LA GOUTTE D'EAU US
tion de la lune seule, de soixante-quinze par celle de la lune et du soleil combinés, .on voit dans la Manche, par exemple, la mer monter de dix à quinze mètres.
A rembouchure des fleuves, une lutte s'établit entre les eaux du fleuve et celles de la mer. Le fleuve est refoulé vers sa source, la- mer le chasse dans rintérieur des terres. Une barrcy un mascaret, un barrage liquide formé par la mer arrêtent l'écoulement des eaux du fleuve, qui remonte son cours jusqu'à une certaine distance et se déverse sur ses rives qu'il ronge. La barre s'annonce par un bruit sourd qu'on entend à la distance de plusieurs lieues. Elle est d'autant plus violente que le fleuve est plus resserré. C'est surtout à l'embouchure des grands fleuves américains que le phénomène atteint des proportions gigantesques : une véritable colline liquide remonte le fleuve avec un bruit terrible et inonde les terres voisines sur une vaste étendue.
La Méditerranée, la mer Caspienne, les lacs offrent trop peu d'eau et trop peu de surface à l'action des astres, les frottements sont d'ailleurs considérables et les m'arées y sont faibles ou insengibl'»?.
La goutte d'eau n'a pas seulement obéi à la Lune et au Soleil ; elle a couru dans ces fleuves immen-
HA MENDS PROPOS SUR LBS SCIENCES
ses qui sillonnent lanner en touis sens^ et dont les eaux coulent entre des rives liquides, sans qu'aucun mélange s'opère entre elles et celles qui les bor* dent.
Ces courants puissants se manifestent à la surface aussi bien que dans les profondeurs^ quelquefois se superposant et marchant alors en sens contraire. Ainsi, à Gibraltar, un courant de fond amène les eâux de TÂtlantique dans la Méditerranée, et rend à cette mer ce qu'elle perd par une évaporatioa très-active* Cette mer perd, en effet, trois fois plus d'eau qu'elle n'en reçoit des fleuves qui se jettent dans son sein^ et, sans le courant, elle se dessécherait promptement. De même, les eaux de TOcéaa indien réparent constamment les pertes qu'éprouve la mer Rouge sous l'action d'un soleil ardent, il existe deux courants, un de siirface qui transporte les eaux vers le fond du golfe, un de fond qui les ramène vers l'océan Indien.
Entre l'Europe et l'Amérique coule le courant du golfe; à l'équateur, le courant équatorial ; au Japon, le courant noir^ etc.
Il est assez facile de reconnaître les courants de surface; les corps flottants rejetés par la mer nous reùseignent sur la route qu'ils ont parcourue; quant aux courants de fond, le hasard les fait quelquefois découvrir.
Une autre fois, c'est l'expérience qui décide : Un marin laisse couler un seau avec un boulet et des matériaux ofTrant beaucoup de surface, et aussitôt son embarcation change de direction : un courant sous-marin entraînait le seau, qui, à son tour,
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emportait rembarcation à laquelle il était attaché. Les habitants des lies Aléoutiennes D'ont d'autres bois de construction que ceux qui sont amenés par les courants de la Chine et du Japon.
Enfin, des bouteilles vides, hermétiquement bouchées, sont jetées à la mer, en divers lieux, à diverses époques ; les courants les entraînent, et Thydrogra* phe reçoit de ces témoins muets des renseigdements sur les routes qu'ils ont suivies.
Des causes très-diverses dont la principale est la chaleur, produisent les courants de la mer. Sous la zone torride, Tévaporation est plus active et l'eau plus légère qu'aux pôles ; de là des courante dirigea du pôle àréquâteiir et de l'équateUr aux pôles, mais dont les directions, l'étendue, la vitesse sont modi« fiées par des causes diverses, telles que Timmense étendue des eaux dans les deux hémisphères ^ les contours des continents et la configuration des côtes, les inégalités de fond des mers, et enfin le mouvement de la terre.
Nous ne pouvons décrire chaque courant en particulier ; il nous suffira dé parler du plus connu ; le Gulf StreàU.
a II est uil fleuve au sein deà mers, dit Maury 5 danâ les plus grandes sécheresses, jamais il ne tarit ; dans les plus grandes crues, jamais il ne déborde* Ses rives et son lit sont deâ couches d'eau froide entre lesquelles coulent à flots pressés ses eaux tièdes et bleues. Plus majestueux que le Mississipi, plus impétueux que TAmazone, le volume de ses eaux eôt mille foiâ plus grand que celui de ces fleuves réunis. »
Le Gulf-Stream prend sa source dans le golfe du Mexique, sort parle détroit de la Floride, coule vers le nord, longeant la côte d'Amérique jusque sur les bancs de Terre-Neuve. Il se divise alors en plusieurs branches, dont les unes se dirigent vers la mer polaire, et dont la principale revient au sud, le long de la côte occidentale de TEurope et de l'Afrique, pour retourner dans le voisinage de l'équateur, à son point de départ.
Sa largeur, à la source, est de quatorze lieues ; à son embouchure vers le nord, elle est de mille. Sa vitesse est de deux lieues à Theure. Sa profondeur, d'abord de 300 mètres, atteint Jusqu'à 1 kilomètre. Sa température est de 30 degrés ; il la conserve sensiblement jusqiCà son embouchure, malgré le froid de ses rives liquides.
Dans sa marche, il entoure une portion de l'Atlantique, qui devient le rendez-yous de tous les épaves, de tous les débris de la tempête, ainsi qu'on voit dans un bassin, où les eaux tourbillonnent, se rassembler au centre tous les corps qui flottent à la surface. Là, un certain nombre de plantes se développent et donnent à là mer Taspect de vastes champs. C^est la prairie de la mer de Christopjie Colomb, la mer des Sargasses. Un nombre immense de petits animaux marins transportés çà et là par les brises tièdes qui soufilent dans ces parages, habitent ces masses toujours verdoyantes.
Les effets de tous les courants sont les mêmes ; observons donc seulement ceux du Gulf-Stream. Ce courant porte ses eaux tièdes vers le nord et Toccident de l'Europe. Au-dessus de ses eaux, l'atmosphère
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est réchaulîée, et deux cornants superposés : l'un d'eau, l'autre d'air, tempèrent le froid des'contrées vers lesquelles ils se dirigent.
Aussi, un contraste frappant existe- t-il entre les côtés orientales et occidentales des contrées, de l'Europe ; tandis qu'en Norwége et aux îles Shetland les premières sont couvertes de frimas, les autres sont parées des plantes des tropiques ; les germes sont apportés par le bienfaisant courant et se développent au sein de l'atmosphère attiédie qu'il entraîne. Le Gulf-Stream fait à lui seul les frais d'une vaste serre chaude : il apporte les graines et la chaleur.
Dans ses eaux tièdes, il retient en suspension des myriades d'animalcules microscopiques qui cheminent en légions innombrables emportés par ses flots; mais, lorsqu'il arrive au terme de sa course, le contact des'eaux glacées du pôle porte la mort dans les rangs de cette multitude sous-marine qui tombe au fond de la mer.
De même, lorsque la neige tombe fine et serrée par un temps calme, on dirait un léger voile à demi transparent qui couvre la terre et permet de voir encore les ondulations du sol et ses teintes variées. Mais la neige tombe toujours, et bientôt tout est uniforme : plus de variété d'aspect, plus de distinction entre la prairie et la route. La couche toujours s'épaissit et atteint le feuillage des arbres et le toit des chaumières. On reste alors frappé des effets puissants que peut produire une cause faible mais persistante. Ainsi, la neige d'animalcules s'accumule depuis des milliers d'années et forme des couches épaisses au fond des eaux , comme celles que les
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fouilles nous révèlent dans l'intérieur de la croûte terrestre et qui ont été formées de la même manière.
En même temps, les glaces détachées du pôle, emportant d'énormes fragments de roches arrachés au sol, entraînées par les courants venant des pôles, viennent fondre à la rencontre des eaux chaudes du Gulf-Stream* La glace fond, les roches tombent et s'enfouissent dans les débris de^^nimalcules. Ainsi se sont formés et s'agrandissent les bancs de Terre- Neuve,
Enfin la lutte des eaux chaudes du Gulf-Stream et des courants du nord se reproduit à la surface entre les courants d'air chaud et d'air froid qu'entraînent ces courants, et il en résulte de violentes tempêtes.
Les courants tempèrent donc les rigueurs du froid dans les régions polaires. Ils forment au sein des mers une circulation incessante qui établit l'équilibre de la température dans la masse des eaux ; ils sont, pour les navigateurs, des routes sûres qui abrègent la durée des voyages.
La goutte d'eau n'a pâs terminé ses pérégrinations; pour la seconde fois, elle est sortie des mers, et, transportée par les vents dans les régions supérieures de l'atmosphère, elle a subi un refroidissement assez vif, elle s'est solidifiée.
Quelques degrés d'abaissement dans la tempéra-
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ture ont suffi : Feau, d'ordinaire si mobile et si limpide, saisie par le froid s'est figée ; elle est devenue une masse solide légèrement transparente, la glace. Elle à qui toutes les formes sont indifférentes, qui se moule si facilement dans tous les vases qui la ro* çoivent, qui s^insinue dans tous les angles, qui comble toutes les cavités, cherchant un appui sur toutes les parois, sans consistance aucune, éparpillant ses nombreuses gouttes au tiioindre vent, la voilà solide, résistante, pouvant être taillée comme la pierre. Quelques degrés de moins ont sufiDl pour accomplir cette curieuse métamorphose*
L'eau a cristallisé, tout comme ces gommes précieux qui forment, cela est convenu, le* plus belles parures des femmes, ^parures matérielles s'entend. — Ah I gracieuses folles, sauvages de la civilisation! vous avez raillé Tlroquois qui accroche des anneaux à son nez et vous, vous n'avez pas hésité à suspendre des pendants à vos oreilles ; vous avez osé percer ce lobe aux contours si élégants ; brutalement vous avez enfoncé l'outil dans la chair, vous l'avez perforée pour y accrocher un morceau d'or ou de brillants cailloux comme un vêtement au portemanteau. Et votre oreille vous semble plus jolie, maintenant qu'elle est soi-disant ornée, que le lobe en est étiré et qu'elle est déformée. Vous avez en*gagé vos doigts dans des anneaux de métal, et votre main fine, élégante, allongée, souple dans ses mouvements, légère et douce dans sa pression, votre main n*a plus de forme, car les anneaux en détruisent les contours, en rompent les lignes harmonieuses^ et si vous venez à toucher quelque objet,
aussitôt on entend le cliquetis de vos anneaux.
Quelles superbes parures on taillerait dans la glace si elle était moins froide à porter et si elle ne fondait pas. La Terre n'est-elle pas d'une beauté sereine sous son vêtement de neige. La blanche hermine elle-même tache ce manteau virginal.
N'avez-vous pas admiré ces arborescences cristallines que le froid fait naître sur vos vitres, inextricable réseau qui simule une forêt où les plantes entremêlent leurs panaches de feuilles. C'est la vapeur d'eau, répandue invisible dans Tair de nos appartements, qui est venue se fixer comme la rosée sur la vitre refroidie et qui n'a pu rester liquide, tant le froid était vif.
Et le givre diamanté s' attachant aux /branches, aux rameaux, aux ramuscules, aux épines âes arbres, aux aspérités de leur tronc, en un mot, à toutes les saillies.
Quelle variété d'aspect sous une même forme cristalline : glace, neige, givre, et cependant c'est toujours de l'eau cristallisée. Il n'y a pas là difTérence de nature, mais seulement changement à^état, d'où résulte un ensemble de qualités nouvelles. Un peu plus ou un peu moins de chaleur suffit pour opérer le passage de l'un à l'autre de ces états ; la facilité avec laquelle s'opère la transformation nous montre qu'il faut accorder peu d'importance à ce qu'on nomme l'état des corps. Et, en effet, l'eau reste toujours identique à elle-même sous ces divers aspects physiques : ce sont les mêmes molécules, dont la position relative seule varie. Tandis que, dans l'état liquide, elles roulent librement les unae sur les au-
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très comme des perles infiniihent petites et d'un poli parfait, dans l'état solide, au contraire, elles sont soumises à des directions déterminées comme des perles embrochées dans de fines aiguilles.
Lorsque le minéral est ainsi parvenu à Tétat de solide cristallisé, il a satisfait à toutes les conditions de la vie minérale ; les atomes se sont groupés en obéissant aux lois qui les régissent ; ils se sont portés d'eux-mêmes les uns vers les autres pour réaliser un corps d'une régularité géométrique : le cristal. Le minéral nous apparaît alors avec une physionomie propre, caractéristique, qui permet de le distinguer parmi les minéraux aussi sûrement qu'un chêne parmi les végétaux et qu'un cheval parmi les animaux. C'est une vraie physionomie, car elle nous éclaire sur la constitution du cristal, car elle nous montre les analogies de nature chimique entre les corps qui présentent des similitudes de forme cristalline, tout comme la physionomie de l'homme révèle son caractère.
Lorsque l'eau est en masse dans le fleuve ou dans un vase, elle donne naissance à la glace en passant à l'état solide. Si, au contraire, elle est divisée en gouttes, celles-ci cristallisent séparément et forment la neige.
Chaque gouttelette d'eau donne naissance à une colonnette cristalline terminée à ses extrémités par de toutes petites pyramides. Ces cristaux ne restent pas isolés : ils se précipitent les uns sur les autres pour former des groupes étoiles. Tantôt six cristaux seulement se réunissent autour d'un centre commun, c'est l'étoile la plus simple ; tantôt, et c'est
le cas le plus fréquent, les associations sont plus nombreuses. Sur les branches de la première étoile se disposent régulièrement des cristaux plus petits; sur ces derniers, d'autres plus petits encore. Ainsi, rétoile de neige se complique de plus en plus; elle a des branches, des rameaux, des ramuscules dont les modes de groupement sont soumis invariablement à la même loi.
Ce ne sont pas des étoiles microscopiques; on peut les voir sans le secours d'aucim instrument^ en les recueillant sur un corps noir, qui par le contraste, en fait nettement distinguer les contours. Scoresby, dans ses nombreux voyages dans les mers polaires, a eu occasion de constater un grand nombre de fornàes qui résultent de groupements, dans lesquels le nombre des cristaux élémentaires et le mode d'arrangement varient.
Tant que l'atmosphère est calme, les étoiles de neige offrent des arêtes nettes, des contours purs, des facettes unies ; mais si Tair est agité, ces constructions fines et délicates se heurtent , et dès lors les arêtes sont émoussées, les angles tronqués, les rayons brisés. Les débris se soudent en masse plus ou moins considérables qui forment les flocons.
La goutte d'eau cristallisée a séjourné à diverses reprises sur les crêtes de toutes les hautes montagnes du globe, elle a couronné les sommets des Alpes, de l'Himalaya, des Andes, puis un jour elle a atteint les limites du monde habité, elle a fait partie des glaciers du Spitzberg.
Vous avezplus d'une fois jeté les yeux sur une carte géographique et remarqué» au nOrd, à la limite des