L'OUTIL
A quoi sert Toutil?
L^outîl est destiné à modifier dans sa forme, ses dimensions ou son aspect, un fragment quelconque de matière. Les outils se sont perfectionnés comme le langage ; d'abord grossiers et informes comme la pierre du chemin, comme le silex naturel, ils étaient tout à la fois les armes, les ustensiles et les outils de l'homme primitif. Plus tard, ils furent de silex poli, usé de manière à présenter des arêtes tranchantes, taillé en forme de hache, de flèche ou de couteau. Ceux-ci, à leur tour, céderont la place aux outils de bronze qui seront remplacés par les outils de fer et d'acier.
C'est le feu qui permit d'utiliser le métal. D'abord, on put le dégager du sein de ses combinaisons avec les corps étrangers ; puis on parvint à le ra-
mollir. Battu pendant qu'il était chaudy il reçut les formes les plus variées. Aussi les premiers hommes qui travaillent les métaux sont-ils des forgerons.
La découverte de la trempe de Tacier fut, pour ainsi dire, la conquête d'un nouveau métal. On connaissait évidemment Tacier et la fonte, du moment que le fer lui-même était connu, car, on le sait déjà, ces substances, qui diffèrent beaucoup dans leurs propriétés, diffèrent peu dans leur composition. La trempe donnait à l'acier de nouvelles et précieuses qualités; la trempe, c'est-à-dire un refroidissement brusque, une sorte de saisissement qui immobilise les molécules dans ime situation anormale. L'acier est chauffé, ses molécules se sont écartées, il s'est dilaté, vite on le plonge dans un liquide froid et le voilà trempé. Plus le refroidissement est vif, plus la trempe est forte. L'acier, déjà si différent du fer, s'en sépare plus nettement encore. Cette opération si simple en a fait un des corps les plus durs et d'une dureté qui varie avec la trempe, mais, en même temps, il est devenu fragile. On le réchauffe, on le recuit^ et les molécules s'écartent de nouveau peu à peu, et choisissent une position moins anormale que celle qu'elles avaient brusquement prise sous l'influence de la trempe.
Ainsi, par un juste emploi de la trempe et du recuit, on arrive à varier la dureté des outils, à les rendre d'autant plus durs que les substances sur lesquelles s'exerce leur action sont elles-mêmes plus résistantes. On possède dès lors un corps qui peut rayer, ronger, entamer plus ou moins profondément les métaux.
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Est-ce là tout? — Non. Si la dureté est en cette circonstance une propriété essentielle, car pour qu'un corps puisse en rayer un autre, pour qu'il puisse pénétrer dans cet autre, il faut qu'il soit plus dur, il est une ^utre qualité non moins importante, et qui même permet de tirer de la dureté tout le parti possible, c'est la forme qu'on donne à l'outil. Si l'on y regarde de près, on s'aperçoit bientôt que le plus souvent l'outil est un ongle ou une dent d'acier. Gomme c'est l'ongle ou la dent qui agit, on ne trempe que l'extrémité de l'outil et on évite ainsi que la partie supérieure ne soit fragile. L'outil devient donc un doigt souple et résistant armé d'un ongle acéré.
Tant qu'on ne fit usage que d'outils tenus à la main, on ne construisitles grandes piècesmétalliques qu'en petit nombre. Aussi les premières machines à vapeur renferment-elles un certain nombrç d'organes en bois, et les transformations de mouvement sont-elles limitées. Un outillage plus complet et plus puissant pouvait seul permettre de travailler de grandes pièces et de réaliser d'autres moyens de transmission que le balancier; d'autre part, la vapeur seule offrait une force suffisante et d'un emploi facile pour manier un outil plus énergique. On s'explique ainsi comment la vapeur a été une cause directe et indirecte de la création des machines-outils : la force de l'homme e^t remplacée par la vapeur, et sa main par une machine.
C'est donc tout à la fois la puissance, la régularité, la continuité et l'amplitude des mouvements. Malheureusement il n'est pas possible d'avoir la ra-
18 MENtS PROPOS SUR LES SCIENCES
pidité avec tout cet ensemble de qualités. L'ongle d'acier gratte lentement parce qu'il gratte avec force. Aussi toutes les machines-outils frappent-elles par leur masse imposante, et la lenteur de leur action. On s'arrête devant ces colosses de fer, et on se demande pourquoi toute cette charpente massive en métal !
Il la faut pour consolider^'outil ; il la faut encore pour supporter la pièce sur laquelle l'outil s'exerce. Il s'agit ici, on le comprend sans peine, du travail du fer. Cherchez parmi les nombreuses pièces de cette construction le petit outil qui agit, vous trouverez un rabot, un burin, un foret, un taraud.
Le rabot a la forme d'une griffe. Il avance le long de la pièce à unir ou à aplanir, dans un plan horizontal ou dans un plan vertical, supporté par un chariot que Ton peut faire mouvoir de manière à rapprocher ou à éloigner l'outil de la pièce, afin de Tentailler plus ou moins profondément.
La machine à raboter devient machine à moriaiser si le rabot est employé à pratiquer des rainures nommées mortaises, en détachant sur un point déterminé une portion de métal plus ou moins considérable.
Ce même rabot, agissant à l'intérieur des cylindres, pour en rendre la surface unie et la section circulaire dans tous les points, prend le nom d'a/^soir. Dans un cylindre alésé, le piston glisse presque sans frottement et sans pourtant laisser d'issue à la vapeur.
Enfin, ce même rabot, associé au tour, permet de raboter circulairement et de faire des cylindres aussi
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facilemenl que des surfaces plates. Dans ce cas, le support du rabot se meut suivant la longueur de la pièce à tourner et le rabot se présente perpendiculairement à l'axe de cette pièce. Il arrache le métal par cercles successifs très-étroits, à la façon dont on pèle une pomme en tournant tout autour du fruit et en avançant en même temps d'un pôle du fruit à l'autre. C'est alors la machine à buriner.
Le foret est destiné à percer, il agit à la façon du tire-bouchon, il pénètre dans le métal en tournant sur lui-même et* en avançant, comme la vrille, dans le bois ou la pierre. C'est une sorte de rabot oblique qui ronge le métal dans une (Jirection inclinée par rapport à la surface. Plus le métal est dur, plus on l'attaque avec ménagement : la partie tranchante de l'outil est alors moins aiguë et s'avaace en efileurant pour ainsi dire le métal. L'attaque est au contraire plus vive si la résistance est moins grande; l'outil est alors plus tranchant et s'avance plus rapidejnent.
On peut détacher tout d'un coup, à Vemportepièce, la totalité du fragment de métal. L'emportepièce est une sorte de couteau circulaire ou polygonal, selon la forme des trous que l'on veut pratiquer. Il s'avance perpendiculairement à la pièce à percer, pénètre par pression et chasse devant lui le métal qui semble devenu plus doux et avoir acquis une fluidité inaccoutumée. Cette machine porte le nom de machine à percer.
Dans chacune des machines précédentes, on utilise la vis pour obtenir des mouvements de progression continue, ayant des vitesses variées. La vis est
donc elle-même une des machines les plus utiles et qui exige pour la construire la machine à fileter ou à tarauder. L'outil est un peigne métallique à dents courtes et fortes, que l'on dispose perpendiculairement au cylindre à fileter, le cylindre tourne et les dents du peigne y pénètrent, creusant des rainures qui laissent entre elles les filets ou parties saillantes de la vis. Mais pour que les rainures soient hélicoïdales, c'est-à-dire comme un escalier tournant, le peigne se meut dans le sens de Taxe du cylindre en même temps que ce dernier tourne.
Dans le travail du bois , le rabot et la scie jouent le principal rôle; Mais le rabot n'est plus cet ongle d'acier qui gratte et écorche le fer, c'est la lame tranchante, doucement inclinée sur le bois dont elle détache une pellicule qui s'enroule en copeaux frisés. L'inclinaison de la lame varie, son mouvement est rectiligne ou circulaire, son épaisseur plu^ ou moins grande, son tranchant plus ou moins acéré.
Quant à la scie, c'est une lame ou ruban d'acier trempé dont on découpe le bord en zigzag. Elle raie, elle égratigne par l'action continue de ses dents pointues. La forme, la grandeur, la dureté de la dent varient; elles doivent se présenter perpendiculairement ou obliquement à la surface. Enfin le degré de la trempe change selon la nature du bois, la forme de la scie et l'usage auquel on la destine.
La locomotive est le moteur y le cheval du convoi. On y remarque trois parties : la chaudière^ le mécanisme et le véhicule. Dans la chaudière se produit la vapeur ou la force, celle-ci exerce son action sur les pistons qui commandent à tout le mécanisme et par conséquent aux roues du véhicule qui porte le tout.
On distingue dans la chaudière deux boites, Tune en avant ou boîte à feu, l'autre en arrière ou boite à fumée^ et, entre les deux, le corps de la chaudière sensiblement cylindrique. La boite à feu, son nom Tindique, est le foyer ; la boîte à fumée est la base de la cheminée. La flamme ne passe pas au-dessous de la chaudière pour se rendre du foyer à la cheminée; elle traverse la chaudière elle-même. Un grand nombre de tubes, 150, 200 et même davantage vont d'une extrémité à l'autre de la chaudière et font
communiquer les deux boîtes. L'eau occupe l'espace compris entre les tubes. Ce sont donc, pour ainsi dire, des tubes d'eau alternant avec des tubes de feu. Il en résulte que l'eau est chauffée sur un très-grand nombre de points, ou si l'on veut que la surface de chauffe est très-grande. Or, plus Feau est chauffée, plus elle fournit de vapeur, et plus la vapeur est puissante.
Mais il faut un tirage actif et comment l'obtenir? Au moyen d'ime cheminée élevée. — Cela n'est pas possible avec les tunnels et la vitesse des trains? Steï)henson a résolu le problème : la vapeur qui a produit son effet et qui aurait été chassée au dehors sans aucun profit est lancée dans la cheminée. Â chaque coup de piston un jet de vapeur s'échappe par la cheminée entraînant la fumée avec elle. Aussi voit-on du même tuyau sortir et fumée et vapeur*
De même que le cheval, la chaudière a un mors, c'est-à-dire un certain nombre d'appareils qui permettent de la gouverner. C'est un tube en verre communiquant avec la chaudière et qui permet de voir le niveau de l'eau, — le niveau ne doit être en effet ni trop haut ni trop bas, car il faut assez de vapeur pour faire aller la machine et assez d'eau pour produire la vapeur. — Puis des soupapes de sûreté ; sortes de couvercles fermant chacun une ouverture de la chaudière et maintenus chacun par un ressort qui cède lorsque la vapeur a une tension trop forte. Un manomètre pour connaître la tension de la vapeur. Ces appareils sont destinés à la chaudière proprement dite, mais il y a, en outre, un cendrier
SOUS le foyer qui reçoit les escarbilles et un treillis dans la cheminée pour arrêter les flammèches afin d'éviter des incendies sur le passage de la locomotive.
Le mécanisme se compose en général de deux cylindres dans chacun desquels se meut un piston. Un tuyau conduit la vapeur de la chaudière aux cylindres ; elle agit successivement sur chaque face du piston, le chasse dans un sens, puis en sens contraire, en un mot lui donne un mouvement de va et vient. Une tige ou bielle reçoit ce mouvement et le transmet à la manivelle de la roue qui se met à tourner.
Sur l'essieu ou arbre de la roue qui fait corps avec celle-ci, se trouvent deux disques dont les centres ne coïncident pas avec celui de l'arbre et que, pour cette raison, on nomme excentriques. Chaque excentrique porte une tige qui commande la distribution de la vapeur dans ce cylindre. On emploie Tim ou l'autre selon que l'on veut aller dans \m sens ou en sens contraire. Afin de pouvoir à volonté modifier ou changer la marche, les deux tiges sont réunies entre elles par un arc métallique le long duquel peut glis* ser un bouton ou galet, c'est la coulisse de Stephenson. Le galet est fixé à la pièce qui distribue la va-^ peur. Le mécanicien à l'aide d'un grand levier lié à d^autres peut amener tous les points de la coulisse vis-à-vis du galet et faire ainsi commander la distribution par l'un ou l'autre excentrique.
Enfin, le véhicule se compose d'un cadre formé de quatre pièces principales, deux longerons^ Ce sont le» côtés longs du cadre, deux traverses ce sont les deux autres. On y voit la plate-forme où se tient le mécanicien, des marche-pieds, des chasse-pierres, pièces
de fer inclinées afOieurant le rail, afin de chasser les pierres s'il s'en trouve, des verse-sables, réservoirs à sable situés à la hauteur de la chaudière et d'où part un tuyau qui suit le contour de la roue et débouche à une faible distance du rail. Le sable est amené sur le rail lorsque, par diverses circonstances, la roue patine^ c'est-à-dire tourne sans avancer. Les roues sont en fer avec essieu en fonte et jante en acier. Cette dernière est munie d'un rebord ou mentonnet qui la maintient contre le rail.
Comme la bête de somme, la locomotive doit être alimentée si l'on veut qu'elle produise de la force. Il faut du charbon pour obtenir de la vapeur, c'est une simple transformation de force. De même, les aliments donnés au cheval fournissent la force qu'on retrouve dans les muscles de l'animal. La locomotive est donc accompagnée d'un vagon, le tender^ qui porte les provisions de charbon et d'eau. La boîte à eau suit le contour du tender et laisse un espace vide au milieu où est placé le charbon. L'eau est amenée du tender à la chaudière par le tuyau d'une pompe ou par un appareil spécial. Le mécanicien n'a qu'à ouvrir un robinet. Quand au charbon, il est à sa portée! sans quitter la plate-forme, il peut le prendre à la pelle et le jeter dans la boîte à feu. ^
L'approvisionnement d'eau est rapidement épuisé, aussi faut-il le renouveler (faire de l'eau) de temps en temps. Des réservoirs se trouvent sur la voie de distance en distance, ils communiquent avec des colonnes creuses munies d'un tuyau souple qu'on met en rapport avec la boîte à eau.
Le nombre et la grandeur des roues ne sont pas in-
différents. Les roues sont en quelque sorte les pieds de la locomotive, puisque c'est par elles qu'elle touche le sol et qu'elle peut avancer. Mais de même que nous ne pouvons marcher qu'à la condition de trouver dans le sol un frottement suffisant, ce dont nous nous apercevons facilement en marchant sur une surface polie, comme la glace par exemple, de même la locomotive ne peut avancer qu'autant que les roues trouvent sur le rail une certaine prise, une adhérence suffisante, autrement elles patinent, c'està-dire tournent sur .place en glissant sur le rail. Le grand nombre des roues est donc une occasion d'ad- *hérence, en augmentant leur nombre, on multiplie en effet les points de contact par lesquels la locomotive peut s'accrocher au rail pour avancer.
Mais les pieds ne serviraient que de points d'appui, ne permettraient nullement d'avancer s'ils n'étaient liés aux jambes. Il faut également queles roues soient liées directement ou indirectement au piston qui joue le rôle de jambe. On rend donc les roues solidaires entre elles et avec le piston à l'aide de bielles, on les couple^ et le piston devient ainsi une jambe à autant de pieds que de roues couplées.
Quand à la grandeur des roues, elle influe sur la vitesse, car à chaque mouvement de va et vient du piston, la roue motrice, c'est-à-dire celle qui est directement liée au piston, fait un tour et avance de la longueur de son contour dont les divers points viennent successivement se mettre en contact avec le rail.
Delà deux sortes de locomotives, celles destinées à traîner un faible poids avec une grande vitesse, ou à
voyageurs, les autres, au contraire, qui traînent un grand poids avec une faible vitesse ou locomotives à marchandises. Les premières ont une grande roue motrice à laquelle les autres roues plus petites ne peuvent dès lors être liées, d'où résulte une diminution dans radhérence. Les machines à marchandises ont, au contraire, de petites roues en très-grand nombre, égales et accouplées, et dès lors peu de vitesse et une grande adhérence.
Comme le corps humain la locomotive présente des parties symétriques dans le sens de la largeur, mais nullement dans le sens de la longueur. La tête, est plus lourde que les pieds et il en résulterait, si Ton n'y prenait garde, des pressions inégales en ses divers joints d'appui. De plus le mouvement oblique du piston t^id à soulever la locomotive. Ces deux causes déterminent un défaut de stabilité pouvant en- ' traîner les conséquences les plus graves. On a essayé par difTérents moyens de corriger ce défaift de symétrie, d'abord à l'aide des contre-poids. On peut les voir 3ur la jante des roues et faisant corps avec elles. Puis on a imaginé les balanciers ou leviers destinés à relier entre eux les divers ressorts et à servir d'intermédiaires entre la machine et son affût, à recevoir le poids de l'une pour le distribuer d'une manière uniforme aux divers essieux de l'autre. Chacun des points de contact des roues avec le rail est alors le siège d'une pression égale, et non-seulement la charge, mais l'adhérence se trouve ainsi répartie uniformément. Enfin on a construit des machines à quatre cylindres, deux à l'avant, deux à l'arrière, ou si Ton veut, des machines à tender*moteur.
Il ne faut pas seulement qu'une locomotive soit stable, il faut encore qu'elle soit flexible afin de s'adapter, pour ainsi dire, aux courbures de la voie. Leâ roues solidaires et parallèles ne conviennent pas à des courbes d'un «petit rayon. Des essais divers ont été tentés, par exemple, lès vagons articulés de M. Arnoux, moyen aussi ingénieux que peu pratique pour les voies de grande communication. Au lieu de présenter cette longue file de voitures en ligne droite, le convoi se déroule comme un serpent, ce que permettent les articulations à pivot qui unissent les vagons. Dans ces derniers temps, on a imaginé d'intercaler entre l'arbre des roues et l'essieu des ressorts qui permettent aux roues de s'écarter légèrement ; on combine alors ce procédé avec un mode particulier d'attelage (Stradal).
La locomotive étant un portefaix ou un cheval, il lui faut un costume en harmonie avec son état ou son travail. Pas de luxe inutile, les organes doivent avoir des formes et des dimensions convenables, ni trop délicats ni trop lourds, une bonne disposition de l'ensemble, des mouvements faciles et, comme matière, des métaux résistants et d'un éclat mesuré
' Qu'est-ce que Tespace parcouru par la locomotive à l'égard de celui que traversent les astres? Rien. Qu'est-ce que l'espace parcouru par les atomes à l'égard de celui que franchit la locomotive ? Rien encore. Ainsi les mouvements des machines ou de leurs organes sont incomparablement plus grands que ceux des atomes et incomparablement plus petits que ceux des astres.
Si tout le monde sait que les corps célestes se meuvent, par contre, peu de gens connaissent les mouvements dont les atomes eux-mêmes sont animés. Nous n'étonnerons personne en disant que la terre tourne sur elle-même et se meut autour du soleil ; nous inspirerons bien des doutes en disant que les atomes vibrent, qu'ils s'agitent sans cesse et
produisent alors le son, la chaleur, la lumière selon la nature de leurs vibrations.
Et cependant, en y réfléchissant on s'aperçoit que les mouvements des corps célestes ne sont pas plus apparents que ceux des atomes. Si le déplacement de la lune dans Tespace est sensible; si la marche apparente du soleil ne Test pas moins, encore fautil attendre un certain temps pour constater le chemin parcouru par ces astres. Faites vibrer une corde de violon, échauffer un anneau de fer et vous verrez, non pas les vibrations des atomes de la corde ou de l'anneau, mais le mouvement résultant de Tensemble de ces vibrations. La corde exécutera des oscillations de part et d'autre de la ligne qui joint ses points fixes; les oscillations sont même si rapides que la corde parait renflée. Dé même l'anneau échauffé sera devenu plus grand, il se sera dilaté, ce qui est aussi la conséquence des vibrations des atomes de Tanneau.
Pour comprendre que les atomes puissent se mouvoir, il faut se faire une idée de la constitution des corps. Ce ne sont pas,, comme on peut le croire au premier abord, des masses compactes de matière, mais bien, au contraire, des agglomérations d'atomes laissant entre eux des intervalles nommés pores. De sorte qu'il y a dans les corps autant de vide que de plein, autant de pores que d'atomes, sinon davantage.
Comment de semblables agglomérations peuventelles exister ? Comment ces parcelles infiniment petites de matière peuvent-elles rester unies sans se touther, c'est là ce qui. cause une légitime surprise.
Involontairement on se demande où est le fil qui unit ces perles ; on ne se fait pas à l'idée d'un col- 1^ dont les perles restent liées entre elles sans l'intermédiaire d'aucun lien. — Voulez-vous que cette constitution de la matière acquière à vos yeux toute la vérité de l'évidence, agrandissez par la pensée les atomes et en même temps augmentez la grandeur des pores. Rendez les uns et les autres cent, mille, un million, un milliard de fois plus grands. Le corps que nous tenions dans la main a pris dans notre imagination des proportions énormes : les atomes sont devenus visibles, ils sont maintenant distincts les uns des autres, les pores sont apparents. Continuez à agrandir ce corps déjà considérable; les atomes sont maintenant des mondes répandus dans l'espace. Vaus voilà en face d'un système planétaire : chaque atome est devenu une planète, chaque intervalle entre deux planètes comprend des millions de lieues. Mais le système tout entier n'est toujours qu'une sorte de corps immense dont les diverses parties forment un tout.
11 y a le même rapport entre la petitesse des dernières parties de la matière et les intervalles qui les séparent, qu'entre les planètes et les espaces interplanétaires. Un groupe de molécules, une portion quelconque d'un corps, peut être considérée comme un monde. Rien ne saurait donc plus nous surprendre dans la constitution des corps telle que nous venons de l'exposer, car si nous voyons les globes suspendus dans l'espace rester unis sans lien apparent, nous ne saurions nous refuser à admettre qu'il en est de même des atomes.
ÀTOBIES ET PLANÈTES 31
Les corps célestes ne sont pas immobiles; tout en restant unis, ils se meuvent les uns autour des autres ; de même les molécules oscillent autour de leur position respective sans s'écarter de certaines limites. C'est la liberté contenue par la loi. Quelle hypothèse plus simple sur la constitution des corps aurait permis d'expliquer plus facilement les phénomènes divers dont les corps sont le siège ! Un corps se dilate-t-il fîar Teffet de la chaleur? ce sont les atomes qui s'éloignent les uns des autres ou, si l'on aime mieux, les pores qui s'agrandissent. Ils s'écartent en oscillant, eu vibrant, en décrivant des sortes de spirales dont le point de départ est leur position prinîitive.
Une corde, une cloche résonne-t-elleî ce sont les atomes qui s'agitent en cadence. Ils vont et viennent plus ou moins rapidement, selon que le son produit est plus ou moins aigu ; ils s'écartent plus ou moins de leur position normale selon [que le son est plus ou moins intense.
Ainsi entre les atomes imperceptibles qui se meuvent dans des espaces infiniment petits, et les mondes qui roulent dans l'espace, il n'y a pas de différence. Le mode de mouvement seul peut différer.
Quels sont les mouvements des corps célestes?
Chacun d'eux tourne sur lui-même, mais la durée de la rotation varie et aussi la vitesse de leurs difTérents points. Par exemple : le soleil tourne sur luimême en vingt-cinq jours environ; la terre en un jour ; la lune en vingt-sept jours et demi. — La vitesse d'un point de la surface situé à l'équateur est
pour le soleil, de 2 kilomètres par seconde, pour la terre, de 1/2 kilomètre, pour la lune, de 5 mètres.
Outre cette rotation sur eux-mêmes, ils tournent autour de l'un d'entre eux; par exemple, les satellites ou lunes de Jupiter autour de Jupiter ; la lune autour de la terre; la terre et Jupiter autour du soleil ; le soleil lui-même autour d'un astre encore inconnu. Ces corps ne décrivent pas des circonférences, ipais des courbes nommées ellipses. Il est vrai que ces ellipses-lâ diffèrent fort peu de la circonférence. L'astre autour duquel s'effectue la révolution n'est pas au centre de la courbe, mais en un des points nommés foyers qui, dans ce cas, sont trèsprès du centre.
La longueur des courbes décrites varie, tout naturellement, avec la distance de l'astre secondaire qui effectue la révolution à l'astre principal autour duquel elle s'effectue. La vitesse varie également. Ainsi Jupiter parcourt en douze ans une ellipse de 1,200,000,000 de lieues.
La terre emploie un an à parcourir 230,000,000 de lieues.
La lune met 27 jours 1/2 à faire sa révolution autour de la terre.
Outre ces mouvements généraux, les corps célestes exercent les uns sur les autres des actions mutuelles d'où résultent des mouvements secondaires comme le balancement de l'axe ée la terre et son déplacement continu analogue à celui que décrit une toupie qui achève son mouvement.
, Les actions mutuelles des corps célestes sont d'autant'plus énergiques que les corps sont plus gros et
plus rapprochés. Elles varient avec la masse des corps et la distance qui les sépare.
Tous ces astres tournent non pas perpendiculairement à leurs planchers célestes, mais obliquement, à la façon des tonneaux que Ton fait pirouetter, en les inclinant, sur le bord de leur fond, pour que le frottement soit moins grand et la rotation plus facile. D'ailleursr, chaque planète, chaque satellite a son plan spécial; mais, sauf ceux des comètes, les autres plans sont peu. distincts les uns des autres.
Imaginons pour un instant que la terre décrit une circonférence et non une ellipse autour du soleil placé au centre, que son axe est perpendiculaire au plan de révolution au lieu d'être incliné, que la lune disparaisse et avec elle son action sur le globe et sur les mers, et aussitôt Tuniformité succède à la variété infinie. Plus de changement de température et partant plus de saisons ; plus de vents et plus de marées, c'est le printemps éternel et affadissant des poètes.
Si Ton observe que les planètes les plus éloignées du soleil ne sont pas à des distances comparables à celles qui nous séparent de l'étoile la plus rapprochée de nous, on est naturellement porté à regarder notre système, comme un archipel de planètes dans la grande mer cosmique.
Si Ton observe eùcore la similitude d'aspect et de manière d'être qu'ils présentent, on arrive à penser que les nombreux îlots de cet archipel n'ont dû constituer à l'origine qu'une île unique.
Forme, mouvements, vitesses, etc., tout fait pré-
voir ^ntre ces divers corps célestes une parenté, une communaaté d'origine, un même mode d'existence. Tout le système à son tour est engagé dans un mouvement qui présente de plus grandes proportions : le soleil tournant sur lui-même et autour d'un centre inconnu et plus puissant, entraine son cortège dans sa course rapide. Ce ne sont que gravitations successives des satellites à la planète, de celle-ci au soleil, du soleil à un monde caché à nos yeux. Autour des satellites circulent sans doute d'autres corps plus petits et, partant, invisibles. Ces satellites ou planètes de troisième ordre ont aussi leurs cortèges obscurs qui, à certains moments seulement, comme de gigantesques fusées, illuminent le ciel de leurs traînées brillantes.
Ainsi le mouvement commence à l'atome, et depuis l'atome jusqu'au soleil, tous le partagent. Où il s'arrête, nul ne le sait. Mais s'arrête-t-il?