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L^ÉTOILE FILANTE

Le météore n'a fait que traverser l'atmosphère, la chaleur dégagée par le frottement l'a fait fondre en partie, puis éclater, et les éclats projetés tout autour sont seuls tombés sur la terre, tandis qu'il continuait sa marche dans l'espace.

Les étoiles filantes se montrent à toutes les époques de l'année. Il n'est pas de nuit sans étoile filante, mais il est des nuits où elles apparaissent par milliers, comme des nuées de sauterelles, disent les écrivains arabes. C'est aux environs du 10 août et du 14 novembre. L'idée d'un retour périodique des pluies d'étoiles date de la célèbre apparition du 12 novembre 1833 observée en Amérique par Palmer et Olmsted et pendant laquelle ces deux astronomes comptèrent en un seul endroit et pour neuf heures d'observation, 240000 étoiles filantes. Une autre apparition non moins remarquable avait été faite par Humboldt en 1799. Entre ces deux époques les. manifestations annuelles étaient loin d'être aussi éclatantes. Ce fait frappa Olbers qui annonça qu'une période de 34 ans ou plus exactement 33 ans un quart devait séparer les grandes apparitions et que la prochaine aurait lieu en JliB7.

M. Newton, de Nev^-Haven, a confirmé les prévisions d'Olbers. Il a recueilli tous les renseignements relatifs aux étoiles filantes, a dressé le catalogue de toutes les brillantes apparitions depuis 902 jusqu'à nos jours. Il a pu ainsi reconnaître que la période est bien de 33 ans environ en ce qui concerne |le^phjénomène de novembre seulement, lequel est tout à fait distinct de celui d'août.

Il y a donc chaque année, en novembre, des apparitions ordinaires et tous les trente-trois ans des apparitions extraordinaires. L'année actuelle se trouve être une année de brillante apparition. D'ailleurs aux approches de la trente-troisième année, le phénomène acquiert plus d'éclat et Tabondance des étoiles va en croissant jusqu'à la fin de la période. Elle décroit ensuite.

On supposait qu'il existe un anneau formé de toutes ces petites planètes, groupées comme les perles d'un collier à plusieurs rangs. La Terre, venant chaque année à passer près d^un point de l'anneau, appellerait à elle un certain nombre de ces corps, et plus puissante que la force qui les unit entre eux et, avec un autre corps, parviendrait à en faire tomber quelques-uns. Elle opérerait ainsi une sorte de nettoyage de l'espace, et donnerait, à chaque tour, un léger coup de plumeau qui enlèverait cette poussière cosmique.

Cette explication , bien que vraie en partie, ne sufat plus du moment que le phénomène est doublement périodique. Ce ne sont plus des anneaux, mais des groupes ou essaims de forme allongée qui existent en grandSaombre dans des directions diverses. Celui de novembre serait venu dans nos parages depuis que notre système est achevé. C'est l'opinion de M. Le Verrier et elle est fondée sur ce fait que le mouvement de l'essaim est en sens inverse de celui des planètes.

Tous les corps de notre système planétaire tournent, en effet, autour du soleil d'Occident en Orient ; ils tournent sur eux-mêmes, et leurs satellites tour-

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nent autour d'eux dans le même sens. Comment un corps appartenant au même ordre de formation aurait-il pu marcher en sens inverse de tous les autres, surtout quand il n'a qu'une masse si faible ? II est assez naturel de penser que si ces corps font partie de notre système, ils doivent en avoir les mouvements généraux, et que, sollicités par telle ou telle planète, ils en partageraient le mouvement comme satellites ou se précipiteraient sur elles comme il arrive de ceux qui tombent- sur la terre.

Ce serait vers Tan 126 que la planète Uranus et l'essaim auraient été assez près l'un de l'autre pour que la planète Teût pour ainsi dire accroché au passage et jeté au sein de notre système. Le groupe était alors plus ramassé et affectait la forme d'une sphère d'un diamètre qui pouvait être le tiers de celui d'Uranus (à peu près une fois et demie celui de la terrej.

Ce groupe de planètes minuscules décrit sans doute une courbe autour d'une des planètes éloignées de notre système et emploie trente-trois ans un quart à la parcourir. Animé d'une très-grande vitesse, il traverse sans déviation la partie de l'espace où se trouvent la terre, la lune et les planètes inférieures.

Mais à chaque révolution les vitesses diverses dont sont animés les corps qui le constituent, font qu'ils s'éparpillent, le long de la route qu'ils parcourent comme une troupe en désordre où le nombre des traînards augmenterait constamment. De la sorte, pour peu que le phénomène fût ancien, il se serait formé un véritable anneau. Ce qui aura lieu

dans Tavenir, et ce qui a déjà lieu pour les étoiles filantes du 10 août.

Ce dernier phénomène a sans doute une origine semblable, mais plus ancienne. Seulement, comme il est annuel, cela tient à ce que l'anneau est déjà formé.

Ainsi se trouve levée l'objection faite à Pimmortelle conception de Laplace, qui reste toujours la plus saisissante explication de la formation de notre système planétaire.

Tandis que les astronomes étudient la marche des étoiles filantes pour en connaître la direction, la vitesse et les divers incidents, M. Daubrée analyse les pierres tombées du ciel afin de déduire de leur constitution chimique les liens de parenté qui les unissent entre elles et avec notre globe. Chose trèsremarquable, les roches granitiques qui forment une si grande part de la c;*oûte terrestre ne se trouvent pas dans les météorites, au moins dans les fragments examinés jusqu'ici. Serait-ce que les corps d'où proviennent ces fragments manqueraient de ces roches? Il est plus probable que nous avons là des échantillons provenant de certaines parties des corps planétaires, parties où ne se trouvent pas des roches granitiques. Ou encore ces roches, qu'on suppose l'œuvre du feu à l'origine de la formation de la planète, seraient-elles dues comme les terrains stratifiés à l'action des eaux.

Quoi qu'il en soit, la minéralogie devient ici de la planétologie^ tant il est vrai qu'il n'est pas de petites questions pour un esprit philosophique. La chimie

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ne s'arrête pas pour lui aux étroites limites du creuset ; il a reçu de l'espace la pierre qu'il analyse et, par cette voie nouvelle, il arrive à découvrir les se-, crets de l'origine des mondes.

Vous avez vu le soleil, vous avez jeté un regard rapide sur cet astre, car son éclat eût blessé vos yeux si vous eussiez essayé de le fixer. Comment supposer que tant de lumière, et d'une lumière si pure et si blanche, ait pu venir d'un soleil taché, irrégulier, défectueux. Ne vous laissez pas éblouir par ses rayons ; mettez l'œil à la lunette, vous verrez, répandues sur la surface de l'astre, des taches, des facules et des lucules.

Les taches sont des portions plus ou moins étendues de la surface du soleil, d'une couleur sombre. On y distingue le plus souvent un milieu ou noyau noir et des bords gris. Elles affectent les formes les plus bizarres, les plus irrégulières. Leurs dimensions sont variables et quelquefois énormes. On en a vu qui n'avaient pas moins de quinze à vingt mille lieues de largeur. Elles sont plus ou moins nombreuses : cer-

tains astronomes en ont dompté jusqu'à cinquante, et toujours dans les environs de Téquateur solaire.

On voit les taches se déplacer régulièrement, paraître vers l'un des bords du disque solaire, s'avancer progressivement vers l'autre bord, puis disparaître ; pendant les jours suivants, rester invisibles et reparaître au point de départ au bout d'un temps égal àcelui quelles avaient misa traverser le disque; quelquefois elles recommencent leur mouvement une seconde fois.

On a tout naturellement supposé que ce n'est pas la tache qui se meut, mais bien le soleil. L'observation a permis d'établir que le soleil tourne sur luimême en vingt-cinq jours environ.

Les taches se meuvent tantôt en ligne droite, tantôt en ligne courbe, concave ou convexe. Voulez-vous vous rendre facilement compte de cette diversité de marche? Prenez un fruit rond, passez une aiguille au travers, et faites-le tourner autour de l'aiguille, comme un poulet autour de la broche. Suivant que l'aiguille sera verticale ou inclinée, un point ma'rqué sur le fruit paraîtra, pendant la rotation, s'avancer en ligne droite ou en ligne.courbe. Nous voyons par là que l'axe du soleil est incliné, par rapport au plancher sur lequel tourne la terre.

Lorsqu'on suit une tache dans son mouvement, on la voit non-seulement fee déformer, comme il arrive pour une figure qui se présente sous des inclinaisons variées, mais les aspects divers de la tache montrent que celle-ci est une excavation. Dans cette supposition, la partie noire est le fond du trou, la partie grise forme ks parois,

Prenez une pêche, creusez la chair du fruit de manière à faire une sorte d'entonnoir, pénétrez jusqu'au noyau et découvrez-en une partie. Regardez naaintenant le fruit en vous plaçant en face du trou vous voyez le noyau, c'est-à-dire le fond sombre, et les parois inclinées moins foncées. Faites ensuite tourner le fruit sur lui-même , et vous verrez le fond et les parois diminuer de largeur; puis le fond disparaître avant les parois; et, enfin, les parois disparaître à leur tour par l'effet de la rotation. Or, c'est ainsi que les choses se passent pour les taches sols^ires.

Il n'y a donc pas à en douter, les taches sont des excavations de l'enveloppe du soleil qui permettent ■ d'apercevoir le noyau sombre de l'astre.

Les taches ont une durée limitée qui ne dépasse pas deux mois. On les voit diminuer tanlôt lentement, tantôt rapidement, jusqu'à ce qu'elles s'effacent complètement Leur forme s'altère aussi bien que leur grandeur. De nouvelles taches se forment pendant que les anciennes disparaissent. Telle s'évanouit pendant qu'on la regarde ; telle autre, pendant qu'elle achève la seconde partie de son parcours; d'autres, enfin, font un tour complet ou deux tours.

On dirait qu'il se produit à la surface du soleil une sorte de bouillonnement, d'effervescencej et cela prouve que cette surface est fluide. Bien plus, M. Laugier a observé que toutes les taches n'accomplissent pas leurs mouvements dans des temps égaux, ce qui n'aurait évidemment pas lieu si l'enveloppe était solide.

Enfin, M. Carrington, l'astronome de Kew (An-

gleterre), qui, depuis plusieurs années, observe les taches solaires, les dessine, les photographie, les étudie dans leurs mouvements, et leurs déformations, a constaté qu'elles se meuvent avec des vitesses variables, d'autant plus grandes qu'elles sont plus éloignées de l'équateur du soleil.

Les facules sont en quelque sorte le contraire des taches ; ce sont des parties plus brillantes que l'espace environnant ; enfin, les lucules sont des rides lumineuses qui couvrent toute la surface du soleil. Les facules et les lucules rappellent les vagues de la mer, qui, frangées d'écume sur leur crête, tantôt viennent mourir sur la plage en rangs pressés et lumineux, tantôt ,se heurtent en tumulte dans la pleine mer.

Tout ce qu'on voit sur le soleil, confirme dans cette pensée qu'un océan fluide en forme la surface, que cet océan solaire est entraîné par la rotation de l'astre, et qu'il est en même temps agité par les plus violentes tempêtes. Il s'y produit sans doute des mouvements analogues à ceux de nos vents alizés. Quant au noyau de l'astre, il parait noir et ne Test probablement que par contraste avec l'enveloppe beaucoup plus lumineuse.

Si l'on considère que la surface de la terre est encore agitée par un feu intérieur, que quelques volcans projettent encore des poussières et des matières incandescentes, qu'un grand nombre d'autres volcans, aujourd'hui éteints, ont été autrefois en pleine activité; en remontant de proche en proche aux premiers âges de la terre, on voit parla p^sée le nombre des bouches enflammées augmenter jusqu'au

point de couvrir toute la surface. C'est alors une masse en fusion, bouillante, enveloppée de flammes, de nuages, de fumées, de vapeurs diverses. C'est le Soleil.

On se demande comment un si beau feu peut être entretenu ; comment, après tant de siècles, Féclat du soleil ne s'amoindrit pas. On est plus surpris encore, lorsqu'on songe que la Terre ne reçoit que la 2,300,000°* partie de ce que cet astre répand autour de lui, et cependant cette faible partie es*t la cause de tous les phénomènes terrestres. La quantité annuelle de chaleur répandue par le soleil équivaut a celle que produirait une couche de houille de 27 kilomètres à' éçsiissenv. Nous ne saurions, malgré les points de comparaison que nous avons autour de nous, malgré les foyers ardents de nos fourneaux à porcelaine, nous faire à Tidée d'une semblable combustion constamment entretenue. Si le soleil était un bloc de houille, ce serait fait de lui au bout de cinq naille ans.

On le voit, les températures les plus élevées ne sont pas comparables à la chaleur solaire. A cette température, les corps les plus réfractaires se trouvent non-seulement en fusion , mais en vapeur et cette vapeur elle-même est à une température bien au-dessus de celle de sa formation.

Observez la grosseur de cet immense corps : il est de 1 ,400,000 plus gros que la terre ; voyez maintenant la distance qui nous sépare de lui : elle est de 38,000,000 de lieues. Eh bien, tout est enharmonie : grosseur, di^nce et température.

Voici maintenant la supposition la plus accep-

table pour expliquer la permanence de la chaleur solaire, elle est de M. Faye (de l'Institut), et elle exige, pour être comprise et appréciée, deux mots d'explication.

On sait que si l'on chauffe un corps solide, il fond. Si on continue à le chauffer lorsqu'il est fondu, il se réduit en vapeur. Enfin, si Ton chauffe de plus en plus la vapeur de ce corps, elle devient de plus en plus légère, ses molécules s'éloignent les unes des autres et finissent pas se séparer, se dissocier. C'est sans doute là l'état primitif de la matière cosmique ; tous les mondes ont dû passer par cette péiîode de dissociation avant d'arriver à l'état de soleil.

Si le corps chauffé est un corps composé, à une certaine température il se décompose, ses éléments se séparent, l'association ou la combinaison se dissout. C'est ce qui arrive pour l'eau dont la vapeur, portée à une température élevée, se décompose en oxygène et hydrogène.

Ainsi, une certaine température est nécessaire pour opérer la combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène; une autre température, plus élevée que celle de la combinaison, détermine la séparation, la dissociation des éléments rapprochés.

Une combinaison peut donc s'opérer à l'aide d'une élévation ou d'un abaissement de température; une élévation, si les corps sont à une température inférieure, un abaissement s'ils sont à une température supérieure à celle qui correspond à la combinaison. C'est ce dernier cas qui se présente à l'état cosmique.

Le soleil est probablement, dit M. Faye, environné d'une masse de gaz à la température la plus élevée, celle de la dissociation. Cette masse se refroidit et sa température s'abaissant, il arrive un moment où'les combinaisons s'effectuent entre les divers éléments^qui constituent ce gaz; des nuées du poussières se forment et tombent sur le noyau so- . laire. C'est en tombant et traversant l'enveloppe^ gazeuse qu'elles rendent celle-ci lumineuse. Le gaz seul peut être porté à une température trèsélevée, il n'est jamais lumineux; il le devient seulement par l'interposition d'un corps solide.

Quand les nuées lumineuses se séparent, nos regards pénètrent dans la masse interne de gaz qui est relativement obscure, nous voyons alors des taches. Quand, au contraires^ elles s'accumulent, nous voyons des rides brillantes, des facules.

Telle est, en quelques mots, la théorie de M. Faye; elle nous permet d'expliquer les phénomènes solaires connus jusqu'à présent.

'les oracles de la science

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