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A PROPOS DE L'HEURE DANS LES DIVERS PAYS

Lorsque pour la première fois il y eut à Saint- Germain TAuxerrois une horloge qui sonnait les quarts d*heure, une princesse de France, dont j'ai oublié le nom, se plaignit de ce qu'on lui coupait sa vie en menus morceaux.

Et pourtant la durée de la vie humaine est si courte, qu'on ne saurait la trop découper lorsqu'on veut l'allonger un peu.

Détaillez, hachez le temps, donnez une valeur à chaque instant, si petit qu'il soit, il fuit sans retour.

Et puis, s'il n'est pas donné à l'homme d'avoir de longues périodes de bonheur, il lui arrive quelquefois de rencontrer des jours heureux. Il vécut peu de jours, dit-on d'un homme dont la vie a été courte.

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te ; ses jours sont comptés, dit-on de celui qui n'a que quelque temps à vivre.

Lorsque pour la première fois Thomme voulut mesurer le temps, il prit naturellement le jour pour unité démesure.

Comme il est d'ailleurs naturel de choisir le jour pour unité î N'offre- t-il pas Fimage de la vie? Ne le voit-on pas naître, grandir et mourir ?

.Les Chaldéens, les Égyptiens, les Hébreux divisèrent le jour en plusieurs parties; ils avaient vu les ombres des corps, d'abord légères et élancées au lever du soleil, devenir plus sombres et plus ramassées à mesure que le jour devenait plus éclatant, puis s'allonger encore et devenir transparentes aux approches du crépuscule. L'ombre la plus courte indiquait naturrtlement le milieu du jour, le midi. Les, ombres égales du même objet indiquaient des temps égaux avant et après midi.

De là, la coutume chez ces peuples de compter le jour d'un coucher de soleil à l'autre, comme l'observent encore les Israélites dans les pratiques religieuses.

Les Grecs partagèrent le jour en dix heures. C'étaient :

1. L'aurore. — 2. Le lever du soleil. — 3. L'étude. — 4. Le gymnase. — 5. Le bain. — 6. Le Mmi. — 7. Les libations. — 8. La prière. — 9. La

TABLE ET LES PLAISIBS. — 10. Le COUCHER DU SOLEIL.

La nuit était divisée en quatre parties seulement, qui variaient avec les saisons.

L'heure, on le voit, n'est pas ici un simple nombre, mais l'indication d'un plaisir, d'un travail ou • 5

d'un devoir. De sorte que les divisions de la journée nous fournissent quelques renseignements sur la vie des Grecs.

Les Romains partagèrent le jour et la nuit chacun en douze heures. En été, la journée étant plus longue, les heures étaient d'environ cinq quarts d'heure; en hiver, elles n'étaient que de trois quarts d'heure.

La journée romaine se partageait en matin, midi et soir. Le matin, à la première heure, c'est-à-dire à six heures, chaque homme riche recevait ses clients. Ces visites duraient jusqu'à huit heures environ. Le patron montait alors en litière pour se rendre au Forum, suivi d'un groupe de clients. Les affaires commençaient à la troisième heure, et duraient jusqu'à la sixième (de neuf .heures à midi). De la sixième à la huitième, déjeuner et sieste (de midi à deux heures). Puis on travaillait pendant une heure environ. Le soir commençait à la neuvième heure (trois heures), et avec le soir les exercices, les plaisirs et la promenade. Puis venait l'heure du bain, la dixième (quatre heures), le souper, puis le coucher.

En bien des points, on le voit, la journée romaine ressemblait à la nôtre; mais nous travaillons plus que les Romains.

Au quinzième siècle, l'Église divisa la journée en quatre parties, de trois heures chacune.

De 6 à 9, Prime. — De 9 à 12, Tierce. — De 12 à 3, NoNE. — De 3 à 6, Vêpres,

Ces noms, qui signifient première, troisième, neuvième fit soir, indiquent l'ordre des prières qu'on

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récitait à la première, à la troisième, à la neuvième . heure et le soir. On nommait ces prières les heures canoniales.

Les divisions peu ïiombreuses indiquent la vie simple et unie de chaque' jour à cette époque de grand travail, et les prières qui marquent ces divisions montrent bien une époque de foi.

Quel pays pouvait compter assez sur le soleil et sur les nuits sereines pour mesurer le temps ? Combien de fois la pluie ou les nuages ne troublèrentils pas Tordre de la journée. Puis, il fallait le plus souvent aller chercher Theure sur la place publique, car peu de gens avaient d'assez vastes jardins pour y installer un gnomon. De là l'invention de la clepsydre (horloge à eau) et du sablier (horloge à sable).

Il était naturel de mesurer le temps qui est, pour ainsi dire, le lieu dans lequel s'écoulent les événements, parTécoulement d'un corps solide en poudre ou d'un corps liquide; c'est un mouvement représenté par un autre : le premier, dans la durée, le second dans l'espace.

Il y eut alors quelque régularité dans la division du temps. Mais la mesure rigoureusement précise du temps est toute récente. La chute d'un poids, la détente d'un ressort, c'est-à-dire la pesanteur ou l'élasticité animent les horloges modernes. Le poids en tombant ou le ressort en se détendant, entraine une cuite de roues dentées parmi lesquelles se trouvent celles qui portent les aiguilles.

Mais- la chute d'un corps ou la détente d'un ressort ne donnent pas des impulsions uniformes. Le mouvement des roues et par suite celui des aiguilles

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serait varié et ne saurait ea coiiséqueace servir à la mesure du temps. Il a donc fallu associer le moteur (poids ou ressort) avec le régulateur (pendule ou balancier à spiral). La régularité s'obtient en détaillant le mouvement, en le la.issBXit échapper petit à petit comme on laisserait écouler goutte à goutte Teaa renfermée dans un vase. Il y a donc, outre ces deux pièces essentielles^ savoir : le moteur et le régulateur, Téchappement lié à ce dernier, et Tensemble des rouages qui constitue le mouvement.

On put alors partager le jour (jour et nuit„réunis), c'est-à*dire la durée de la rotation de la terre, en vingt-quatre parties égales.

Nous comptons douze heures de jour et douze heures de nuit : la douzième s'appelle midi (milieu du jour) ou minuit (milieu de la nuit). Les astronomes comptent de une heure à vingt-quatre.

Pour déterminer les heures de la journée, il suffit de connaître Tune d'elles, midi, par exemple. Comment savoir qu'il est midi? — Le soleil Tindique par le plus haut point de sa course apparente, lorsque Tombre des corps est la plus courte possible.

Tel est le midi solaire ou midi vrai. Nous étonnerons peut-être bien des gens'en leur disant que tel n'est pas le midi de leur montre, et qu'il ne faut pas régler sa montre sur le canon du Palais-Royal. — Ce canon part au moment du midi vrai ; à ce moment où le soleil se trouve dans le méridien, ses rayons sont concentrés par un verre sur la lumière du canon et ils enflamment la poudre.

On se demande naturellement comment il existe d'autre midi que le midi vrai. Pour le comprendre,

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il faut savoir que la marche apparente du soleil est irrégulière, qu'elle est tantôt plus ^et tantôt moins rapide. Le mouvement des aiguilles d'une montre bien réglée est au contraire uniforme ; celles-ci vont d'un pas égal, et dès lors se trouvent tantôt en retard, tantôt en avance sur le soleil. — On sait, pour chaque jour, là différence des heures indiquées parla montre et le soleil. En plus comme en moins, cette différence ne dépasse jamais un quart d'heure. — Nous pouvons donc admettre sans grosse erreur que le soleil règle notre temps.

Il est donc midi pour nous lorsque le soleil est au milieu de sa course apparente ; il est alors niinuit pour nos antipodes. Entre nos antipodes et nous, au milieu de l'intervalle qui nous sépare, tant à Test qu'à l'ouest, il y a six heures de différence : il est donc six heures du matin ou du soir, — du soir à Test, du matin à Touest. — Continuant à diviser la surface de la terre par des lignes analogues à celles qui dans un orange séparent les tranches, on obtiendra à l'aide de vingt-quatre de ces lignes, à égale distance les unes des autres^ les points de la terre, où on comptera au même moment une heure, deux heures , trois heures , etc., du soir ou du matin.

Ces lignes se nomment méridiens; elle se réunissent toutes en deux points qui sont les pôles. La ligne qui joint les pôles est l'axe autour duquel tourne la terre. On conçoit qu'on puisse diviser l'intervalle compris entre ces méridiens en soixante parties égales par de nouveaux méridiens, et pour tous les points de la terre où passeront ces nouvelles lignes,

il y aura une différence d'une minute en passant d'un •lieu au voisin.

On comprend maintenant pourquoi, si Ton va de Paris à Strasbourg, par. exemple, à mesure qu'on avance vers Test, la montre réglée sur Paris retarde de plus en plus. Le contraire a lieu si l'on va vers Nantes, c'est-à-dire à l'ouest.

Si l'on continuait ainsi à marcher vers l'est, de ma-* nière à faire le tour du monde et à revenir au point de départ, la montre retarderait à la fin du voyage d'un jour entier, et, tandis que les habitants du lieu de départ compteraient jeudi, le voyageur ne compterait que mercredi. Ainsi, lorsque Magellan partit de Lisbonne et fit le tour du monde, en se dirigeant vers l'ouest, il perdit un jour en tournant autour de la terre, et nommait vendredi le jour qu'à Lisbonne on appelait jeudi.

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