forme.

Ici se place naturellement la naïve description de la grande éclipse de soleil de Tan 1706, par Jean Chessex de Veraie, justicier des Planches de Montreux, que nous avons choisie surtout parce qu'elle est faite, dans le style du temps, par un homme spirituel et instruit.

« Cette année est très-remarquable, dit le chroniqueur, particulièrement pour la grande éclipse de soleil qui arriva le 1 2 de may de dite année, qui

étoit entière et de tout le corps, du soleil ; laquelle totale éclipse solaire a été la 13® après la naissance de Jésus-Christ, et la suivante, qui sera la 14*, ne sera veue ni de nous ni de beaucoup de générations après nous. Celle-ci commença à 8 h. 54 m. devant raidi, le milieu à 9 h. 58 m., et sa fin à i 1 h. 4 m. ; l'obscurcissement total de tout le corps du soleil dura 4 minutes ; laquelle arriva en un jour entièrement clair et serein, et ce un mercredi. Elle apporta tant de frayeur généralement à un chacun, tant à cause de l'obscurité qui survint Comme en pleine nuit, qu'à cause qu'il sembloit que la nature vouloit prendre fin, d'autant que les estoiles apparurent presque toutes : beaucoup d'artisans furent contraints quitter leur besogne ou demander de la chandelle ; les laboureurs et vignerons quittèrent leur travail et se retiroyent en leurs maisons ; les coupeurs de bois se trouvèrent en pleines ténèbres au milieu des forêts ; les voyageurs se virent enveloppez d'obscurité et en divers endroits exposez aux voleurs qui, sçachant auparavant cela, prirent leurs mesures pour surprendre les passans. Les femmes simples et idiotes, et non informées de cette éclipse, se creurent à la veille du dernier jour, et se mirent à prier une fois à bon escient si jamais elles l'avoyent fait en leur vie, etc., etc. »

Plus loin, le chroniqueur ajoute que « les chauves-souris se mirent à voltiger comme de nuit, selon leur coutume. »

A QUOI PEUT SERVIR UNE ÉCLIPSE. — Lorsqu'ou Sait que le milieu d'une éclipse aura lieu à Paris, à une

certaine heute, et qu'on observe l'heure à laquelle répond le milieu de la même éclipse à Dijon ou à Marseille, on connaît la différence des heures entre Paris et Tune ou Tautre de ces villes. Il sera ensuite facile d'en déduire la longitude de Dijon ou de Marseille, c'est-à-dire la distance du méridien de chacune de ces villes à celui de Paris, Or, on sait que la détermination des longitudes est un des éléments de la construction des globes et cartes géographiques.

On peut encore trouver dans les éclipses un moyen de contrôler ou de vérifier les dates. Qu'un historien ancien ait décrit une éclipse d'une manière assez complète, que le récit des événements contemporains se trouve lié à ce phénomène astronomique, et la connaissance que l'on a du renouvellement périodique des éclipses pourra servir, en remontant de proche en proche, à déterminer l'intervalle de temps qui ribus sépare des événements décrits par l'historien.

Les éclipses sont donc également utiles à la géographie et à l'histoire.

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