CE QUE EACONTE UNE BUCHE
des mains et des yeux, sa tête feuillue se baignait dans Tatmosphère. Mais, fixé sur le sol, au point même où il naquit, l'arbre n'a pu, comme Tanimal, en changeant de milieu, modifier les conditions de son existence.
On sait Timpression de tristesse profonde que fait éprouver, à rapproche de l'hiver, la chute des feuilles. Il semble, en effet, que la vie abandonne la terre : les hommes rentrent dans leurs foyers en même temps que « de la dépouille de nos bois, l'automne jonche la terre. »
La feuille n'est pas morte tout à coup ; elle était verte d'abord, et, depuis le vert le plus foncé jusqu'au jaune le plus intense, elle a parcouru la gamme des tons doux et harmonieux qui donne un si grand charme au paysage d'automne.
Si ce n'est la mort de l'arbre, c'en est au moins l'apparence. Ufie fois les feuilles tombées, la terre parait nue, dépouillée, et les arbres ressemblent à des fîtres inanimés. En réalité, ils sont plongés dans une sorte de léthargie dont ils ne sortiront qu'aux
premiers rayons du soleil nouveau. Peu à peu, le froid a ralenti Factivité vitale, les racines ne se sont plus imprégnées de l'eau nourricière, la sève s'est en quelque sorte figée; mais l'arbre n'est pas mort, pas plus que nous quand nous sommes évanouis ou en léthargie. La vie n'est que suspendue, comme le mouvement dans une horloge montée dont le balancier est immobile.
Dans les pays chauds, les arbres fournissent constamment des feuilles nouvelles, des fleurs et des fruits. L'été y est éternel ; mais les peuples qui vivent dans ces contrées n'ont pas le printemps, ce réveil de la nature, ce charme de l'année.
Nous possédons aussi des arbres toujours verts; les pins, les sapins, etc., que le froid n'endort pas, chez lesquels la vie n'est point suspendue, et dont les feuilles se renouvellent sans cesse. Pour ces espèces, la chute des feuilles n'a pas lieu.
La feuille joue donc un rôle important dans l'existence du végétal, puisque sa présence signale le réveil de la vie, et son absence, l'apaisement des fonctions vitales, la mort apparente!
L'analogie va nous guider. Lorsque le sommeil nous gagne, la circulation, la respiration se ralentissent, et d'autant plus que le sommeil est plus profond. Si nous tombons en syncope ou en léthargie, ces deux fonctions sont suspendues.
Mais, de ces deux fonctions, la respiration est pour ainsi dire plus extérieure, les signes en sont plus apparents, aussi est-ce celle qui nous frappe le plus. Nous approchons instinctivement l'oreille des lèvres d'une personne endormie, si nous voulons
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nous assurer de son sommeil ou si nous avons quelque inquiétude. L'examen de la circulation ne vient qu'après.
Les feuilles sont aussi la manifestation extérieure de la respiration végétale, c'est surtout par ces organes que s'accomplit cette fonction. Lorsque le végétal s'éveille de son long et profond sommeil, la sève court dans ses vaisseaux, et bientôt après les bourgeons naissent et se développent. Il respire alors, par ces parties vertes, les feuilles, qui en sont tout à la fois les bouches et les poumons.
Quelle variété dans la forme, la disposition, la constitution de la feuille! En général, elle est composée d'une partie plane (limbe) ^ soutenue ou non par une petite tige [pétiole) qui se ramifie pour former la charpente du limbe. — Tantôt elle est charnue et ample, tantôt maigre et effilée. — Ses contours sont tantôt unis, tantôt découpés plus ou moins profondément; de là, des bords dentés, dentelés, crénelés, lobés, etc. — La forme générale rappelle celle d'un cœur ou d'une lance ou d'une aiguille, etc. — Les. nervures se ramifient à la manière des branches d'un arbre dans tout un groupe de végétaux ( dicotylédones ) ; elles sont parallèles comme les barbes d'une plume dans un autre groupe (monoco' tylédonés); elles tie présentent ni l'une ni l'autre de ces particularités dans le troisième et dernier groupe {acotyèédonés).
Les deux faces de la feuille île sont pas semblables. Examinez au microscope celle qui regarde le sol, vous y verrez des milliers de petites ouvertures en forme de boutonnières à demi ouvertes. Ce sont
les bouches. Par là, elles puisent dans Pair l'acide carbonique qui s'y trouve mêlé, elles s'approprient le carbone et rendent l'oxigène.
Elles respirent ainsi pendant le jour seulement, sous l'action de la lumière, et plus particulièrement sous rinfluence de certains rayons lumineux. Au contraire, pendant la nuit, les mêmes feuilles agissent d'une manière tout opposée, c'est-à-dire qu'elles prennent à l'air son oxigène et rendent de Tâcide ^ carbonique à la manière des animaux, L'écorce, la fleur surtout, en un mot, les parties non vertes agissent toujours comme les feuilles pendant la nuit.
Ces faits ont été constatés par des expériences nombreuses et précises. Des plantes ayant été enfermées sôus une cloche renfermant de l'acide carbonique et exposée à la lumière, on a constaté la disparition de l'acide carbonique; au contraire, la cloche renfermant de l'air et mise dans im lieu obscur, 0^ y a trouvé, au bout d'un certain temps, de l'acide carbonique.
Les plantes exhalent donc, outre les parfums de leurs fleurs qui agissent sur le système nerveux, l'acide carbonique qui vicie l'air que nous resf irons.
Des malaises fréquents, dont la cause échappe au premier abord, sont dus à la présence gracieuse et funeste des fleurs et des plantes dans les appartements.
La respiration végétale montre l'influence de la lumière, non-seulement sur l'aspect des plantes, • mais sur leur constitution. Aussi les végétaux semblentnls, de tous les corps, les plus sensibles à l'ac-
tien de la lumière, les plus soumis à sa douce et salutaire influence.
La graine, tombée par mégarde dans une cave, et qui vient à germer, donne naissance à une plante qui ressemble en tous points à ces jeunes enfants chétifs, dont les chairs pâles et flasques accusent une débilitation profonde.
Ce végétal maladif se guérît lui-même; il cherche la lumière; il tend de tons ses efforts vers le soupirail; sa tige s'allonge pour l'atteindre, et, s'il parvient au jour, il ne souffre plus. La lumière le colore en même temps qtf elle le fortifte.
Il suffit d'avoir un pot de fleurs dans une pièce éclairée d'un seul côté pour observer cette tendance des plantes à se diriger vers la lumière. Sur la cheminée de mon cabinet de travail se trouve actuellement une jacinthe dont la hampe s'incline vers la croisée. De temps à autre, je contrarie cette tendance, et je rétablis la verticalité en faisant faire au support une demi-révolution. ♦
Il est presque inutile de citer l'effet produit par la lumière sur les plantes qui portent le nom générique d^ tournesol j et qui doivent ce nom à la curieuse propriété qu^elles possèdent de se tourner vers le eoleil pendant tout le cours de la journéej de sorte qu'elles en suivent les mouvements. Ainsi Vhélianthe (fleur du soleil), Vhéliotrope (qui tourne vers le soleil).
En rapprochant les phénomènes de la rei^iration végétale et ceux de la respiration animale, on a été conduit à conaidérer cfes deux actes comme complé-^
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mentaires, et à regarder l'atmosphère comme le lien qui unit les deux règnes.
On sait, en effet, que chaque animal en respirant introduit de l'air dans ses poumons, et que l'oxygène de cet air brûle le carbone du sang. Notre corps fonctionne comme \m foyer où le carbone en brûlant produit une chaleur de 36 degrés. Les aliments font les frais du combustible ; la chair^ les fruits, les légumes renferment en effet du carbone.
Directement ou indirectement, le charbon vient des végétaux. Les éléments de l'herbe qu'a broutée le mouton passent, sous forme de chair, dans notre corps. Les principes qui constituent une plante passent dans le corps de l'insecte qui s'en nourrit ; de là dans le corps de l'oiseau qui dévore l'insecte, et enfin dans notre corps après ces nombreux voyages.
D'ailleurs, nous ne conservons pas ce carbone, c'est un emprumt. Nous le rendons, sous une autre forme, aux végétaux qui nous l'ont pour ainsi dire prêté. Il y a donc un échange permanent des mêmes matériaux entre le règne végétal et le règne animal ; mais il est difficile d'affirmer que les effets de la respiration végétale contrebalancent ceux de la respiration animale. Car, si la respiration des végétaux^ pendant le jour, produit un effet contraire à celle de ces mêmes végétaux pendant la nuit, on ne saurait cependant conclure que les deux effets se neutralisent d'eux-mêmes. Il faudrait, pour cela , d'abord, qu'il y eût égaUté entre les jours et les nuits ; ensuite que l'énergie vitale fût la même pendant le jour et pendant la nuit.
Mais il importe peu que l'union s'établisse entré
les règnes de la nature par une voie ou par une autre. Deux roues dentées d'une horloge peuvent sans doute, se trouver en rapport direct ; leurs dents peuvent s'engager les unes dans les autres ; les liens qui les unissent sont plus étroits, mais rharmonie existe pour l'horloge entière et non pour deux éléments voisins.
Si, jiisqu'à présent, on a cru à tort que les effets de la respiration végétale contrebalancent et neutralisent ceux de la respiration animale, ce n'est pas une raison pour en conclure que d'autres liens n'enchaînent point les êtres vivants, et même que l'atmosphère ne soit un des principaux. C'est la vie du * végétal tout entière qui est liée à celle de l'animal; l'harmonie n'est pas établie pour un acte seul, mais pour tous les actes de la vie animale et végétale.