LA DEMANDE
A Louis . Béroud
Dans la grande cour de la Gouille, M me Repin lançait a sa volaille des poignées de grains. Ils s'envolaient régulièrement de la corbeille, suivant le rythme du geste, et s éparpillaient en grésillant, sur le sol dur. Lk fine musique d'un trousseau de clefs entrechoquées montait de 1 une des poches du tablier. En faisant des lèvres •
«iGhtl cht ! »
et çême à grands coups, de pieds, M mo Repin écartait les dmdes voraces. Leurs crêtes bleuissaient de colère, et Ieui;s 4emi-roues rayonnaient aussitôt avec une sorte de détonation et le brusque développement d'un éventail qui, s'ouvre entre les doigts d'une dame nerveuse.
Monsieur Repin apparut sur la route, le -pas accéléré. Le jet de grains fut comme coupé, tes clefs se turent, et les ^poules inquiètes se bousculèrent un instant à causé de 1 allure inaccoutumée de M- Repin.
— Quoi donc ? demanda la fermière.
Monsieur Repin répondît :
— Gaillàrdon en prend utieî . *.
— Une poule?
— Fais-donc la niaise : une de nos filles.'. Il vient déjeuner dimanche.
Des que ces demoiselles apprirent la' nouvelle, Marie, la plus jeune, embrassa dune façon turbulente sa grande
-sœur :■'■* . " ■
— Tant m ieux, mon Henriette, tant mieux! ^ Elle était heureuse du bonheur de son aînée d'abord,
et un peu pour elle, car M. Repih ayajt toujours dit, presque en chantonnant : '
— Quand deux filles sont à marier, c'est l'aînée qui va devant, la cadette suit derrière! . ;
JANVIER ï8 W
Qr,Hennette. n'avançait., pas vite, et Marie songeait que si elle ne se mettait pas en têt^ on n'arriverait
J d'œil S ' peU tr6 ' diSait d,Henriettfc ? a» premier coup
. ■: — C'est une oie t- ■■;•-- Qui, mais elle n'est. pas méchante ''.■ .. .— Il.ne.maiiqûerait.plus que cela! ■'•-.' , En. outre,, elle était trop grande. Sa.: taille . effrayante intimidait les hommes. Elle était aussi trop rouée, et. la . figure couverte de taches ardentes, elle faisait, à toute °Ç?^i X ? 5e% de ; s ' être barbouillée en gavant, avec du son délaye, les volailles de concours. .Elle avait vinirt-cmq ans. M. Gaillardon. était un fermier des environs? très S 1 aise et déjà en pleine maturité., Henriette." n'avait pas à
, faire d objection. Du reste, elle n'en cherchait point, ma 1S , -effarouchée et gauche, elle . n'osait accepter avec une joie bruyante un bonheur qui, pouvait encore lui échapper et quelle n'attendait plus, Marie, ia jolie brune au teint blanc, avait beau lui dire : ■ ' •! \ ' : - . r- Quelle Veine l.mais ris donc, veux-tu bien rire ! £Ue ne riait pas, tout près de trouvérsà cadette insupportable ; elle aurait voulu être un peu .seule, avec les
.. quelques idées très rares, et nouvelles' qui mettaient tant ..
. : de- désordre dans sa tête, et, comme elle connaissait bien 1 opinion, du monde, elle iie voulait pas -croire à tant de chance, et elle s'avouait intérieurement : " ;— ' Non, ce n'est pas possible, .je suis: trop bête, trop
fi * à • r '
— Allons-bon, voilà que tu pleures,: maintenant ! -^ V est rien, c'est Tes nerfs. ■■
Au déjouer du dimanche, quand, on passa à table ' JVladame Repin dit : . ; '
■ "~~ °* d onc que vous allez vous mettre, Monsieur Vraillardon ? . ■-. • ;.■:/:'■',.;•.
— Moi, -oh-! -çà -m'est égal; où- vous voudrez J '
— H serait peut-être mieux de v<xus mettre a côté de mes filles, mais en faisant Je service,, elles votis dérangeraient* ° .
— Oh! non, elles ne me dérangeraient pas.
~ E l sl 1 d ^ fo ^ en, apportant des plats, elles reavërraient de la sauce, sur votre veste? ; . Il se mit à rire .:• ...
— Ah 1 par^exemple, ceci ne serait point à fairei ~^— , l)ame, Mettez-vous où vous voudrez !
lf > MERCVRE DE FRANCK
— Non, non, où vous voudrez j vous. Moi! je vous dis, ça m'est cirai. . 1 .
Madame Repin, perplexe, et là peau du frànt contractée, recomptait les couverts, haussait lés épaules, et s'égarait datfs ses calculs. '.:*■■
En attendant sa décision, tous, debout, l'estomac vide, tambourinaient dû bout des doigts sur le dossier des ■chaises, prêts à s'élancer, au moindre commandement, pour s'asseoir. ,. ,
Enfin,' elle reprit :
— Voyez-vous, j'ai peur à cause de la sauce. Un malheur peut arriver. Comment faire ?
Irrésolue et prise au dépourvu, elle consulta ces demoiselles qui répondirent, Purie :
— Oh! ^a m'est égal.
Et l'autre :
-r Oh ! ça m'est égal.
Noii qu'elles fussent indifférenter mais elles ignoraient les propos du grand monde,
Heureusement Monsieur Repin prit la parole.
— Tiens, femme, tu nous ennuies. En voilà, des manières. Asseyez- vous là, Monsieur Gaillardon, à côté de nioi ? et les autres, arrangez-vous. Après tout, vous êtes de la famille, et si vous n'en êtes pas, vous en serez.
Quel homme rond que Monsieur Repin, rond comme la terre.!
A la bonne heure ! au moins, vous comprenez les affaires — dit M. Gaillardon.
Il allait s'asseoir, mais il n'avait pas encore eu Toccasion de poser son chapeau quelque part. Il chercha des yeux un clou pour le pendre. N'en découvrant pas, comme aucune de.ces dames ne s'offrait pour ïe débarrasser en disant : f
^- Donnez- donc, donnez donc, il dut le poser sur une chaise; Il aimait les pUts cuits à. point, et plut tout de suite h Monsieur Repin* Tous les deux étaient à p«u près également chauves, mais, grâce à sa barbe* blanche et longue, Monsieur Repin l'emportait en autorité sur son futur.gendre. D'ailleurs, il parlait haut,un' peu fier d'avoir un domicile; Ils causèrent bœufs longuement, et tombèrent d'accord, au bout de, mutuelles concessions, ■ qu'il faut qu'un bœuf vendu paie son engrais. t\ raison de un franc par jour. Et encore^, ce n'est pas beau.. On fait ses frais, voilà tout/Au dessert, quand il trouva un moment pour faire tourner ses pouces sur son ventre, Monsieur Gaillardon se hasarda *à regarder Mademoiselle Marie. Sans doute, il n'osait pas re-
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Sardertput d'àbqrd.et franchement, comme un effronté, lademoiselle Henriette* Il s'essayait et prenait du cou* ; rage jivèéJà jeune soeur. ï>u moins,: cela parut évident à tous. Henriette le comprît si nettement, qu'elle baissa les
yeux de confiance., Le regard n'allait pas V elle, mais il Jetait pour elle. Au "contraire, Marie, n- étant point en cause, ne jugeait pas convenable dé s'intimider»; et là tête liante, oeil pour œil^ elle dévisageait Monsieur Gaillardon, ce qui -achevait de le troubler,
v Bien':- entendu/ et conformément aux habitudes prud entés de gens qui n'abordent -que 'le . plus tard possible Icrs sujets* graves, il ne fut! pis question de mariage ce jour-là. . ...*';:- ;/'";;-" \. "' XV ■ V":.V '.*''■ •
Ûri : autre dimanche .. passa, et rien né se conclut. Mà- : dame Repin .s'impatientait. ; Il est Ipon de prendre des précautions. Jusqu'à; un . certain point, toutefois. Outre qu'on .ne déjeune, pas pour rien à la campagne, comme à Paris, bit chacun sait gué certains restaurants donnent à manger à des prix si réduits. Peut-être Monsieur Gaillardon espérait-ïl causer auparavant avec la jeune fille. Aussi, le dimanche suivant, quand M, Repin dut quitter la table, au dessert,- pour aller voir une bête à cornes qui s'était cassé la jambe, Madame Repin,. habile et audacieuse, . sortit, passa dans la cuisine, appela Mairie et laissa son Henriette en tète à tête avec Monsieur Gaillardon. Celui-ci, tout d'abord, attendit leur retour; Comme elles tardaient, il chercha à s'occuper et débourra soigneusement sa pipe, en lui enfonçant dans le tuyau, jusquà la gorge, une aiguille à tricoter.
Henriette, ses fortes. mains, étalées Sur ses genoux, gardait son immobilité, dans un coin, la tête penchée,, le souffle doux, rouge autant que l'occasion l'exigeait.. Monsieur Gaillardon se leva et se promena d'une fenêtre à l'autre. Il s'aperçut que le temps allait se gâter, sûrement, et, comme il voulait être de retour chez lui avant l'orage, il appela ces dames pour leur dire au. revoir.
Dès qu'il fut parti, Madamé^Répin demanda :/.
~ Qu'est-ce qu'il t T a dit, mon Henriette ? . . ■ , — II. m'a rien dit. : -
C'était trop fortV Une semblable indifférence stupéfia Monsieur Repin même. Il fut d'avis qu'il fallait renouveler l'essai. '; n .,'■'.
.; ponc, au premier déjeuner, le café pris d'une manière Mtive, Monsieur Repin, sous le prétexte d'une course
Sressée, se leva dé table. Madame Repin et Mademoiselle tarie disparurent vite dans la cuisine. Mais cinq minutes; après Monsieur Gaillardon les rejoignait.
ia MERCVREDE FRANCE ..V ^
l;st-ce que je vous fais peur? — dit-il à Mademoiselle Marie. . .
Elle était a ce point interdite qu 1 elle, né trouva rien à répondre, ... *
— Faudrait pourtant vous habituer . à moi, — -ajouta . Monsieur Gaillardon,
Madame Repin intervînt :
— -C'est comme ça que vous laissez mon Henriette ? v Oh I j'ai bien le temps de la voir, elle 1
Madame Repin dit finement : .
— : Ça, c'est vrai.
Mais, réflexion faîte, elle trouva que "de la part d'un prétendu ce n'étaient point des choses à dire. Toujours nardie, elle le prit par le bras, le ramena de force à la.saKe ■ à manger et dit : , s
— Laissez-nous donc un peu tranquilles. Nous avons h travailler. Henriette n'a rien à frfiré, bavardez, avec elle à votre aise,
Ht elle referma la porte sur lui, bruyamment. * Dès son. départ, qui d'ailleurs ne se fit .pas longtemps ' attendre, Madame Repin et Mademoiselle Marie, anxieuses, interrogèrent Henriette. . : .
- Qju'est-ce qu'il fa dit, mon Henriette?
11 m'a rien dit.
Madame Repîn.et sa fille cadette se regardèrent: . --- Kh bien, tu crois? eh bien; tu crois! -■
Décidément, cet homme têtu leur ferait passer de mauvaises nuits. M* Repin dut s'en mêler directement. 11 entra .eu scène avec énergie, c'était le^ plus, sûr" moyen, . en offrant, à M % Gaillardon un verre de vieille fine, c'était le meilleur moment.
Voyons, dit-il,. fixons-nous le jour?
— Kntin, dît M. Gaillardon, vous y voilà. Je n'osais pas vous le dire, mais, sans reproche, je commençais à trouver le temps long. Mais on est bien, éduqué, ou on ne Test pas. " ■ '
— -Très bien, dit M. Repin; alorsj prenons le vingtsept octobre, ça vous va-t-il?
-^- Si ça .me val — et le beau-rp.ère et le gendre approchèrent l'un de l'autre leurs verres . de fine, en ayant soin de ne pas les entrechoquer, de peur, d 1 en renverser des gouttes, M. Repin se tourna vers sa femme, et, le torse droit, la ;màin gauche en grappin sur la cuisse : . -■■■ ■'
— Bourgeoise, qu'est-ce que tu avais donc l'air de dire. Voua comme on arrange les choses : les simagrées ne servent a rien.
Tï!
JANVIER ï8oo . - i,
■Tl" ll E
M.. Gaillardôn réclamii l'honneur et le plaisir d*em-
brasser ce$ dames. Elles s'essuyèrent Le» lèvre», se levé*
jrent avec minauderie et se placèrent sur un rang.
M. ;. Gaillardôn commença -.la journée. Il termina par
','■ Mlle Marie* Elle fut obligée de le repousser^ car il dou-
■*' blait sa part. Sa joue .était d'un beau rouge écarlate à
. l'endroit où son beau-frère venait dé l'embrasser.
— Ne vous, gênez pas, t qu'est-ce que va dire, ma sœur?" '■-..".
. Emu comme. au jour de sa première, communion, le l fiance chercha des mots d'excuie, puis, saisissant la main de M. Répin, il dit :
— Mon ■ cher papa, nïercû .
Leurs têtes chauves se trouvaient à niveau. .Qui était le « cher papa »?'ir eût fallu regarder de près. On t'y tronipiiit. L*émotion gagna toute la société. M. Repin r désignant sa femme en [armes, disait :
1 — - Regardëzrlà donc, est-elle bête , est-elle bête.
■Comme il avait peur d'être hêtïTà son tour, il brusqua les choses : : Y
— Il se fait tard. ÀUez-vous en, à dimanche. Venez de bonne heure, nous jouerons à la gadine.
Dans la cour, un cabriolet attendait. Le domestique, ta blouse gonflée, avait peine à contenir, à coups de
fluides, la lourde jument aux jambes poilues. M. GaiU ardon mettait un pied sur le marchepied, frappant de l'autre talon de violents coups sur" tfe" sol pour se hisser jusqu'au siège. Mais la jument remuante lui donnait bien; dû mal. Il sautillait, tournant encore la tète du côté de sa nouvelle. famille : ■"■.""
• — Au revoir, bien le bonsoir!
Henriette était. en arrière àvejç sa mère. M. Repin *e trouvait tout près, donnant le b -aa à Marie, et disait:,
— Ah! Marie, à ton tour maintenant. Voilà Henriette bien lotie,, il faudra qu'on pensi
. — Comment ça? — dit ï . sait encore sur un pied. ' .
- — Dame, vous vous en n|iôquez, maintenant que vous avez ce qu'il vous faut. i .
— Mais pardon, mais pardon, dit M. Gaillardôn, faites excuse, je ne comprends pas., : f : r . .— Mais montez-donç; ce n'est pas votre affaire. Vous allez pourtant finir par- vous faire écraser, — dit .Repin. . ; .
Et, donnant un bon coup, d'épaule à Tanière-train de son gendre, il le poussa de force dans le cabriolet. La
! à toi.
Gaillardôn, qui dan*
M &ERCVRE DE FRÀX CE
jument sentit que le poids était au complet, et, partit, au grand trot, cinglée par le domestique, à la blouse ballonnante. Longtemps les Repin virent M. Gaillardon agiter les bras de leur côté, comme lorsqu'on yeut marquer une grande surprise^ Ils se demandaient: ;
— Mais qu'est-ce qu'il a donc, mais; ..qu'est-ce qu'il a donc? - ..■ 0l '
Puis, tout à la joie, on né se demanda plus rien..
■' ■"■ .III *
Mais, quandj une nouvelle fois. M, Gaillardon se laissa tomber du cabriolet, il leur revint qu'il les avait quittés drôlement, et M. Repin prit encore sur lui d'arranger les choses, au dessert, s'entend. . ,
— Qu'est-ce que vous aviez donc, l'autre jour, sur l'adieu? j.
— J'avais, dit M. Gaillardon, ce q*uè j'ai encore. A ces mots, les cuillers, qui mélangeaient «dans des
assiettes à. rieurs le fromage blanc, l'échalote et la crème,
s'immobilisèrent soudain. .
" . — 'Ah!, ah! V '. .
— Voyons, du calme, dit M-, Repin, qu'est-ce qu'il .y a? • . : " "' ■ 3 ■/ ■ .*•"■'"
— Il y a, dit. M. Gaillardon, il y a qu'il y a maldonne, voila ce qu'il y a.
— Maldonne!
— Parfaitement.
Monsieur Repin regarda sa femme et ses deux filles,; qui, le buste écarté de la table, le regardaient. Il dit :
Comprends* pas, , et vous? ...
Celles-ci firent signe de la tête; i nous! /
— C'est pourtant /bien simple. Il y à que je vous aï demandé l'une de jros filles, et que vous m'avez donné l'autre. Vous me çiirez ce que vous voudrez, mais il me semble que ce n'est pas d'un franc jeu.
Monsieur Repin leva les bras, les abaissa, sifflai du bout des lèvres. ■ * ' .
— Pu tu tu u u. ■":■•' - '..
Il atteignait l'extrême de l'étonné ment. Ces daines ne firent pas un geste, atterrées. Selon la méthode ancienne, le silence, le grave et majestueux silence, prince des situations fausses, régna. Enfin Monsieur Repin parvint à parler: ,
— 'Il fallait le dire, il. fallait le dire!
Madame Repin, un moment déconcertée, renonçâà se contenir davantage.
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— Comment, ce ri" est pas notre Henriette que vous nous avez demandée? :
— Pas du tout, c'est mademoiselle Marie!
Monsieur Gaillardori, ay.aijt chiffonné sa serviette entre'
ses -doigts, Técrasa sur la table,': se leva et marcha d'une fenêtre à l'autre et inversement, d'un pas inégal, avec Une grande agitation- Ses bretelles étaient un peu anciennes et. mollissaient, son pantalon tenait maL II le relevait d'un mouvement brusque, puis se . croisait les mains derrière: le dosi Ces demoiselles, bouche bée, attendaient la suite. *
— ; Femmes, du calme, dit^ Monsieur Repin, de la dignité. Ne nous emportons pas comme des libertins.
fc . Sa recommandation était superflue* Personne ne songeait à s'emporter. Seulement, on se trouvait aux prises avec une difficulté inattendue .11 s'agissait de la tourner avec tranquillité et prudence^ jcom me un arbre qui, déraciné>par le vent, barré la routé. Monsieur Repin se leva également et commença une promenade à Texemple de. Monsieur Gaillardon, . mais en sens opposé. Au troisième croisement : .
— Monsieur, dit-il, -je ne vous dirai pas que je suis surpris, je suis étonné^ profondément étonné, maïs, après tput, rien n'est fait, 'et <du moment que vous reprenez votre; parole, nous vous la rendons.
Il était : presque distingué, ayant parlé, nn jour, en personne, au préfet, et la gravité du-cas lui-ïàisait trouver des phrases correctes..
— Oh,' je ne réclame rien, dit Monsieur Gaillardon, en frappant Tair de son bras comme d*uh fouet. C'est
. fait, c'est fait, tant pis pour moi !
Tout à coup on entendit des sanglots, et Henriette en larmes^ les, mains sur lés yeux pour cacher son visage, *'dit, convulsée:
— -Mais je. ne tiens pas tant que cela a me marier, moi; s*il aime mieux ma sceûr r qu'il prenne ma sœur.
— Ça, jamais, déclara Monsieur Repin, j ? ai toujours dit que tu te marierais la première, la première tu temàrierasl • ' - ," .y . . t ■'■ - .-' ■ ■■'■'•'.
. . Madame Repïn semblait aussi têtue, mais Henriette vint embrasser son père et lui dît:
~r- Je t'assure, mon papa, que j'ai bien le temps de me ■■ marier. * '. : ; ' ■■" ','-.''■■..•:
.^ Bieç le temps! mais tu né sais donc pas que tu as vingt-^cinrq ans, presqne vingt-six.
— Si, si, mais^ voifr-tu, j'aime mieux attendre encore lin petit peu.;
rff-
ib" " " MERCVRE DE FRANCE
Elle le suppliait., pleurante, avec des Hoquets, le dominant de tout son buste de géante, et sa voix, pauvre et honteuse de se faire entendre, semblait lihe. voix ' amincie entre ses dents comme par un laminoir.
— : C'est honnêtement parlerait Monsieur Gaillardoh* Il lui prit les deux mains et les serra avec vigueur. Elle se laissa faire, apparemment sans rancune^ tant elle trouvait simple que là chance, un moment égarée de Son' côté, reprit le bon chemin pour aller ailleurs, vers les autres. Madame Repiri céda la première,
— Si elle n'y tient pas, faut pourtant pas la forcer!; — ; Possible, elle est libre. Mais on ne peut toujours
pas donner sa sœur à ce monsieur dont tu ne veux point, . dis-voîr, Marie?
— Oh* moi, répondit Marié, ça m'est égal. Faites comme vous voudrez, comme ça vous fera plaisir à^tous,
— Sûrement, dit Madame Repin, si ce monsieur s'en retourné chez lui les mains vides, on va causer./
Monsieur Gaillarde- n approuva* ■ — Voyons, mon. cher papa 1
— Connu, dit Monsieur Repin, on ne prend- pas les mouches avec du vinaigre^ mais je ne veux pas encore donner dans le panneau; et, pour commencer, faitesrmoi . Ile plaisir de ne point m'appeïer : « cher. papa », du. moins, avant d'avoir tout réglé convenablement et solidement, cette fois. Voyons, parlons franc et le coeur sur la main {il levait et étendait sa main à hauteur de men- . ton, les doigts joints, la paume en creux, comme si son cœur allait sauter dedans), c'est bien ma fille cadette, Marie, la brune âgée de vingt-deux ans, que Vous me demandez en mariage ? . '
.— Tout juste. ". " *.
— Je vous la donne, mais vous allez me signer un papier comme quoi, si vous changez encore une fois d'idée,, vous me donnerez une paire de bœufs, des bœufs fameux, oui-da, des bœufs dé mille.
— Soit, c'est dit.
— Alors donc, adjugée la cadette.
De nouveau, leurs têtes chauves ; se rapprochèrent, leurs mains, s'étreignirënt et leurs visages se rassérénèrent comme des ciels*, ■ ;
Puis Marie embrassa sa grande sœur Henriette, et à son tour pleura.
— Ma pauvre sœur, quand j'y pense ! écoute, va, tu peux être sûre que je n'y pensais pas. Qu'est-ce que vous voulez, on pourra dire que si je me suis inariée avant toi, je rie l'ai pas fait exprès.
. — C'est boni c ' est bon, dit Monsieur Repin, pas tant ; de giriès: Henriette n'attendra pas. longtemps, marche,; je vais lui en trouver un en .ne tardant guère, et un crâne encore! '"■ . '[ ■ - ; * .. .<--.■ -.*/:' ^ '•
Il frappait amicalement de petits coups sur l'épaule, puis sur la :jouè de. :^on "Henriette* Celle-ci, lés yeux rouges encore et les cils Tiumidesj toutes les tachés de sa peau de rousse. en ïeu,- s'efforçait de...sourire en disant :
'r-H- Mais oui, iriâis .dùi, va, papa... : : "
De retenir ses larmes et de : gardér pour elle, en dedans^ la grosse peine qui gonflait, gonflait sa poitrine ,énbr-mey jusgu'à menacer de l'etôùffer*
7— Ah! pour ça, .dit; Monsieur GaiHardo.n, mon cher papa, Je suis votre- homme- J'ai justement un" ami qui en cherche une; elle va joliment bien faire son affaire 1
Renard
sz$h&
SONNET
Laissé la rue à" ceux que leur âme impbrtunèV Calme, respire au long d'un grand soir de satin Le lys de solitude à ton balcon hautain; Et joue avec les: blonds cheveux de la Fortune..
Tas d'affamés serrés à la table commune, Laisse aux autres leur part hâtive ,du festin. Cependant que fleurit dans le. parc incertain La rose de cristal qui chante au clair de lune. ■
Au fond du Sanctuaire, entends l'art Sybillin Prophétiser ton âme — et vers l'Œuvre divin Lève ton cœur ainsi qu*un ciboire. d*or fini.
Pense, domine TAge et respire l'Espace.
N'espère pas : FEspoir est un oiseau râpa ce.
Vis, si tu peux, dans FEternel Fheùre qui passe»
]*■'.'". Albert Samain