L'HEURE
Dans les i vers pays LORSQU'IL EST MIDI A PARIS
Heures correspondant au midi moyen de' Paris.
Longitudes.
Athènes
Batavia , .
Berlin
Bruxelles
Calcutta
Christiania. . . . . , Constantinople . . .
Copenhague
Dublin
Edimbourg.
Florence
Genève..*
Greenwich
Jérusalem
Leipzig
Lyon
Lisbonne
Madrid . . . . ,
Marseille
Milan
Moscou
Munich
St-Pétersbourg. . .
New -York
Québec
Rome ,
Téhéran
Vienne
Washington.
Yédo
12 soir
lî
39 soir
— 0:ii, mon ami, il s'agit d*uii portrait dont oa ne saurait vérifier la ressemblance, par cette raison bien simple que nous ne pourrions voir le modèle, qui d'ailleurs n'a pas posé.
— Est-ce possible?
— Voilà comme nous somme; tous; nous nous écrions tout de » suite : impossible! jusqu'au moment où nous disons : comme c'est simple !
— Mais, enfin, je comprends un portrait fait de mémoire; je conçois encore que le photographe puissa faire un portrait en détournant les yeux pour ne pas voir la personne qui pose ; mais l'image de quelqu'un qu'on ne peut pas voir, qu'on ne verra pas, qui ne pose pas!... Allons, allons, vous voulez plaisanter.
— Qui vous a dit qu'il s'agissait d'une personne ?
Le portrait dont je parle est celui de la terre. Il s'agit tout simplement d'une carte géographique. Or, vous n'avez jamais vu que le petit coin de terre que vous habitez, et vous ne pensez pas qu'on puisse s'éloigner assez de la terre pour l'embrasser tout entière d'un coup d'œil.
Et cependant les cartes géographiques sont des portraits, peu ressemblants, je l'accorde, mais enfin, c'est déjà quelque chose qu'un semblable portrait. Faire la photographie de la lune ou la dessiner après ravoir regardée au télescope, c'est chose relativement facile, et si nous pouvions aller à la lune, de là-bas ou de là-haut^ nous dessinerions la terre, d'autant mieux qu'elle nous paraîtrait comme une lune d'un diamètre quatre fois plus grand.
Eh bien, sans quitter la terre, sans même la voir, nous allons tracer les contours des continents, les chaînes de montagnes, le cours de^ fleuves, la place des villes, puis indiquer les distances qui séparent les divers pays, les surfaces des contrées, l'étendue des possessions de chaque peuple, les zones froides et les zones chaudes, les régions habitées et inhabitables, etc.
Rappelons d'abord que la terre est ronde, qu'elle tourne autour de son axe, dont les extrémités sont les pôles ^ que des circonférences passent par les pôles, et se nomment les méridiens.
Le nombre des méridiens est illimité; on en peut concevoir tant qu'on veut à la surface de la terre.
Un grand cercle unique coupe tous les méridiens
transversalement ou perpendiculairement à l'axe : c'est ïéquateur.
'Méridiens et Equateur sont divisés en trois cent soixante parties égales ou degrés, qui sont des degrés de latitude sur les méridiens et de longitude sur Téquateur.
Outre les méridiens et l'équateur , on imagine un certain nombre de cercles parallèles à l'équateur, en nombre illimité, ce sont \e^ parallèles.
Chaque lieu à la surface dé la terre est déterminé par sa latitude et sa longitude, qui le sont ellesmêmes par le secours de l'astronomie.
On peut dès lors, étant donné un globe, tracer sur sa surface des circonférences, qui représenteront les méridiens et les parallèles, et marquer les diveris lieux dont on connaîtra la longitude et la latitude. On obtiendra ainsi un globe géographique ou terrestre.
Ce que l'on comprend moins facilement, c'est la construction d'une carte, la possibilité de représenter une boule, sur une sul'face plane ou plate. Comment est-il possible de faire à plat quelque chose de bombé, d'étaler en quelque sorte sur une feuille de papier, une terre en ronde bosse?
Qu'on essaie, en efTet, de dérouler un corps de la forme d'un tuyau ou un cornet de papier qui a la forme d'un pain de sucre, on le peut sans altérer les diverses parties déroulées, sans préjudice pour l'exactitude des figures; mais qu'on vienne en faire autant pour une sphère, la développer^ c'est-à-dire prendre un globe creux, Touvrir et le dérouler à plat, et on sera arrêté. Le globe sera plié ou même déchiré ; il n'est pas développable,
Lp PORTRAIT DE LA TERRE 91
Il est donc impossible de représenter exactement la terre sur un tableau, et il faut tâcher alors ;
1« De conserver les directions semblables sur la terre et sur la carte, lorsqu'il s'agit des cartes destinées à la marine; ou bien :
2* De garder un même rapport entre les surfaces des divers pays, prises sur la terre et sur la carte, et de comparer entre elles les étendues des différentes contrées. C'est dans ce double but que les projections ont été inventées.
Quant aux procédés qui consistent à faire un portrait plus ou moins ressemblant de la terre, une sorte de vue à yol d'oiseau , ils n'ont aucun caractère scientifique, et ne sauraient convenir ni au marin ni au géographe.
— J'avais cru, jusqu'à présent, qu'une mappemonde représentait exactement la surface de la terre; qu'en la regardant, je voyais la terre comme . pourrait le faire un homme qui la regarderait d'assez loin et avec d'assez bons yeux pour la voir dans son ensemble. Vous me montrez qu'il n'en est pas ainsi, qu'on ne peut pas mettre sur un plan ce qui est bombé, et que dès lors les mappemondes sont bien un portrait de la terre, mais un portrait peu ressemblant. Alors, à quoi sert une mappemonde, et si elle ne sert à rien, par quoi faut- il la remplacer?
— Cela dépend de. ce que vous demandez à une carte. ,
— Mais je veux savoir si tel pays est au nord ou • au sud de tel autre ; quelle est à peu près leur distance, quelles sont les régions qui les séparent,
connaître les bornes des diverses contrées, leur étendue relative; suivre la marche des troupes en temps de guerre, ou celle des grands voyageurs et des commerçants en temps de paix, etc.
— Je trouve que vous demandez beaucoup à votre carte, et qu'elle doit souvent rester muette ou vous égarer. Le procédé employé pour la construction de ces cartes, exclut toute exactitude. Les directions d'un pays à Tautre, il n*y faut pas songer; les distances, pas davantage ; les surfaces des contrées, encore moins,
— Comment faire?
— Je vais vous le dire. Mais procédons avec ordre. Sachez d'abord qu'on peut figurer avec exactitude une petite étendue de pays. Paris, par exemple, peut être considéré comme un plateau. On en peut faire le plan, et, à Taide du plan, on connaîtra les distances des divers points entre eux, les surfaces des arrondissements , le cours de la Seine, les directions à suivre pour aller d'un point à un autre.
S'il s'agit d'un département, la représentation est moins rigoureuse, mais on peut encore l'admettre sans trop d'erreur. En effet, l'étendue d'un département offre une surface légèrement bombée.
Si maintenant on veut faire le plan de la France, la convexité est décidément trop accentuée. On emploie alors le procédé dit de la carte de France de Tétat-major, par lequel on cherche à éviter que la déformation ne soit trop grande, mais cependant on ne saurait l'éviter.
Pour une portion plus considérable de la surface
de la terre, il ne faut pas songer à la figurer : c'est impossible. Il n'y a qu'un globe qui puisse offrir l'image exacte d'un autre globe.
Ceci étant posé, je vous réponds :
Voulez-vous savoir si Paris est au nord ou au sud de Nev^-York? Voyez les latitudes de ces deux villes sur votre table ou votre dictionnaire, et si vous ne possédez que votre carte, suivez les parallèles qui passent par l'une et par l'autre ville ; observez celui qui est plus haut ou plus bas. Ce moyen est surtout nécessaire avec des mappemondes où les parallèles n'étant pas des lignes droites, on pourrait commet* tre des erreurs au premier coup d'oeil. .
Comme les parallèles ne sont pas très-nombreux, et qu'il n'y en a pas pour chaque ville, il faut se rapporter à ceux qui se trouvent le plus près des villes dont on compare la latitude.
Voulez-vous suivre la marche des troupes et les divers épisodes qui s'y rapportent : prenez une carte du théâtre de la guerre. Elle sera peu étendue et par conséquent assez fidèle. Faites-en autant pour suivre l'itinéraire du voyageur : prenez la carte spéciale de la région qu'il parcourt.
— Comment fait donc le maçin pour se diriger sur mer, où il n'y a ni routes tracées, ni poteaux indicateurs? De quelles cartes se sert-il?
— Pour les marins, c'est autre chose. Ils ne se préoccupent pas de représenter les mers qu'ils traversent ; aussi leurs cartes offrent-elles les déformations les plus étranges, et ce serait un singulier portrait du globe, s'ils avaient la pensée de faire un portrait. La boussole leur donne le méridien, et ils
s'arrangent de façon que la direction suivie par le navire fasse toujours le même angle avec le méridien, cet angle ayant été déterminé au moment du départ. C'est pour eux ime simple question de direction.
De temps en temps, il est vrai, le marin interroge le ciel ; il demande aux étoiles de le renseigner sur le point qu'il occupe, et tandis que le sillage de son vaisseau s'efface , le marin trace sur la carte la route qu'il a suivie.
La boussole et la tramontane (étoile polaire), voilà les guides du marin; on comprend dès lors qu'il ne doive perdre ni l'une ni l'autre.
Voulez-vous maintenant connaître les étendues relatives des divers iMiys? prenez la carte homaiographique. Vous savez tout de suite en jetant les yeux dessus, que la France est plus grande que l'Espagne, que les contrées de l'Amérique du Nord et de la Sibérie ne sont pas aussi spacieuses qu'elles le paraissent sur les autres cartes, que l'Afrique gagne beaucoup en étendue.
Les parallèles étant représentés par des lignes droites, on juge facilement à simple vue de la situation géographique des divers pays. Rien n'est plus commode que de résoudre le problème proposé plus haut, savoir si Paris est ou non au nord de New- York. Il sufBt de voir si ces deux villes sont ou non à la même hauteur, tandis que dans les autres cartes où les parallèles sont dès lignes plus ou moins courbes, on est obligé de suivre le parallèle de point en point.
Un autre avantage des parallèles rectilignes, c'est
qu'on rectifie bien des erreurs de direction causées par les autres cartes. Ainsi, le grand canal par lequel la Méditerranée débouche dans TOcéan, semble ordinairement dirigé de l'est à l'ouest, tandis que, dans la réalité, sa direction est au sud-ouest. Les Pyrénées françaises semblent, sur les autres cartes, remonter vers le nord; il n'en est rien. Ainsi de tant d'autres.
Il n'y a donc en réalité que deux sortes de cartes : 1® Les cartes marines^ qui représentent fidèlement les angles formés par les diverses directions suivies par le navire, les zigzags plus ou moins prononcés de sa route, avec les méridiens et les parallèles, mais rien que cela;
è** Les cartes homalographiques, qui fournissent : 1** l'étendue relative des divers pays; 2*' les véritables directions des cours d'eau, des chaînes de montagnes, etc. ; 3^ enfin, la position relative des divers lieux.