‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 101 sur 168 · JARDIN MORT · texte numérisé non relu

JARDIN MORT

Enclos de murs dont les portes sont condamnées, Le jardin qu*ont Hé tri d'extatiques années Gît sons l'effeuillemcnt de ses grâces fanées.

La ronce a lentement rampé sur les gazons, On les perverses, méditant leurs trahisons, Cachaient le piège des subites pâmoisons.

Aux rives de l'étang, ce miroir qui frissonne,

Pour se rire ou cueillir des nénufars : personne,

Mais de mornes roseaux, que le Temps seul moissonne.

La brume ensevelit les bosquets vermoulus, Debout dans le silence et le calme absolus; Brise où bise, le vent n'y rôde jamais plus.

Au ciel, où quelque oiseau de malheur toujours vole, Plus de soleil pimpant, de lune bénévole, Plus d'astres clignotant leur œillade frivole.

La désolation, veuve d'espoir qui ment, Semble régner ici pour éternellement, Sous l'empire d'un fatidique enchantement.

Une heure dé printemps est cependant venue , Herbes et fleurs ont diapré la terre nue, L'étang s'est constellé des joyaux de la nne;

Les portes ont laissé, leurs battants, engourdis

Sous les lierres inextricablement ourdit,

S ouvrir au vent berceur des bosquets reverdis.

Ce fut ioTsqu'Apparut, sans laisser de vestige, ! Tant sa marche semblait un' parfum qui' voltige» La Reine rayonnante en nimbe de vertige.

Hiératique, elle cueillit, de ci de là, Un bouquet pour fleurir sa robe de gala, Puis, laissant le Royaume à la Mort, s'en aMa.

Dés lors, enclos de murs aux, portes condamnées, Le jardin qu'ont flétri d'extatiques années Glt sous l'effeaillement de ses grâces fanées. -

Edouard Dubus.

370 MERCYRB DE FRANCE

Page 1