IV. — liO Timbre
Chacun de nous reconnaît la voix d'un ami»
même lorsqu'elle est mêlée à d'autres voix inconnues. Si quelqu'un vient à chanter, sa voix peut être sympathique ou antipathique, bien que la personne, artiste parfait, obéisse à toutes les règles de l'art.
Il y a donc, dans la voix, quelque chose qui n'est ni sa force, ni sa gravité, qui fait que la même note produite par divers instruments diffère dans chacun d'eux. Personne ne confondra le même ut, le même sol produits par un violon et une flûte; chaque instrument, chaque personne a un timbre particulier.
846 MENUS PROPOS SUR hES SCIENCES
Le timbre^ t^ est le nom denné à œtte qualité du SOQ qui eu d«t pour ainsi dire la couleup» . . -. c Comme les sons, dit Lamemi^is, lea couleurs sont paF elles-mêmes iadéterminées, eUes ne représentent comme eus que des formes vagues, âotiaar les^ tasaisissftbles^ »
d'est le deseja qc4 détermine les images des eocps, ^ ea ftse les eoateurs. Le pepteait ^'uae f ersonne est (i'abord dans le dessin, la couleur ne vient qu'après ; il se peut même qu*ii n'y ait point de couleur, et le povtrait existe encore. La ressembiaaoe est dans les contours, dans las linéaments du visage.
Ainsi, dans le langage, les consonnes jouent le même rôle; elles donnent la forme à la voix. Sans les consonnes, la voix serait un son, mais un son non articulé. Elles sont, pour ainsi dire, les os des mots dont les voyelles constituent la chair. Les os unis à la chair deviennent un tout. C'est complet. Gela se tient. Ce n'est pas flottant, indécis, sans p0Q#i8tanpe; c'est un corps.
. Qi^'ei^çe jdogç qui produit le timbre ? \j^ nature du cojpf&? sa si^^^npe, sans doute? Mais ^ quelle façon, int^rvi^t-elle ?
Oa sept bjeçj ep efeti^ que le timbre est quelque chose d'intime, de particulier, de spécial, ^t qui oari^ptérise 19 cprps sonore ; maû» si Ton s'en tient là, c'est QQïfij3Ub si l'on se bornait à dire, pour expliquer fpp^S^ent çrois^euit les plantes, que ç'e^t la terre qui ]^ n^rrit, . Allons, ^la^ toi».
Vous n'avez sans doute pas remarqué qu'un corps
j|ui résonne, copie ou tuyau, ne produit pa^ seulemeat le aoa qui domine et que Ton entend &urtQ^t, ^^s^en môme temps ioxji,%e une séçie de song qu'on ^omme les Aarmo^i^g^j du son principal.
Gkoques, par ^xemple, une copde du piano qui iâio&ne Vut^ et ya^^ entende e« en même, temps Tti^ de ^lïave aiguë, le sol qui vient après^ Vut suivsmt, etc. Tous ces sons se superposent au spn p^inc^pal, se pelant à lui pt s^ fondent d^i^ un ens^m^)^ har^ poiiieiix.
Les son^, UQm T^YPM dit plijs haut;, spnt dus à des vibrations plus ou moins rapides, des plus pelâtep p^rti9B des corps, des atome§, pour les appeler par lejiir nom. Un corps ré§onne-t-il ? ce sont ^s atQr mes qui s'^itent m ^^1^^* Si eUps vi]:^r^nt leur t^n^fnH, te ion ^s|; gravée ^ ^ elje§ vibrât j^idement, te §Q||(çsjtaigu. Yûu^tpipcez ipe 09^(^1 ellgyibre^ elte ren4 un spn. Vous pps^z la m^ dessus, vous arrér i^z et 1^ vibrations gt le ^n, Ainsi vous^ tsdt^ poij^ éteindra te feyuit de votre verre, lorsqu'à t^djte VPHS l'avez involontairement choquée
Quand ime corde vibre dans toute sa longueur, dans sa totalité, elle vibre encore et séparément dans chacune de ses parties, comme si elle était forn^ée de plusieurs cordes partielles vibrant chaT (mm indépendamment et pour son propre compte.
Une comparaison nous permettra de ^re comprendre ce fait, qui peut sembler tout d^abord un peu étrange. Imaginez un corps d'armée qui va s'ébranler pour la bataille ; les ordres ont été donnés par le chef qui a conçu le plan ; ils sont transmis aux généraux, aux colonels, aux commandants, etc. Bientôt
248 MENUS PROPOS sua LES SCIENCES
le mouvement commence^ le soldat se déplace et aussi les pelotons, les compagnies, chacun dans un certain sens. Autant de petits mouvements particuliers distincts que chacun accomplit ; mais tous ces petits mouvements concourent à un mouvement total, celui du corps d'armée, et tandis que chacun accomplit sa tâche spéciale, le chef voit se réaliser le mouvement d'ensemble.
Ainsi, le corps sonore, tout en vibrant dans sa totalité, vibre dans ses parties, et les mouvements partiels forment le mouvement total par leur ensemble.
Or, à ces mouvements divers de la corde correspondent des sons également divers. Telle est l'origine des harmoniques du son fondamental.
C'est de cette association des harmoniques et du son fondamental que résulte le timbre. Si les harmoniques varient en nombre, en intensité, en quantité, le timbre varie. Or, c'est ce qui a lieu suivant la substance qui vibre, et de latentes les différences que présentent les timbres.
Ce n'est pas une vaine théorie que nous venons d'exposer. Des appareils ingénieux, exécutés psu: un jeune et habile constructeur, M. Kœnig, permettent d'analyser un son, de le décomposer, de le disséquer, si nous osons parler ainsi, comme on fait d'un rayon de soleil que Ton sépare en rayons colorés, ou bien de prendre lès divers harmoniques et de les mêler, comme si l'on mêlait des couleurs pour obtenir la couleur composée. Cela fait deux procédés, un par décomposition, un par recomposition; un d'analyse, un de synthèse*
Nous ne voulons donner que celui qui nous semble le plus facile à saisir, c'est le dernier. Il se compose d'un ensemble de diapasons de grandeurs diverses, calculés de manière à fournir les harmoniques successifs de Tun deux. Chacun à une boîte sonore jouant le même rôle que la boite des instruments de musique, à savoir de renforcer le son. On fait résonner simultanément les divers diapasons, et, suivant qu'on bouche l'ouverture d'une boite ou qu'on la laisse libre^ on éteint ou on renforce le son correspondant. On peut ainsi, à volonté, mêler un nombre quelconque de sons d'intensités variables, et on entend, comme résultat, des sons à timbre différents, absolument comme si , prenant des couleurs sur la palette, on les mêlait pour obtenir des nuances variées.
aARE A V^S YEUX
l'ÉTUDB — LA VEILLÉE — LE LORGNOJS
— Pensez-vous, mon ami, que les yeux soient des organes utiles et agréables ?
— Cela ne fait pas de doute.
— N'est-ce pas grâce à la vue que nous jugeons de la figure etde la couleur des corps, que nous apprécions les distances, que nous jouissons du spec*tacle de la nature et de la beauté des chefs-d'œuvre de l'art ?
— J'en suis persuadé.
— Ainsi, nous voyons tous les jours des gens qui ne peuvent jouir d'un paysage ni d'un tableau,
GARE A VOS YEtX 25 1
OU qui passent à côté de leurs amis sans les recottnaitrfe, patee (tu'ils ont de mauvais yeut.
— Je^uiô ttioî-mêmé tdàns ce cab, et je paiièourB mfititiitfenànt les wéé Isans tiherchér à voir Idh feeûs } î*ai renoncé à la viiè dô paysage» étendus ^ je w viiBîté piiiS les musées*, je àenô letiicmdëm'éckéi^ peu à peu à îuesure que je perds la plus doucb des sensations ; en&u, je stifs limité dans mes lectures et dauà meé traVAut, ce qui est sans conft*edit Une des phiô dures cbnditiuns. -
— Vous croyez dôucj coinme i&oU qti^)ii ne saurait avoir trop de Soius pour uu oiganie twA délibat et aussi précieux quB liôS yeux ?
^ Assitrèmeût.
^ Voyez pourtant comme les hommes sotit inconséquents : ils apprécieht aiôsi ^é vous et ttioi la taleur des yeux j et cepeudwit on dirait qu'ils les ttSbnt à plaisir. Mais') Iti vdu6 voUléîK ))ie«H j^ va^ d'abord vous dirie en déUk niotè éo^âieiit Oftt lait un œil et comment il *mctiOûfle.
— Volontiers;
~ Vous ne voyez de TiMl qu'une fitible pdrtioû f il est presque en entier caché dans cette grottte (orbite) que surplombé' le front et qu'omblr^e lé sourcil. La forme de Vœil est à peu près celle d'une boulfe.
L'enveloppe-, sur îa partie antérieure, est transparente, {càrtiée iransparenteyy les rayons lumineui devant la traverser. On peut là comparer au verre d'une montre { le reste de l'oivèlùppe est opaque {tomée ^mquc w selërati^é).
Derrière la cornée transparente se tro^uve un'
écran circulaire percé d'un trou rond , la prunelle (ms)f dont la couleur est ce qu'on nomme la couleur de l'œil. — Pour continuer notre comparaison, nous dirons que si la cornée est le verre de la montre, la prunelle en est le cadran. — A travers la pupille se voit l'intérieur de l'œil qui est noir comme une chambre obscure ; aussi, bien des gens croientils que la pupille est une tache noire.
Derrière le petit rideau qui forme l'iris se trouve suspendu le cristallin^ corps transparent et bombé.
Enfin, l'œil est rempli de liquides visqueux qui le maintiennent gonflé comme un sac plein. Le fond est tapissé d'un réseau nerveux à inailles ânes, déliées, formé par les filets du nerf optique : c'est la rétine.
Un organe aussi délicat que l'œil ne saurait être trop protégé. Aussi, outre qu'il est abrité dans l'orbite, le sourcil s'avance comme un auvent, empêche la sueur du front de tomber dans l'œil, et projette sur cet organe une ombre salutaire. Un double rideau, les paupières f bordé de franges, les cils^ sert à limiter la quantité de lumière qui entre dans l'œil, et même à empêcher complètement l'entrée des rayons lumineux. Enfin, les larmes, dont les réservoirs se trouvent au-dessus de l'œil, nettoient constamment la cornée transparente, et coulent abondamment si une cause d'irritation agit sur l'œiL Après avoir lavé la cornée, elles se rendent dans le nez par un petit canal situé à l'angle interne de l'œil.
Vous avez maintenant une idée sufQsante de l'œil; laissez-moi vous dire succinctement comment il fonctionne.
— Vous avez sans doute fait faire votre portrait chez un photographe?
— Oui.
— Vous avez alors remarqué la boite cubique qui porte en avant un petit tuyau ?
— La chambre obscure.
— Eh bien, dans ce tuyau que le photographe dirige sur vous, se trouve un verre bombé en forme de lentille {objectif,. Ce verre forme l'image que l'on voit se peindre sur la face de derrière de la boîte, où se trouve un verre dépoli.
— Je comprends : le cristallin joue le rôle du verre, la boite c'est l'œil, et les images viennent se former sur le fond (Je l'œil où s'épanouit la rétine.
— C'est compris. — Ajoutons que non-seulement la rétine reçoit les images, mais qu'elle les porte au même instant au cerveau qui les sent ; c'est-àdire que l'œil prépare ce qu'apprécie le cerveau. Il n'y a pas deux opérations distinctes, savoir la formation de l'image sur ce fond de l'œil, puis la perception de cette image. Au moment où elle se forme, l'image est perçue. Nous ne sommes pas comme un individu placé derrière 'l'œil et qui regarde limage qui s'y trouve. S'il en était ainsi, on aurait raison de dire que nous voyons les objets renversés car ils se peignent renversés sur le fond de l'œil comme sur'le verre dépoli de la chambre obscure du photographe.
—^ Ainsi, ce n'est pas notre œil qui voit, c'est nous.
— Cela est tellement vrai que, si la rétine est paralysée, la vue est perdue, quoique le reste de l*œil
n'ait aucunement souffert et que les images continuent à se former au fond. On peut même atteindre la rétine dans sa racine , dans les tubercules qui sont Torigine des nerfs optiques, et qui se trouvent au cerveau. Si un tubercule est enlevé, la vue est perdue. Et, chose curieuse, la destruction d'un tubercule fait perdre là vue de l'œil du côté opposé. Le tubercule droit correspond à l'œil gauche et vice versa.
Vous êtes maintenant en mesure de mieux comprendre avec quelle légèreté on traite ses yeux. Qui s'est jamais préoccupé de laisser reposer ses yeux avant qu'ils se refusassent à leur service ?
— Cela est vrai, on attend que la vue se trouble pour s'arrêter quand on 'lit, qu'on écrit ou qu'on fait des recherches.
Ce n'est rien encore; maiâ on s^obstine à regarder des objets trop petits ou trop peu éclairés, ce qni est funeste. Celui-ci perd ses yeux à déchiffrer des manuscrits, celui-là à des recherches faites à l'aide du microscope. On travaille le soir, à la lumière, et cela est mauvais ; par contre, on se lève tard et on perd de bonnes heures du matin. Après avoir lu j on écrit pendant la soirée, on veut encore lire dans son lit, ce qui est détestable, parce que, d^ime parti le cerveau est actif pendant que le corps est horizontal, ce qui peut provoquer une congestion, et que, d'autre part, la direction imprimée aux yeux est mauvaise.
— Je vous demande pardon de vous arrêter dans Vos sages observations, mais j'ai besoin de me jus-
tifier. Je lis dans mon lit pour m'endormir, et, si je ne lis pas, je m'endors difB^ilement.
— Si vous ne dormez pas, c'est que vous ne faites pas assez d'exercice, ou que vous restez trop longtemps au lit; ou même pour les deux raisons. Le sommeil vient à celui qui l'appelle par les moyens réguliers : il en est du sommeil comme de l'appétit.
— Et le temps, je vous prie, quand on a ses affaires, de suivre un régime ?
— Ce régime, croyez-moi, vous serez châtié pour ne l'avoir pas suivi ; un jour ou l'autre, votre corps reprendra ses droits. Par Fexcès de travail, votre travail sera moins fructueux et la maladie, viendra à la suite de réxcès. U n'y a pas deux poids et deux mesures, une^ bonne administration convient aussi i)ien à votre maison qu'à votre corps; il n'est jamais bon de faire bombance pour jeûner après.
— Je ferai mon profit de vos conseils.
— Evitez autant que possible les couleurs blanche et rouge; reposez plutôt Vos yeux sur le vert etle bleu. Les arbres et les prairies sont verts, le ciel est bleu, n'est-ce pas là une indication ?
— Ainsi, d'après vos conseils ,
U ne faut pas regarder des objets trop petits ou trop peu éclairés.
Il' faut lire de préférence des caractères assez grands, assez nets, suffisamment éclairés et autant que possible par la lumière naturelle.
Il faut éviter de lire pendant qu'on est couché et d'avoir devant les yeux des couleurs brillantes.
— C'est cela même.
Il me reste, à VOUS parler de Tusage et de l'abus du lorgnon.
L'œil peut avoir des défauts ; la vision peut être imparfaite. Tantôt on ne voit distinctement que des objets éloignés, on est presbyte. Tantôt, au contraire, on ne peut voir nettement les objets qu'à une faible distance, on est mtjope.
— Et quelles sont, je vous prie, les parties de rœil qui, ne se trouvant pas dans leur état normal, causent la myopie ou la presbytie?
— Gela n'est pas si simple qu*on le pourrait croire après la lecture des ouvrages élémentaires. Souvent on dit que chez le myope la cornée est trop bombée, et chez le presbyte pas assez.'
— C'est, en effet, ce que j'avais entendu dire et il m'avait semblé que les myopes que j'ai observés avaient les yeux saillants et bombés.
— Cela est vrai quelquefois , mais vous n'avez pas remarqué les myopes chez lesquels la cornée n'est point du tout bombée.
' Bien des causes produisent la myopie, à part la convexité de ,1a cornée, qui d'ailleurs influe peu. La pièce importante de l'œil, c'est le cristallin. Il influe par sa forme plus ou moins convexe, par sa matière qui rend les rayons lumineux plus ou moins convergents. Enfin, la distance du cristallin à la cornée antérieure est variable.
" — Les liquides qui emplissent le globe de l'œil n'influent-ils pas?
— A peine. Quant à la presbytie, elle est causée par les défauts opposés, et, en général, elle est la conséquence de la vieillesse. Il est rare qu'un myope le soit également des deux yeux; le con- ^ traire a lieu le plus souvent. Bien plus, il y a des personnes myopes d'un œil et presbytes de l'autre, et le cas est fréquent.
Cbez le myope, comme chez le presbyte, les objets extérieurs ne forment pas leur image sur le fond de Tœil, mais après ou avant. Il faudrait, pour corriger ces défauts, pouvoir faire avancer ou reculer le fond de Tœil comme le photographe fait avancer ou reculer la plaque de verre dépoli, lorsqu'il veut Tw^^^re aw ^oen^, c'est-à-dire obtenir une image nette. Nous avons heureusement un autre moyen, c'est l'emploi de certains verres.
Nous donnerons au presbyt3 des verres convexes qui feront converger les rayons avant qu'ils atteignent l'œil, de sorte qu'ils feront^ une partie de la besogne que Tœil devrait /aire. Au myope, nous donnerons des verres concaves qui font précisément l'effet contraire des premiers, ils rendent les rayons divergents. Dans ce cas, ils ne font pas la besogne de l'œil, mais lui donnent plus à faire.
Naturellement il y a des degrés dans ces défectuosités de l'œil ; on est plus ou moins myope et plus ou moins presbyte. Il y a donc des verres de convexité ou de concavité différente au nombre de vingt, le ^o 1 étant le plus fort, c'est-à-dire le plu§
convexe ou le plus concave. C'est ta limite des secours que l'art peut accorder à notre vue.
— Ce qui faisait dire par maître Jean, dans un de ses dixains, qu'au-dessous dun° 1, il n'y avait plus qu'un chien.
— Justement. Maître Jean voulait dire par là qu'on est bien près d'être aveugle quand le n" I ne suffit pas.
Les plus faibles des verres convexes se nomment conserves f les p\us forts sont des loupes.
— Les lunettes me semblent fort utiles ; aussi je me demande comment on faisait avant que Roger Bacon les eût inventées.
— On s'en passait. Il faut ajouter qu'on, en avait moins besoin. L'étude et certains travaux délicats contribuent à augmenter le nombre des myopes. Voyez s'il y a autant de myopes à la campagne qu'à la ville, chez les commerçants et les industriels que chez les savants et les horlogers ! M. Vare rapporte que, pendant vingt ans, sur dix mille soldats anglais, on ne put trouver que six myopes, tandis que l'université d'Oxfoi*d en donnait en moyenne trente-deux sur cent vingt-sept étudiants.
Fort heureusement, quand une chose devient nécessaire, les hommes sont sur le point de l'inventer. L'invention est même la conséquence du besoin : car si, par exemple, nous fatiguons nos yeux en étudiant, l'étude qui nous a fatigué les yeux nous a conduits à la découverte des lunettes.
— Vous pensez donc qu'il est bon d'user des lunettes et du lorgnon ?
— Oui, quand on en a besoin. Oui, quand on
choisit bien ses verres et qu'on ne prend pas le même pour chaque œil. Il faut avoir un verre pour chaque œil comme on a un soulier pour chaque pied.
— Comment se fait-il donc qu'usant également de mes deux yeux, ils ne soient pas également bons. Je comprends que je ne puisse pas me servir de la main gauche comme de ma main droite, car je ne les exerce pas également, tandis que je me sers toujours de mes deux yeux pour voir.
— G*est là une erreur. Nous naissons avec des yeux inégaux et qui devraient être rectifiés et harmonisés. On n'y songe pas, on regarde avec ses deux yeux et on croit voir de ses deux yeux lorsqu'un seul fonctionne. Peu à peu celui qui ne travaille pas devient plus mauvais encore par défaut d'exercice. Voilà pourquoi, ainsi que je vous le disais il y a un instant, on peut être myope et presbyte ou myope à des degrés divers de chaque œil.
S'il est bon d'user des lunettes et du lorgnon lorsque les yeux l'exigent, il est funeste de s'en servir sans nécessité. Je me récrie sur Tabus qu'on en fait; bien des jeunes gens prennent le lorgnon par ton, comme le cigare; après quelques difficultés ou quelques souffrances, on s'y accoutume ; on façonne ses yeux, on les fausse pour les apprivoiser au lorgnon. L'œil est docile. Ne voit-on pas, chaque année, à l'époque de la conscription, de jeimeâ conscrits arriver, par l'exercice, à exagérer certains défauts de leurs yeux. Quant à ceux qui prennent les lunettes par besoin, je leur reproche d'en user sans interruption et de ne pas chercher à combattre
les inflrmités de leurs yeux par une bonne direction et une sorte d'éducation de ces organes.
Il n'est pas douteux que notre corps se modifie dans le cours de la vie, et par conséquent, nos yeux ne peuvent rester les mêmes. Il faut donc graduer, en l'affaiblissant, l'intensité des verres qu'on emploie, de manière à modifier l'œil dans un sens favorable.
Je conclus :
p Qu'il faut des lunettes à verres distincts ;
2^ Qu'il faut changer de verres en les choisissant de plus en plus faibles ;
3"* Qu'il ne faut pas se servir constamment de ses lunettes ;
" A? Enfin, que l'usage du pince-nez lorsqu'il pince le nez et l'abîme, est déplorable.
HISTOIRE NATURELLE