‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 138 sur 168 · LES MAINS · texte numérisé non relu

LES MAINS

Modestement, elles servent à tout*

Oh ! les petites mains obscènes, combien je les regarde avec effroi quand je vais dans le monde!..

Elles vont, elles viennent, dégantées pour prendre la tasse de Chine, .et, très délicatement, les petites folles placent leur petit doigt en l'air comme une aigrette, comme une fleurette de chèvrefeuille rosé...

Elles vont, elles viennent, n'ayant point souvenir dé la chose qu'elles ont faites ou qu'elles feront sûrement, irrévocablement;

Elles sautillent à travers les morceaux de sucre, elles froissent l'éventail, elles ont des moues, elles' ont des colères, des éclats de rire, et, imperturbables, elles se regantent pour toucher la main étrangère du valseur, la main de l'inconnu qui pourrait ne pas être pure...

Oh! les petites mains obscènes, sur lesquelles nous nous penchons humblement, gros naïfs que nous sommes, pour déposer le respectueux baiser de notre admiration!... ,['■.'

Non, quand, je les regarde aller, venir, dans le

" a MERCVRE DE FRANCE

monde, passer et repasser comme de petits oiseaux gras plumés à vif, j'étouffe d'une envie de pleurer tant elles me font peur, les petites mains obs-

Paradoxe.

Qpel est le bêta ou le dément qui a inventé la nature gaie?

De quel troupeau de Panurge sont-ils ensuite venus ceux qui ont réédité, au moins un milliard «U» fois par an, ces p ériles clichés : «/, gaîiéi2u sole,l» __ « V allégresse du printemps » « J e joyeux babil des oiseaux » ■- « n mmense jfo de u

^Z^T^^f-\ Et pafce qu ' un monsieur a '

^- + M° ffni: dCS fl6UrS à sa stresse pour la féliciter d'être jolie, parce que le chant d'un serin

en cage divertit le savetier du coin, parce qu'au printemps les jeunes hommes ont envie.de cares-ser des filles, parce, que la couleur du soleil est aussi celle de l'or, et que. l'or représente toutes les jo.es, les habitants dé cette terre croient tous à

I universelle gaîté!.. ; .

Un jour, nous gravissions lentement une colline

II faisait une journée superbe, pas de nuages, pas • de vent ni trop de chaleur, ni trop de froid; et le silence d un plein midi régnait.

Mon Dieu, l'épouvantable' tristesse qui se dégageait ,du paysage, en y songeant un peu plus que thaUtude. Comme ils fuyaient mélancoliques, les lointains noyés d un bleu tendre d'abord et devenant presque noirs sur les déclins! '

Il n'y avait personne. Les bois ténébreux 1 W blaient des choses secrètes ne voulant pas, décidées à ne pas bvrer leur mystère. Sur nofre épaule se penchait une branche d'amandier en boutons,

froide tT r ° SeS g<>nfléS C ° mme des b ™*«* M ; No n spens,ons q ue ces lointains, d'abord:

bleu tendre, puis noirs sur leurs déclins, étaient encore bleus là-bas, seraient toujours bleus si nous nous ^ansporhons dans les indéfinis /à -*«... toujours bleus puis.noirs successivement. Et les bois sombres; n'ont point d'autre mystère a nous livrer que celui de leur existence même, secret qu'ils gardent malgré les lourds volumes entassés. Cette bra nch e d'amandier fleuri, quand elle ouvrira W tes ses bouches roses à la fois, elle ne dira rien... rien sinon ce que lui fera dire le passantpoète.

auan/T^ eSt " elle d <™ en dehors ne nous, quand elle n'est pas spiritualisée par nous?.. J'ose

la trouver impassible et scellée.

coînnêV >Ur " Ià : n ° US rede?ceiidîm es tristement là

naSrf eSt ? bêtà 0U le déme ^ <& a éventé là nature gaie?

* TX

Rachilde.

Page 1