LE MOTEUR
La machine est un composé d'organes matériels, c'est un être inerte, si un moteur ne l'anime pas. Que peuvent faire des pièces de bois ou de métal, unis d'une manière quelconque? Ni leur forme, ni leur grandeur, ni leur union ne peuvent leur donner le mouvement. La voiture restera immobile sans l'action du cheval, la locomotive, sans Faction de la vapeur, le moulin sans l'impulsion de l'eau, du vent ou de la vapeur.
A l'origine, avant la conquête des animaux domestiques, rhomme est à lui-même son propre moteur. Plus tard, le cheval, le bœuf, le chameau, l'éléphant, le renne partageront ses travaux. Ce sont là les moteurs animés.
Tous les travaux de l'antiquité, si considérables qu'ils soient, ont été exécutés par des moteurs ani-
mes et à Taide de quelques machines simples. Les monuments si imposants de T Egypte ont été élevés par des milliers d'esclaves, qui y ont usé leur vie. On peut s'en étonner au premier abord, quand on considère la grandeur de l'œuvre et la faiblesse des moyens : cela parait au contraire plus naturel si Ton tient compte de la multitude des ouvriers, du temps employé et du peu de souci qu'avaient les anciennes sociétés de la vie humaine. Certains insectes qui vivent en société élèvent des monuments qui, toute proportion gardée, sont plus grands que les pyramides. On peut obtenir bien plus qu'on ne le croit d'hommes dont la vie n'est comptée qu'en raison des services matériels. On les use, diia-t-on, qu'importe, s'ils sont assez nombreux pour être constamment renouvelés.
Ce qui fait l'infériorité des civilisations antiques, ce n'est pas seulement d'avoir eu des esclaves,— il en existe encore sous d'autres noms au milieu de nous, — c'est d'avoir admis le droit d'en posséder et d'en user en toute liberté comme d'une chose. Ce qui est au contraire une marque de progrès pour notre temps ^ c'est le respect de la vie qu'on a étendu jusqu'aux animaux domestiques. Non seulement l'homme est protégé par les lois et d'ailleurs il est libre, mais l'animal, cet éternel esclave de Thomme est aussi sauvegardé contre les mauvais traitements du maître qu'il nourrit et qu'il enrichit.
Quel détestable et faux calcul que celui qui porte à exiger un travail excessif des moteurs animés ! Le travail accompli par ces moteurs n'est jamais plus fructueux que lorsqu'il est lent et régulier. La force