LA GOUTTE D'EAU
Vous êtes-vous jamais demandé d'où venait Teau que vous buvez? Elle a fait bien des voyages avant d'arriver dans votre verre. Tour à tour vapeur, rosée, neige, glace, nuage ou pluie.
Elle s'est élevée dahs les airs, sortant du sein des mers, et, ballottée par les vents, est venue audessus des continents. C'était par un beau jour d'été. Libre dans l'air qui lui ouvrait des abris dans ses milliers de pores, elle courait et se jouait en le traversant.
La chaleur ayant dilaté les pores de l'air, elle
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trouvait d'autant plus de place pour s'y loger ; aussi Yévaporation étaitrelle active.
Gomme il régnait un léger vent sur la surface de l'eau, les couches d'air se renouvelaient, et, emportant chacune à tour de rôle toute la vapeur que pouvaient contenir leurs pores, elles favorisaient Tévaporation. ♦
Mais les gouttes de l'intérieur ne pouvaient s'échapper, celles de la surface seules se détachaient de leurs compagnes. Ah ! si la surface eût été plus étendue et l'eau moins profonde, il y aurait eu une plus grande quantité de vapeur.
Les gouttes ne se séparaient pas seulement des autres gouttes, mais encore d'autres corps, leurs intimes, qui se mêlent à elles, se dissimulent si bien^ qu'on ne les soupçonne pas dans Teau. Nous disons de ces corps, qu'ils sont dissous. Aussi, plus il y a de ces corps, plus l'évaporation est diflBcile.
A mesure qu'elle s'élevait, la goutte trouvait plus de place, l'air était plus léger, plus rare, les vides plus grands.
Le froid de la nuit est venu, elle a été saisie en touchant la terre, et, tantôt sur les fleurs, tantôt sur l'herbe du chemin, elle s'est déposée en gouttelettes, Téritables perles de la plus belle eau. C'était la rosée. Le végétal, desséché par la chaleur du jour, l'a teçue avec joie ; c'était pour lui une rosée céleste, une rosée de bénédiction. Combien de fois, faute de pluie, la terre se contente de rosée ! Voyez aussi comme la rosée est abondante dans les pays chauds! Quelle pureté, quelle limpidité dans ses myriades de gouttes î C'est une pluie de diamants aux pre-
miers rayons du soleil, et, si vous regardez de plus près, VOUS verrez dans chacune un arc-en-ciel.
Puis la chaleur Ta de nouveau dilatée et évaporée, elle est remontée dans Tatmospère se baigner de lunaière. D*abord invisible^ elle est bientôt devenue vapeur visible , on nuage. Quelquefois elle avait peine à s'élever, malgré les eiforts de la chaleur solaire; elle est souvent restée à ramper dans la vallée, sous forme de nuage brouillard. Mais, quand, réchaulTée, épanouie, dilatée, elle s* est élevée comme un petit ballon, elle a gagné les hautes régions, que de fois elle a vu lever le soleil 1 N'eûton pas dit alors un nuage de feu ?
Dans la pleine lumière, le nuage a blanchi. Que de formes bizarres n*a-t-il pas revêtues alors? Tantôt arrondi, d'une éclatante blancheur, ressortant sur le fond bleu, c'était le cumulus, la balle de coton des marins, le compagnon des beaux jours.
D'autres fois, perdu dans les hauteurs, vers six mille mètres environ, déchiré en lambeaux par la violence des vents, c'était le cirrus^ la queue de cheval, le précurseur des changements de temps. Ce jour-là, la goutte d'eau s'était cristallisée, grâce au froid des hautes régions ; le cirrus est un nuage de particules glacées où la lumière s'irise en se jouant.
Un jour, il s'est vêtu de gris, le ciel était en deuil, le soleil se cachait ; c'était le nimbus. Quand, par de chaudes journées d'été, le nuage s'est électrisé par l'embrasement universel, on l'a vu s'épaissir, passer du blanc au gris et au noir. 11 portait la foudre dans ses flancs. L'éclair l'a sillonné, le
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tonnerre a grondé, et, à chaque choc, de son sein entr'ouvert, un torrent a coulé.
L'avez-vous vu, vers le coucher du soleil, s'allonger en bandes étroites à l'horizon, se colorer des tons les plus vifs et les plus variés? C'est le stratus. Lorsqu'il est de feu, l'air est sec, c'est le prélude du beau temps; lorsqu'il est vert, jaune, gris, l'air est humide, gare l'eau!
Comment s'y prendre mieux pour arroser les terres? Comment porter l'eau des mers aux continents? Les inondations de la mer eussent tout ravagé, tandis que Peau, transformée en nuages, portée par les vents, tombe en pluies fécondes pour le sol qui les reçoit.
Si l'air pouvait contenir une quantité quelconque de vapeur, il ne pleuvrait jamais; mais il n'en est rien. Ses pores sont comme des poches qu'il emplit, mais qu'il ne saurait emplir deux fois. Une fois saturé^ c'est-à-dire contenant tout ce qu'il peut contenir, l'excès tombe en eau. Plus il est chaud, plus sont amples ses poches, plus il demande de vapeurs pour se saturer. Si, ayant ses pores comblés, il va d'un lieu chaud dans un autre moins chaud, ses pores se resserrent et il pleut.
Suivez les gouttes qui tombent , voyez le blé germer, l'herbe pousser, les rosiers fleurir; c'est l'œuvre de la goutte d'eau. Elle a dissous certaines substances du sol et a permis aux racines de les boire. Elle s'est transformée plus d'une fois en parcourant les vaisseaux du végétal. Elle a couru dans la sève comme dans votre sang, lorsque vous l'avez bue.
Le végétal n'est pas privilégié.
Lorsque la journée a été accablante, la goutte d*eau a été la bienvenue î elle a rafraîchi l'air, abattu la poussière et entraîné dans sa chute les impuretés de Pair.
Bientôt après, sUnûltrant doucement dans le sol, elle a gagné les couches d'argile, couches imper* méables qu'elle ne peut traverser. Là, aUe a séjourné jusqu'à ce qu'une Assure lui permit de revenir à la lumière. Alors elle a gaiouillé da^s le ruisseau avec ses compagnes, elle a murmuré eu contournant les roches; elle était fraîche, elle ét^it pure, transparente ainsi qu'aux plus beaux jours.
Ma commère la carpe y faisait mille tours.
Elle a couru sur la lisière du bois, au milieu de» grandes herbes, jusqu'à la rivière voisine, Toutes ces petites voix, en nombre infini comme celles de la foule, çont devenues le bruit du fleuve, et Ve^u est ainsi revenue à la mer à'oi\ elle était partie.
Tous les fleuves vont en la mer, et la m^r n'en est point remplie; les fleuves retournent au lieu d'où ils étaient partis, pour revenir en la mer.
Une fois dans le grand bassin, elle ne s'est pas i*eposée> car les eaux de la mer ne sont pas immobiles^ loin de là.
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Chaque jour, sur le point du globe en regard de la lune, la mer s'élève, se ramasse, forme une yéritable colline avec les eaux qui affluent de toutes parts vers ce point Tout autour de l'humide colline et au loin, les eaux se sont abaissées ou ont abandonné leurs rivages. La mer s'élance vers la lune qui l'appelle sans parvenir à rompre la chaîne qui la tient attachée à la terre :
Comme un ours à la chaîne, Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne L'Océan montueux (l)i
Il se peut que nous ne voyions pas la lune; que des nuages nous la cachent ou qu'elle soit nouvelle; les eaux, toujours dociles, toujours soumises à sa mystérieuse attraction, la. suivent sans la voir et recommencent sans cesseleur ascension impuissante.
La lune a passé, la montagne humide s'écroule, maïs pour aller se reformer plus loin. La mer revient vers les rivages abandonnés auparavant : c'est le reflux.
Le phénomène est double : ce qui se passe sur l'hémisphère terrestre en regard de la lune, se passe également sur l'hémisphère opposé. Pendant que d'un côté la mer s'élève au-dessus de son propre fond, sur le point diamétralement opposé, c'est le fond qui semble s'éloigner de la mer. Le résultat est le mêpie, et le flux et le reflux se Suivent, non à douze heures, mais à six heures d'intervalle, car la terre présente successivement tous ses points à la
(4) Musset j la Sttllade à la Luhei
ii2 MENUS PROPOS SUR LES SCIENCES
lune pendant les vingt-quatre heures que dure sa rotation.
La lune n'est pas seule à agir; il y a le soleil; bien que celui-ci soit environ 70 millions de fois plus gros qu'elle, et SO millions de fois plus lourd, comme il est quatre cents fois plus éloigné de nous, il s'ensuit que son action n'est guère que. la moitié de celle de la lune. t
A la nouvelle et à la pleine lune, le soleil et la lune agissent de concert : les marées sont plus hautes. Au premier et au dernier quartier, c'est l'inverse : les marées sont plus basses.
Le soleil, la lune et la terre ne restent pas à la même distance les uns des autres; leurs positions relatives ne sont pas les mêmes aux diverses époques de l'année. De là les variations dans l'intensité des marées.
Tant que la mer trouve un vaste champ pour ses ébats, elle est douce, ses lames s^étalent librement. Mais vienne un obstacle!... Avez-vous remarqué, vers le soir, la rentrée des moutons à l'étable? D'abord, le troupeau marche en rangs pressés, bâtant le pas devant les chiens vigilants qui le harcèlent. Arrivés à la porte, les moutons veulent entrer tous à la fois, et, dans leur élan, ceux de derrière montent sur le dos de ceux qui les précèdent.
Ainsi les eaux, resserrées dans ces étroits passages qu'on iv)mme des détroits, s'accumulent, se pressent, s'élèvent couches sur couche^ jusqu'à de grandes hauteurs relatives. Aussi, tandis qu'en liberté sur l'immense plaine des océans leur élévation ne serait que de cinquante centimètres par Tac-