‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 116 sur 168 · RAFFAELLI · texte numérisé non relu

RAFFAELLI

Des ciels gris, ennuyés, salis par des suies dSisines... des champs plats, lugubres, avares, fumés de plâtras, de tessons . de bouteilles et de coquilles d'il ai très, de pitoyables champs qu'on devine proches des fortifications, anémiés, contaminés .. par la respiration viciée, par les sueurs pestilentielles de Paris... des arbres rabougris, chauves, trognohneùx:.-. des bouts de routes poussiéreuses et ni ornes, avec, de ces rôdeurs à loqueteux bourgerons et à pantalons tire-bouchonnants, traînant, leurs échines lasses vers des besognes vagues et suspectes... des coins d'industrie ords et compliqués... des petits rentiers, doucement grotesques, occupés^ badigeonner de vert la barrière d'un jardinet saharien ou à caresser, comme des enfants malades, leurs rosiers chlorotiques et leurs choux poitrinaires... des- ouvriers suants, noirs, abrutis parla fatigue, avec de -

!a? CS niains pa rei l les a dés écorces de chêne-liège... des maraîchers... des guinguettes... des rues, de cartonneuses.vil- " las suburbicaires...dés rosses apocalyptiques traînant de. lourdes carrioles encombrées d'équivoques bric-à-brac, des charrettes geignant sous des pyramides de moellons bu d'immondices«.. des types et de petits intérieurs de commis retraités,, fatalement notés en quelque Asnières.,. des camelots, des sal- • timbanques, des Chiens errants, des horizons de toits, de cheminées et de hautsrfourn eaux, des gazons alopécies et galeux, \ des gouges pouilleuses, des claque-dents, des mendigots, toute . ' V ' la vermineuse truandaille des barrières, tous les pitoyables êtres, toutes les lamentables choses de ce monde spécial, si complexe, si mornément et si monotonêment divers, qu'est la Banlieue...

Puis, sans transition, F Angle terre!.., les ciels brouillard eux, lymphatiques d'Outre-Manche „. le flegme, l'hypocrisie, le fé- . roce mercantilisme, les policemen, les clergymen, les gentlemen et autres men, roux et rogues, à vestons bigarrés... et, s élançant des confortables snow-boôts, les idéales maigreurs, . les blanches fluidités 4es.fl.aves et paies misses, qui font songer à des lys qui seraient poussés dans des boites à violon... les longs petits soldats imberbes, tuniques d'ecarlate, coiffés de toques d'enfants et armés de badines... les bonnes et les wet-nurses d'Hyde-Park. . / les gueux, les vagabonds, les alcooliques,, toute la crapulerie. toute l'atroce misère de Why te- Chapel... les élégants babies,.. les fillettes trop blondes à ro^ bes trop courtes et à mollets nus, dansant sur des pelouses... les public-houses... les quais goudronneux... les villes à grand ' fracas industriel,., les cabs, les matelots, les cafés-concerts, toute la vie de là-bas, grouillant dans son atmosphère sursaturée de brouillard, de fumée de houille et de protestantisme,, parfumée de pale-ate, de whisky et 4e thé...

niversel ^UScS^^y^^^^^S^^^^ lupanar cosmopolite où le monde vient s'ébattre tout ^ubS lant de. ce luxe en toc, de cette .élégance de fi^an?.; de cet W^Jt^ 111 ^ 6 qUi b <> ni mente!„. Paris... les Sonlevard. bien peignes et les quartiers pouilleux... les cafés similorés et les bouges sordides, des gens qni doivent être des dépuJés on bien des voyageurs de commerce, frôlant de haiUonnenxcaï" mands, des tondeurs de -chiens, des chanteurs de cours dès «înec ™f*"£f s * veinés dans du bitume.... des Lines tyffiii pet , 5t ? lo S eme ^ . bourgeois, d'asiles de nuit.de

a»1 ÎZ ™ élevés... des ramassenrs de bouts de cigares et des notaires... des bateleurs de la foire du Trône, dès afficha ^/T™ 1 ^' ie I carrele »rs de souliers,' des marchands de ^natre-saisons, des blanchisseuses et des trottins en course dWontangéès nourrïces.aux Champs-Elysées?^" § 2! ™*| aisant ^ Partie, des museaux glabres de caboter ™Ë ■?%?&** ^'interlopes beuglants secouant leur, aaiposHés' P<?ur d'infâmes chahuts, grimaçant pour des émulations l" nques et ordunères, des . catihs- de- boulevard extérieur des tavernes du quartier de l'Ecole Militaire encombrée/' Vignobles paillasses à soldats.... des vendeurs de coco d'impubères bouquetières coureuses de pissotières, des afeeurs de

■S^A^rT^^*"^»* aeTouches meurt-de-faim affliges de professions improbables... Et tout cela,. types- et scènes de la Bndièn., ^Angleterre "àe Paris " notes saisis avec leur caractère propre, leuî accent essentiel! dans leur coutumier aspect, avec l'exact geste quHl feut'

„î™ '™* PCtt Prè , S - le . bfo,lhalla > !« pittoresque pandœmomum qu évoque en la mémoire de seul nom: RaflfaeUi.

Au reste, je: ne veux point" dire que cette œuvre soit en ,. tontes ses parties, également admirable, on même Xn art W &£L£- r lnteressan S M- Rafiaélli est, parmi le, poutres ■ " " ^f? e * + de <f aom J *? de ceux <l ui Présentent le plus déconcertant ^mélange de défauts et de qualités. Pourtant, que W imparfait que soit son talent, il e£ je crois, digu? de^rSc!

^ P ,1è± ST'Î" 1 ™' e t d * pl P Té aux vrais honnnêtes gens. En ce siècle qn encombrent les trivialités hideusement jolies et « si-d,st.nguées-ina-çhère I » dés Adrien Marie, des' Vibert "

JSif ^1 Ct c ? nsorfe > ™» «"avons pas lé droit de dé-

dmgner un artiste qui, comme lui, peut s'enorgueillir de ces tant rares vertus : la sincérité ; la haine du banal, de la feusse ' élégance, des formules d'école, des techniques compliquées S , h 23 , w aiB * Ct - ^ ; lac,lité d * ttn ^ P rit q .fnreteu^à îa fols SffT^ e,patie,rtàla recherche et prompt an pourchas des plus instantanées notations. . "

M . Raffaelli s'est baptisélnil.même autrefois « caractériste ».

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Il a même tenté créer cette, école en iste et eu préciser l'esthétique dans des brochures. Ne retenons de tout cela que cette epithète de « caractèrisie », qui le définit assez exactement. Son esprit, en effet, très matérialiste, très réaliste et en même temps, très analytique, est surtout attiré par l'extériorité des êtres et des choses, par le caractère de leurs surfaces, plus que par leur nature profonde, intime. Ce qui le" préoccupe, ce sont les signes de la pensée plus que la pensée elle-même, et ces signes Ti ntéressent plutôt parle pittoresque de leur modalité propre que par leur sens représentatif.

Et c'est ce qui explique pourquoi M. Raffaelli passe sa vie à observer, à noter, avec un zèle et une pertinacité stupéfiants, de minuscules détails extrinsèques qui nous semblent, à nous, bien vains et bien puérils, et qui, pour lui, sont de la plus haute valeur. On l'étonneràit certainement en lui disant qu'il peut y avoir de très grands artistes qui sacrifient d'un cœur léger cette étude de Técorce des êtres à des recherches plus profondes, en lui affirmant qu'on peut être psychologue, en peinture, sans posséder une science si complète des déformations et des stigmates professionnels, et qu'il existe d'admirables martres (tous ceux qui revêtent les idées pures de la somptuosité des symboles) dont l'œuvre est justement le contraire de la sienne.

Cette exclusive préoccupation du superficiel pas plus ; que cette manie de futile furetage n'impliquent d*ailleurs fatalement la' froideur. M. Raffaelli observe et note des accidents épidernnques, mais il observe et note comme un artiste, non comme un savant, et il a le secret, vraiment, de vibrer devant ces accidents épidermiques, d'être égayé par une fossette, attristé par une ride, ému : par une verrue ! tes phénomènes, pour insignifiants qn'ils soient, se colorent au prisme de sa sensibilité, de son âme d'artiste, et c'est cequï nous permet de nous intéresser au minutieux en-dehors de l'œuvre, d?y lire cette gaité pessimiste, cette ironique pitié qui le singularise. Ln pli d'étoffe, un crevassement de peau, c'en est assez pour nous faire deviner son moi de narquois observateur des extériorités, de sincère ennuyé des choses, qui s'amuse de sonennui et des choses!...

Pourtant, il faut bien l'avouer, cette émotion que Ton constate dans les œuvres de M. Raffaelli ne semble jamais, elle non plus — et c'est la conséquence de son mode de superfiV «elle perception —, bien v profonde ni bien grave. C'est une

f;aité, une pitié, une ironie volages, à fleur de cœur, s r éparpHant sur les détails, glissant sur les dermes, pénétrant à peine, suivant exactement sOn intelligence qui se diffuse en analyses superflues... Et c'est pourquoi, devant les tableaux de M. Raf-^ faelh, malgré cette prodigieuse dépense intellectuelle donnée à 1 étude des hiéroglyphes de ces vivants sépulcres que nous sommes, malgré leur merveilleusement nette compréhension, on se prend parfois à regretter un quelque chose:... je ne sais quoi:*... Peut-être l'immense vision té rébrante, l'impressionnabihté de tout l'être, d'un Rembrandt ou d'un Damnie^

m £™T e * ** Iei ' / 6,nt d ? ▼««»* analyse ! point de mvopes mrcrosçqpies de rides, de poils, de durillons ! Wt cet ^r mystérieux de vous dire : ~ « Hein ? l?aï.je asief exactement

?£«î~ CalttS ^'î 91 de tel «P*^ OOT *er. cette^éSon £w ;> V° ^^typiquement ridicule de tel iSSSÏS £ «L* ^f q -^ ne lar « e s 7»tlièse des formes «Sucs w^ g " ^i de la sllhonett «, rien qu'une indication dfla S d ensemble pour cette magistrale fixation du caractère £n que le strictement indispensable ! C'est moins ««rf'^t

cS^st'nfuiS^r' ^ est pins "55-sï «si

cet art est plus profond, plus émouvant et plus ému ! Comme

copié une q fici\ Pr ° digie ^ lith °« ra ^ *» F»" élément copie une face, un accoutrement de grotesque, mais bien

éclat Teâré^T^V' ™ âme ""i«'liqW l "' cracbé son «me(Tji rS— gonaillerie!.:. En regardant une confire? Ne Hn5S t"*'*' 011 I™ ****** l'impression. tonsclèncLr J+ ^ ag ^ ^. n pas ' n, * 1 « ré **.' P« i ntre très fltfU ferait d^nnl £t inteU, Jpnt, copiant, quasfment ainsi ■1.^™ 1 d un .e nature-morte, avec une vétillarde fidélité

ÏSr'wT? 1 d '°? ^^«t "'«rivant à.vonsTn peu

cxactutudi t dans le rendu de ses attributs extérieurs ?

< n ic S ! rai * facile , de «^«P 1 ^ d'autres analogues comparai-

S'^ COnC î? ant ? S - M : De « as ' P« exemple, pouTnous traduire —^combien intensément ! — la turpide bërtialité dî

craîS± ^T^-M- Fo ** P^T nous m&ÏÏerTSïfque no^r ïl&i r- SSCn * «**«»•■.** la Me, et pour nous im-

; fSïïfc ? nt " llS t teSOm de tout te mystérieux appareil de compliquée analyse, de ce formidable entassement 5e détails «ngularisateurs t . Ne nous disent-ils pas mieux ce an*fls veulent nous dire^avec infiniment moinf de moT? Ne lont- ÏL Pa i,- m ?" î , pr °^? S et ' ^nséquemment, plus éloquents Êtes^ ' P - P énétrants et * « &«t bien'le dire, 3us"?:

iJwïï'W! *° ^F kU ' rœwr * «« M. Raffaelli demeure, £S?T£ tout L; trè ? pressante, très séduisante. Cette super!

cesïre, SS^Sf d? derniat °lï»P*« * outrance, tontes ™«ii i* teUectn *Ue*.l •>"•**« aux nombreuses qualités qu'il possède à son acuité visuelle, à son esprit net, a* S a haine du

t£ZL£ a" J° h + * radl ^° nne1 ' a ** P assion dtt «* ** °» P™ toresque distinctif, ont eu pour singulier résultat de faire de

Si,nc P ? miere t P eBt - étr « l*nmque%-»/««^*Jde noS temps. Ses peintures, ses -dessin»; ses aquarelles racontent les mmurs la piètre vie d'aujourd'hui, mieux que t^^s SSSÏÏS?" ^"««^ "es petits jouma'nx. Ce sont moins de» «™M« V â e V UHStr ^ to V' mais d « miraculeuses, d'incom-

ÏÏ^^« Il .5 é l ie - Cette ?PP«U*tio» } j'imagine, ne le bW

\T^ Ç^" - , ert ■• tt< ?P eonsetent artiste, trop lojriqne et trop

docte théoncien,ponr avoir marché au haW dansTvoie d^art

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titre d'un

qu il suit, et sans en savoir le noni. D'ailleurs, ce

■ lL™?i ^ J"' pCUt étre infama "t lorsqu'il s'agit d'un Bayard. dun tfeyer et de leurs banalités industrielles, ne saurait être qu'élogieux lorsqu'on parle, d'un grand boèîe .

"£ RIS! 01 *™ ^ "V *** artiste ««^5

veules, plâtreuses, souillées de lignes d'esquisses, de SSi no.res qui pour être voulue n'en sont pas moins choquante?. 11 ignore les réelles vibrations des ensoleillements, les my^ v/wfr olorat,ons *« om V es - H n'a guère la science des Tfi. •' P S0Uve , n * ll ne sai * différencier le solide des Ûuid.tes . je connais tel de ses tableaux où l'on marcherait sur le ciel avec plus de confiance que sur le terrain.. tr,*J!! S 1" ,im P ort ^ M ; Raffaelli, je l'ai déjà dit, est un illus-

couW % C T'Ti t ? 1 ; P ? t * îsém f n .t se P«ser du don de la couleur. Ce qu'il lui faut, c'est plutôt la science de là composition celle du dessin. Or, à ce point de vue, il n'a rien Y envier à personne. , ' • ■

La composition de ses moindres- pochades, excellemment simple, naturelle, impressionistè, est presque toujours inou-' bliablement heureuse. Il sait se passer dcs-clichés et des for- ' mules, se contentant du perspicace regarder de là réalité où de soi-même tout se compose. Aussi, sesprofilements — bien que parfois ils manquent beaucoup.de style —sont-ils en gênerai, logiquement établis, caractéristiques, imprévus, amusants comme des apparitions trop vraies.

Quant à son dessin, il n'est pas moins insigne. Il a la compréhension nette du caractère des choses, des êtres, des moindres silhouettes, avec une tendance à la déformation pessimiste qui va parfois jusqu'à là caricature. On peut cependant lui reprocher de ne point toujours s'adapter à l'es-

prit des divers Clliptc ^«raef» M ^ a :it. j! 1 * -.

nïr éîégair . * <■■ - — -*■-- - « «. Jamais pu ■ ac iresouoxe a.

dessiner un pantalon qui ne fit sur les tibias du plus impeccablement correct gentleman des. milliers de plis, rappelant chant'Iww . t ' re - , ' ou I t ; hon s.. Est-ce scepticisme -exagéré, touchant l habileté des tailleurs ? Est-ce le résultat de cette tendance au caricatural que je signalais ? Ne .serait-ce pas plutôt parti-pris de singulariser sa facture, de s'enclore dans un procède graphique une fois pour toutes défini ? Le dessin de

bLr^n^i'' " * ffet ; t0 . u i° urs très personnel, est souvent si „ "r e T" P e «°1 nel ' s > extravagamment original,, qu'on est que quefois tenté de se demander s'il n'y a pat préméditation d originalité, excentricité vouliie, création de toutes pièces,, en haine des vieilles formules, d'une formule autre, mais qui n en est pas moins artificielle, comme toutes les formules

Qupi quil en soit, je préfère. encore cela aux écœurantes trivialités des étemels élèves des éternelles écoles Et pu?s en somme malgré ces tâtUloanements et ces charbonne» 'zi£ zagments intentionnellement maladroits, la ligne en' SnérS

crayon sûr, incisif et, pour tout dire, sayant. .

M. Raffaelli est anssi sculpteur, et. en sculpture il anuorte

lïïuïï T 1 ^/* leS ^« défont* qu'e^ peinîur? 5 ^ ,.+ «î l^'-n est, dans tonte la force du mot, illustrateur — et si bien illustrateur qu'il s'est imaginé d'inventer quelque

t^m^lL Vill 'f: ati ° n *^'">- Une sculpte dnp! che!.™ sculpture portative! une sculptire de po-

mf^dW ^? tte «? s de bronze vissées à quelques centi-

dW LtT nC ^ pI I qu , e 4e * arbre ou de b0 »s. Cela est ■P«»-i ? g * commode . fe«le à employer, même en vovase

fw^*' J + e J? C i IOis «*** *«* cette^innovaLnr'imi"aii absolument. Ces bas-reliefs simulent, en réalité, à s'y m*.

S d VK d 1 eS + °- DlbreS chinoise *- Cette, ingénieuse et fantaisie -ï belot ^ 1 m $. pataît P« compatible avec le haut tua re P? "ffi Y l écorat F« niassivitl nécessaires à la stalWbre LSZ lS / ,< surt0 . u î P« ** éclairage artificiel de nuit) <Zliiï^ * du SUJet sur * e fond P r °duit des effets auss ïïïïfô „ S q?C dé . sa S r ? ab l«-, Je souhaite à l'auteur, Ces! wLïv q ^ Je pUls f^ re ' W son invention lui procure nn ïl sncc « OT* des gens du monde et détermine une complète révolution dans l'Art... industriel! ii« n "cT • ■ ' 91 1 entôt ' n ' es t-ce pas, un Magaii»*,,m très mo- £™? ^H. °i né „. d'illustrations eu Vini bosse et en bronze, par M. Raffaelli, — b.v. s : g. d: g.!.., ■

G;-Albert Aurier.

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