ACTE I, SCÈNE V
service h tous mes créanciers, et tous croient encore tirer quelque chose de moi ! Je serais perdu sans la connaissance intime que j’ai de leurs intérêts et de leurs passions... Aussi vous verrez tout h l’heure comme je vais jouer h chacun sa comédie!
(U s'assied à gauche )
M me MERCADET.
En effet, vous venez de donner l’ordre...
De les recevoir... Il le faut!.. (Lui praini u main.) Je suis à bout de ressources, mon amie, le temps est venu do frapper un grand coup, c’est Julie qui nous y aidera.
M me MERCADET.
Ma fille!
Mes créanciers me pressent, me harcellent... il faut que je fasse faire à Julie un brillant mariage qui les éblouisse.... et ils me donneront du temps... mais pour que ce mariage ait lieu, il faut d’abord que ces messieurs me donnent de l’argent.
M me MERCADET.
Eux... de l’argent!
Est*ce qu’il n’en faut pas pour payer les toilettes que l’on va vous apporter et le trousseau que je donne... à propos, pour une dot de deux cent mille francs, il faut bien un trousseau de quinze mille.
M mc MERCADET.
Mais vous ne pouvez pas donner cette dot.
MERCADET, se levint.
Raison de plus pour donner le trousseau... voilà donc ce qu’il nous faut : douze ou quinze raille francs pour payer le trousseau, et un millier d’écus pour vos fournisseurs, et afin que la gêne ne se sente pas dans notre maison à l’arrivée de M. de la Brive !
M“' MERCADET
Mais compter sur des créanciers pour cela !
Est-ce qu’ils ne sont pas de ma famille?... trouvez-moi un parent qui désire autant qu’eux me voir bien portant et riche. Les parents sont toujours un peu envieux du bonheur ou de la richesse qui nous vient ; le créancier s’en réjouit sincèrement... Si je mourais, j’aurais, pour me suivre, plus de créanciers que de parents, ceux-ci porteraient mon deuil dans le cœur et au chapeau, ceux-là le porteraient dans leurs livres et dans leur bourse... c’est là que ma perte laisserait un véritable videl... le cœur oublie, le crôpe disparaît au bout d’un an... le chiffre nou soldé est ineffaçable et le vide reste tou- 'ours.
Mon ami, je connais ceux à qui vous devez... et je suis certaine que vous n’obtiendrez rien.
J'obtiendrai du temps et de l’argent, soyez-en sûre... (Mouvement de M- Mercadet.) Voyez-vous, ma chère, quand une fois ils vous ont ouvert leur bourse, les créanciers sont comme les joueurs qui mettent toujours pour rattraper leur première mise, (s'animant.) Oui , ce sont des mines sans fin!... A défaut d’un père qui vous lègue une fortune, les créanciers sont des oncles ! d’infatigables oncles !
JUSTIN, entrant par le fond.
Monsieur Goulard fait demander à monsieur , s’il est bien vrai qu’il ait désiré le voir.
MERCADET, à sa femme.
Ça l’étonne!... (a Justin.) Priez-le d’entrer. .(Justin sort ) Goulard! le plus intraitable de tous!... ayant trois huissiers à sa solde!... mais heureusement... spéculateur avide et poltron! qui tente les affaires les plus aventureuses et qui tremble dès -m’elles sont en train...