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PHYSIQUE

On accorde souvent au baromètre une confiance trop absolue, parce qu'elle est aveugle. On le consulte pour connaître les variations du temps, de même qu'on regarde sa montre pour savoir Theure ; comme si tous les cadrans devaient avoir nécessairement la même valeur, comme si, par exemple, le mot tempête marqué par l'aiguille du jbaromètre devait être une indication aussi précise que celle d'une heure quelconque désignée par Taiguille de la montre. On répond avec la même assurance à la question quelle heure est-il? et à la question quel temps va-t-il faire? Puis, si la promesse duJDaromètre ne se justifie pas, on s'en prend à instrument, même à la science , et tous deux cependant sont parfaitement innocents.

Or, il y a une différence, et une différence nota-

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Lie, entre les indications d'une montre et celles d*un baromètre. Une montre qui marche bien, Indique exactement l'heure; un baromètre bien construit n'annonce pas nécessairement le temps qu'il va faire. Bien mieux, c'est quelquefois lorsque le baromètre marche vers le beau qu'il faudrait prendre son parapluie, et lorsqu'il marque pluie que la journée va être magnifique. Comme on le voit, quand il se trompe, ce n'est pas à moitié. Une bonne montre peut avancer ou retarder quelque peu : un baromètre est inexact du tout au tout.

Comment se peut-il donc que Ton consulte un instrument aussi infidèle? car on ressemble alors à quelqu'un qui consulte \me pendule sans savoir si elle est réglée. La raispn est qu'il dit souvent juste, plus ou moins suivant le pays. Mais, dira-t-on, s'il a quelquefois raison, pourquoi n'a-t-il pas toujours raison ? Voici justement le point. Le baromètre n'est pas fait pour prédire les variations du temps, mais pour mesurer la pression de l'atmosphère.

La mince colonne de mercure que vous voyez est la valeur de cette pression. La colonne est d'autant plus haute, que la pression est plus forte; elle est, au contraire, d'autant plus faible, que la colonne mercurielle est plus basse. Or, dans cette indication, le baromètre, lorsqu'il est bien fait, ne saurait- se tromper. La colonne de mercure ayant une certaine hauteur, ne saurait en avoir une autre, ou, si Ton aime mieux, la pression atmosphérique ayant une certaine valeur, le baromètre ne saurait en indiquer d'autres.

Pourquoi alors se sert- ou du baromètre pour in-

diquer les changements de temps? Cest que la pression atmosphérique peut varier selon le temps qu'il fait, qu'il y a un rapport entfe les variations de la pression exercée par l'air et les variations du temps, et que par là le baromètre est en relation indirecte avec le temps. Mais l'appréciation de ces rapports ne peut encore avoir de précision ; le tort est donc de notre côté, si, vis-à-vis d'une hauteur ou pression, nous écrivons les mots : variable^ beau, tempête, etc., car nous exprimons des rapports dont nous ne sommes pas sûrs. Nous allons le montrer en cherchant comment ces rapports existent, et dans quelle mesure ils peuvent servir comme pronostics. Mais, pour être clair, il nous faut d'abord dire quelques mots sur l'atmosphère, et les mouvements qui s'y produiduîsent sous l'influence de la chaleur.

L'atmosphère, dont le baromètre nous indique la pression, est la masse d'air qui environne la terre de toutes parts. L'air étant éminemment compressible et élastique, il en résulte qu'à la surface de la terre, son poids est le plus grand, parce que la couche qui touche le sol supporte les couches supérieures, et qu'à mesure qu'on s'élève, on trouve l'air de plus en plus léger, jusqu'à ce qu'il devienne tellement rare, qu'il ne cherche plus à se détendre et que ses molécules restent éparpillées et immobiles dans l'espace.

Les rayons solaires traversent l'air à peu près comme ils traversent le verre, sans y laisser leur chaleur qu'ils viennent déposer sur la terre. — L'air laissant ainsi passer la chaleur sans la retenir, comment s'échaufFe-t-il donc ? C'est à la terre qu'il prend sa chaleur. — Avez-vous remarqué pendant les chau-

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des journées d*été des vacillations à la surface des prairies, ou bien encore, en hiver, les mêmes vacillations autour d'un tuyau de poêle ? Ce sont les couches d'air qui, en s'élevant, produisent ces sortes de courants. La fumée, la flamme les rendent encore plus visibles en les colorant. Eh bien, ces courants d'air que nous voyons seulement dans certains cas, lorsqu'ils sont rapides et vivement éclairés, existent toujours et partout.

D'autre part, au fur et à mesure qu'une certaine quantité d'air s'élève après s'être échauffée, l'air environnant comble aussitôt le vide pour s'élever à son tour. On peut se faire une idée de cç qui se passe en un point de la terre échauffée par le soleil par ce qui a lieu dans une chambre où l'on fait feu : l'air de la chambre s'écoule peu à peu par le tuyau de la cheminée, après s'être échauffé, et il se fait un appel d'air extérieur par toutes les ouvertures.

Ajoutons que l'air est si léger — le litre d'air pèse environ un gramme — que la moindre force syfBt pour le mettre en mouvement, l'agitation de l'éventail aussi bien que la plus légère variation de température. L'atmosphère est donc dans un état de mobilité permanente, et lors même que l'air paraît calme à la surface de la terre, ;vous trouvez déjà sur le faite des édifices ou sur les sommets des collines des courants d'air plus ou moins vifs.

Ces courants, qui ne sont. pas^ toujours sensibles pour nous ou qui ne sont pas toujours à notre portée, qui constituent [les jventSj de^ toutes sortes, par conséquent amènent ou chassent les nuages, apportent ou dissipent la vapeur d'eau et la pluie, en un

mot , causent les changements de temps; ces courants, le baromètre nous les signale fidèlement parce que, tantôt ens'^levant, tantôt en s'abaissant, ils déterminent des variations dans la pression atmosphérique. Les montées et les descentes du mercure dans le tube du baromètre nous montrent, sur une petite échelle, la fluctuation dés immenses vagues aériennes. Rien ne se passe dans ce vaste océan gazeux, à toutes les hauteprs, sous toutes les latitudes, que le docile appareil ne le constate aussitôt. Lorsque le télégraphe nous apporte instantanément les hauteurs du baromètre sur un certain nombre de points de l'Europe , nous pouvons presque tracer une carte aérienne comme on trace les cartes marines, avec l'indication des courants et la marche des nuages.

Cest donc parcQ qu'il est en relation avec les vents, que le baromètre est en relation avec les changements de temps, car les vents sont la principale cause de ces changements. Les vents peuvent être secs ou humides, chauds ou froids, suivant la nature des régions qu'ils auront traversées. Vont-ils de Téquateur aux pôles, ils sont chauds; au contraire, vontils d'un pôle à l'équateur, ils sont froids. Ont-ils passé au-dessus des mers, ils ont balayé la vapeur d'eau qui s'y trouve et l'ont emportée avec eux : ils sont donc humides. C'est ce qui arrive, par exemple, en France, pour les vents qui viennent de la Méditerranée oudeTOcéan. Mais si lenôrd-est souflle, il a traversé les plaines de l'Allemagne, il a eu le temps de déposer la vapeur qu'il pouvait renfermer, il nous arrive sec, chasse devant lui les nuages et nettoie le ciel.

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Le même vent peut d'ailleurs être chaud et humide, celui du midi, par exemple, ou froid et sec, comme le nord-est. Mais il peut aussi être chaud et sec, ou froid et humide. Le vent influera donc de deux manières sur l'état de l'atmosphère j?ar sa température et par son état de sécheresse ou d'humidité.

Le vent du sud, chaud et humide pour la France, en élevant la température, déterminera des courants ascendants et par la suite la baisse du baromètre ; en apportant de la vapeur, il pourra amener la pluie. Ainsi la baisse du baromètre pourra concorder avec la pluie.

Le vent du nord-est, froid et sec pour la France, en abaissant la température, déterminera des courants descendants et par suite la hausse du baromètre ; en chassant les vapeurs, il amènera le beau temps. Dans ce cas encore, la hausse concordera avec lo beau temps.

Mais il en est tout autrement, pour la France bien entendu, des vents compris entre Touest et le nord. En effet, ces vents, étant à la fois froids et humides, le baromètre montera et indiquera le beau temps, tandis que nous serons menacés de la pluie. Le baromètre ne sera plus exact si le vent est à la fois chaud et sec, puisqu^il baissera alors par un beau temps.

Ainsi, en France, le baromètre aura le plus souvent raison , parce que généralement les vents qui soufflent en France sont en même temps froids et secs, chauds et humides, c'est-à-dire que les ascensions ou dépressions du mercure seront le plus souvent en rapport avec les indications» du temps. Cependant il ne faudra ajouter foi aux indications

qu'autant que les .variations du niveau seront lentes et progressives.^Les oscillations brusques et instantanées offriront moins de certitude.

Si Ton veut ajouter à la probabilité des prédictions, on ne devra pas se contenter de l'observation du baromètre; il faudra consulter l'hygromètre et le thermomètre, noter la direction du vent, observer si le ciel est pur ou nuageux.

On voit maintenant qu'on a tort de s'en rapporter aveuglément au baromètre, et qu'on n'a pas moins tort de s'en prendre à lui de ses prétendues erreurs. Notre conclusion, c'est qu'il faut consulter le baromètre, mais compléter ses indications par celles de l'expérience vulgaire, fondées sur les apparences du ciel et les habitudes des animaux, lesquelles ne sent pas à dédaigner. N'oublions donc point les vieux dictons de nos campagnes :

Bouge le matin^ fait aller Veau au moulin.

Bouge le soir^ beau temps, espoir.

Rouge le sov\ blanc le matin, Cest la journée du pèlerin.

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