‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 34 sur 168 · TRIPTYQUE DES PHASES · texte numérisé non relu

TRIPTYQUE DES PHASES

ï* — Blasphème

J immortaliserai ton corps dan, mes vers graves Pour que, multiplié sur ces lourds piédestaux Son marbre, environné d'honneurs sacerdotaux Plane, au-dessus d'un peuple agenouillé d'esclaves

(J'aurai bâti mon Œuvre, en dépit des entraves

Comme un temple étayé de fûts monumentaux' Dont nul, jamais ! ne pourra voir les chapiteaux S effondrer, sous l'énorme effort des architraves).

- Alors, de vains désirs souillant ton se» nu,

Ces vils adorateurs,. qui ne l'ont point connu. Joindront leurs doigts dévots vers sa rigueur touche :

Et moi, dont le dédain terrible l'a dompté Seul j'aurai possédé ton cœur, ému ta bouche lit trouvé l'animal sous la divinité.

"• — 'Refus .

Pour les relire aux jours de vos mélancolies, Ces vers désespérés que vous seule aurez lus Vous m'avez dit des mots qui valaient des folies : Mais ces vers, même à vous, je ne les montre plus

(O stances de mon ceeur, 6 stances abolies ! ! Nul n entendra gémir ces rythmes absolus, Puisque le cristal pur des voix les plus jolies Se brise au choc de leurs timbres voulus)

-r- Par vos soupirs d'amour, par vos larmes <F extaie, Par la langueur d'aveu d'une adorable phrase, Vous m'avez réveillé d'an rêve, où vous glissez :

Vous saurez désormais que je vis dans un rôle, Qu'une âme teudre dort sous mou masque de drôle,. Et que je suis un homme, au fond !... C'est bien assez.

• III, — Epïtajphk ! !

Plus teudre qu'un vieil air dans de lourdes étoffes, Plus démesurément vibrant que mon orgueil, J \ Plus haut que la rumeur des flots blancs sur recueil, Plus haut que le futur fracas des catastrophes, ;;

Tuo nom divinisé survivra dans mes strophes, Madone aux regards noirs comme une église en deuil, Quand ton âme et ton corps seront, dans LEUR cercueil, Aussi morts que les- dieux bien morts des philosophes.

— Glas funèbre y tinté par de joyeux grelots, Mon affreux rire a pu s'égrener en sanglots.

Et mes sanglots, crever en larmes de délices !

Reçois donc, pour ce court bonheur immérité, Le salaire ingénu de tes chères* malices :

L'éternité du Vers, — là seule Eternité.

Lauis-PiLATE de Brnn'igaubast

IIO

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