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retour vraisemblable, et, a})rès avoir demandé son chemin, — car, troublé de tant didées, il s'était perdu, — il reconnut. sé})arées par les deux jardins, les deux maisons. Ce (jui arriverait, ce que dirait Sophie, ce (pie diraient les mères, n'importe : enmiener sa sœur.
Comme il entrait dans le vestibule, une servante montait quatre à quatre l'escalier ; elle se retourna, elle dit :
— Ah ! monsieur, vous ne savez })as ; elles sont parties !
Parties ? Il cria :
— Qu'est-ce que vous dites ?
La servante avait disparu dans le corridor du premier étage. MaisM'"'^d'Hermeling-e apparut, se pencha en avant de la rampe et dit :
— Te voilà, enfin ! on les cherche partout, on ne sait pas où elles sont.
Et INI'"" Luberti se montra à son tour, agitant les bras, pendant que des domestiques descendaient en tumulte ; toute la demeure semblait pleine de l'agitation d'une maison de fous, dont on aurait ouvert les cabanons.
Jean saisit sa mère par les deux mains.
— Tu dis qu'elles se sont enfuies !
— Elles se cachent peut-être, dit M""^ d'Hermelinge, on les retrouvera.
— Mais, enfin, que s'est-il passé ?
— Voilà. Dès que tu as été parti..., dis donc, tu avais perdu la tète ? battre une femme, toi !
— Oui, qu'est-ce que vous avez eu cette nuit? interrompit M'"'^ Luberti.
i\pne d'Hermelinge continua
— Pourtant, dès que tu as été parti, nous avons fait ce que tu voulais. J'ai mis Emmeline dans ma chambre,
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cl Sophie, comme elle a pu, en se traînant, a suivi sa mère. Mais tu sais que tu es un monstre ! elle saig*nait (If partout, la pauvre !
— Bien, bien, dit-il. le monstre, c est moi. Après ?
— Après, dame, tu comprends, ton mariage, le réveil, toutes ces émotions, on était éreintées. nous nous sommes couchées et nous avons dormi.
— Mais, ce matin, dit M"" Luberti, quand je me suis éveillée, je suis montée chez Sophie : personne !
— Et moi, en ouvrant les yeux, dit M°"' d'Hermelinge, j'ai vu qu'Emmeline n'était plus là, et, depuis ce temps, nous les cherchons, et personne ne sait ce qu'elles sont devenues.
Le baron Jean jura épouvantablement.
— Elles sont dans quelque coin, les g-aupes, à se manger le corps!
Et il s'élança vers le jardin. M™'' d'Hermelinge n'avait rien compris aux paroles de son fils. Mais l'autre mère, en se frappant le front, se jeta dans sa chambre. Elle semblait avoir com})ris, elle. Cependant, derrière les buissons, dans le labyrinthe au fond du jardin, dans le petit bosquet, dans la maisonnette aussi où pendait toujours le hamac, le baron Jean cherchait, fouillait, ne trouvait pas, et sa mère et les quatre servantes le suivaient, cherchant comme lui en un brouhaha d'exclamations et d'appels, lorsqu'un cri sorti d'une fenêtre les fit tous se retourner; ils virent la maigre Luberti tendant vers eux des bras de guignol détraqué. « Ne cherchez plus! c'est inutile! elles sont parties pour ne pas revenir ; elles ont emporté trente mille francs en or et en billets, qui étaient dans mon armoire à glace ! C'est Sophie qui a fait le coup ! allez chercher la police. » A cause de tout ce remuement, de tout ce bruit, voici que s'ouvraient les poi tes des
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maisons voisines. Des femmes sortaient pour sinformer. On allait entrer dans le jardin. Le baron Jean était tomlié sur uu l)ane. Il se penchait vers le sable, avec des yeux menaçants, avec des dents qui veulent mordre, tandis que la vieille, à la fenêtre, gesticulante, criaillait : « La police ! la police ! il faut les faire arrêter ! « et les domesti(jues, autour do M"" d'Hermelinge consternée, regardaient, ne comprenaient ])as, restaient slupides. Or, — comme il arrive, au commencement de l'automne, après les averses nocturnes, — le eiel était plein de rayons et de fraîcheur parmi les jardins fleuris enc ore ; des passereaux voletaient, des merles chantaient sur le tragique désastre du baron Jean, sur la douleur comique de l'avare dépouillée, toujours criante à la croisée ; la curiosité des voisines approchantes mettait un chœur de bavardages autour de ces tristesses et de ces bouffonneries caressées de brise et dorées de soleil .
Le crépuscule d'un soir d'octobre rosait le fleuve, la prairie, lor rouillé des arbres de l'île forestière. Cette lueur était plus douce d'être si près de s'éteindre, avait l'infinie mélancolie d'un suprême regard d'amour. Aucun bruit dans la solitude bientôt nocturne, sinon celui de l'eau qui coule, pareil à un vaste glissement de soie sur de la soie, ou, par brusques réveils bientôt rendormis, despiaillerios d'oiseaux dans un buisson, et aussi, quelquefois, venant de très loin, la musique, peutêtre gaie là-bas, de quelque piano d'auberge, si atténuée, si éparse, si vaporisée d'avoir traversé le silence et la pénombre des branches qu'elle s'évanouissait en murmure dans la rêverie du jour finissant. Et autour de la petite maison de bois posée au bord de l'eau, il y avait ce langoureux ensommeillement qui monte, parmi la brume terrestre, des dernières fleurs automnales où soupire un parfum d'adieu, et cette paix mystérieuse qui descend de l'azui' assombri. Heure, demeure, bien faites pour être préférées par les cœurs blessés, saignant encore de la cruauté des anciennes amours ; moment, logis, qui avaient de quoi plaire aussi à de jeunes àme^ aimantes, heureuses d'aimer; car même les premières tendresses s'accommodent de se prolonger en des mélancolies, et il n'est point de tendre