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CE QUE RACONTE UNE BUCHE

vrier, homme ingénieux et fameux à faire de beaux instruments de mathématique, « lui enseigna que tous les arbres portent autantjde cercles qu'ils ont duré d'années, et le lui fit voir dans tous ceux qu'il avait dans sa boutique, travaillant en bois. »

Il existe au Jardin des Plantes, à Paris, une portion du tronc d'un hêtre qui porte sur son écorce et dans l'épaisseur de ses couches la date 1750. Cinquante-cinq couches ont recouvert la première inscription^et marquent le temps écoulé entre 1750 et 1805, époque où l'arbre fut abattu.

Ce n'est pas seulement le corps du tronc, le bois qui se développe ainsi, la peau du tronc, Técorce s'épaissit de la même manière par couches successives mais plus minces.

L'arbre grossissant fait éclater son écorce comme un vêtement devenu désormais trop étroit , elle tombe par fragments plus ou moins étendus. Le platane, par exemple, perd chaque année une épaisseur notable de son écorce. Chaque fragment qui se détache porte l'empreinte de la portion du tronc qu*elle recouvrait.

Naturellement les couches de l'écorce sont, d'une part, moins distinctes parce qu'elles sont plus minces ; d'autre part, moins nombreuses que celles du tronc parce qu'un certain nombre d'entrés elles se détachent. ^

Mais la bûche ne nous dit pas seulement son âge: voici des couches très-larges qui indiquent une année fertile pendant laquelle l'arbre s'est copieusement nourri et bien porté. Le soleil Ta caressé de ses plus chauds rayons, les pluies abondantes ont facilité sa

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nutrition en dissolvant les corps solides répandus dans le sol et qui forment une partie des aliments du végétal. Voici des couches minces qui annoncent une année de disette/ de sécheresse et de froid. Le soleil s'est montré rarement, les vents du nord ont soufîlé, les pluies ont été rare». Les couches sont là, disposées dans Tordre des années bonnes ou mauvaises, de sorte que, connaissant la date de la mort de Tarbre,: on peut former le tableau des saisons douces ou rigoureuses en plaçant les dates en regard.

Ce n'est pas tout encore. Montaigne ajoute dans le passage cité plus haut et en parlant du même ouvrier : « Et la partie qui regarde le septentrion est plus étroite, et a les cercles plus serrés et plus denses que l'autre. Par ce, il se vante, quelque morceau qu'on lui porte, de juger dans quelle situation poussait Farbre. »

Et, en effet, d'un côté de l'arbre, toutes les couches sont plus étroites que du côté diamétralement opposé. Une des faces est exposée au contact des vents froids et la vie s'y trouve ralentie; l'autre, au contraire, abritée et recevant les rayons solaires les plus intenses et les plus nombreux, se trouve plus développée. On peut donc reporter la bûche à la forêt et la planter comme elle y poussait.

Ainsi, la bûche est un cadavre qui montre dans son corps les traces du bien-être et des souffrances que l'arbre a éprouvées; elle porte gravés dans sa chair les principaux épisodes de sa vie. L'arbre aussi a lutté pour vivre : pendant que ses racines fouillaient la terre tout à la fois comme des bouches,

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