‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 35 sur 168 · LES FUMÉES · texte numérisé non relu

LES FUMÉES

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due, à un épais drapeau taillé dans une viande livide éclaboussée d'éclats de bronie.... Bt le soleil, le soir, prend les fumées désespérées, les rousses, pour s'en nimber à son couchant !...

Elles se lèvent lentement des marécages malsains, les fumées mauvaises et sournoises ; à leur tour, par les temps du renouveau . les crépuscules tièdes, elles montent en vapeurs suffocantes, portant la fiève-de la terre, tous les miasmes pestilentiels, se dégageant des pourritures secrètes ou des tas de fleurs expirées. Elles sont dou<tes, enveloppantes, comme la fantaisie d'une femme.

Elles se réunissent mollement, elles parient pour aller étouffer dans une étreinte caressante l'azur qui rit, le soleil qui se moque*.. Et le soleil les arrête à mi-chemin, les pulvérise pour'jles jeter, au printemps, en poignées de polletf sur les grandes prairies vierges... îj

Elles montent, les fumées inutiles ; toutes, aussi, elles montent, , courageuses, indépendantes , les unes ballottées sur le caprice des vents du nord, les autres frêles, ténues, mais, féroces comme des blasphèmes d'enfant. Il y a les soupirs d'amour et les soupirs d'agonie durant les nuits d'hiver. Dèci, delà, un flocon blanc pur : l'haleine d?un poète qui se réchauffe en soufflant dans ses doigts transis. Un flocon bleuâtre : là fumée du cigare que savoure l'athée. Un flocon pourpre: T'asphyxie de la fille abandonnée, buée fusant meurtrière par la vitre cassée trop ta^d/Oh t les fumées inutiles!... Surtout, par-dessus tout, les inutiles fumées d'encens ! Elles montent, elles montent..* Et le soleil hautain fait suinter sur les cités maudites les pleurs dés révoltés, les sanglots des prières, les larmes d'amour, en un brouillard

froid...

Comme une nuée diaphane, elles montent par les larges cheminées des hospices, les pâle& fu-

i» . MERCVRE DE FRANCE

mées malades,et les quintes de toux des poitrinai- ' res les tisanes bouillantes, les respiration* courte des opères, montent, montent péniblement se traî*

a^' n £?7™T S ' té T' lgDaat *" tortures fouies qu endurent les malheureux punis d'avoir voulu

î"e V so1^ h i leS fomé % dé s°léei\r... Et, indifflrenï ÎLi / ? rro f> 1 automne ' ï'«phalte de nos boulevards : c'est la pluie lugubre de novembre qui abat les feuilles, une pluie valétudinaire™ '

Elles ne sont point montées jusqu'au jeune ether triomphant, les humbles fumées !... Non elles sont retombées sur les roses fraîches en rosée les exhalaisons des roses flétries. Et les derniers petits souffles des vieux petits oiseaux ont semé sur les mousses, des gouttelettes amères que le soleil a bues sans les voir!...

- 1 Le s fumées remontent comme des folles vers la clarté du pays bleu, elles repartent en guerre les fumées, en guerre contre un implacable azur!... .

Rachii.de.

Mars i8po.

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