‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 45 sur 168 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

Et c'est encore, ainsi que partout, ainsi que toujours, «ou* ce banal plafond héraldique et parmi le sadisme «ans distinction de ces peu cléricales verrières, c'est encore le même orgueilleux bruissement de foule, Je même inane clapotement d'océan — un océan dont les flots seraient anthropomorphes, grotesquement... Les bjains de mer de ; mon âme, de nia pauvre âme malade !... Quelque chose, en vérité, comme un Trouville psychologiquel..* j

Serties des vieux chênes sculptés, les tapisseries usées de Flandres prélassent sur les murs leurs verdures fanées, leurs ivrognes nabots, leurs gaîtés ho^blonncuses et pesantes, toutes leurs charmeuses ganoLmes de calmes teintes éteinte^, qu'étoile, brutal et froid,;; l'aigu diamant d'une lampe Edison..* Cette dissonance m'enchante. Elle m'enchante autant que, dans tout ce très gothique , mobilier, les petites bombes de chocolat et les inquiétants cylindres de jais dont s'orne la houle des occiputs, autant que les cigarettes qui fument entre les lèvres trop écariates de ces dames, là-bas, somptueuses et plâtrées comme des façades.,* Pourquoi me gênerais-je et ne répéterais-je pas que : mon âme a la colique. De tels aveux impliquent le ridicule, la raillerie^ je le sais... -En quoi, pourtant, ces simples mots sont-ils plus grotesques que la conduite de cette herboriste bien connue qui donnait, selon l'expression du poète,

I>fc l'ipécacuanha à un cacatoès...

— Vous m'apporterez ce qu'il faut pou|r écrire, n'ëst-f e

pas ?.*• T

Pour écrire? A quoi bon? À quoi bon, en somme ri-es vagues anthropomorphes ne déferlent-elles pas sur Tépiderme de mon âme? Je suis au bain, Pourquoi donc écriraisje? Et pour qui? Et à qui? Que sais-j*? Mais il le faut! Certes, il le faut. Oh ! l'éternel priapismé de récntoirel... Eux et Elles, voyez, ils se prélassent dans la paix des longues déglutitions... Sans doute, pâtfune lente endosmose, leur liquide cervelle s'écoule, peu à peu, avec les bières bues.» Elle s'écoule dans leur ventre, leur liquide cervelle, et jusque dans les urinoirs... | .

Moi, maintenant, je sens ainsi que des myriades de tortureuses pattes de mouches qui chatouillent mes nerfs frissonnants et mes capillaires et mes inoellris et mes fibres et toutes lès cellules de mon cerveau (surtout celles des circonvolutions, voisines de la scissure de Kolando, où, comme on sait, Hetzig a localisé les centres

i)i F MERCVRE DE FRANCE

psycho-moteurs). Oh! ce martyre!... Eut et Elles, botvent et digèrent... J'entends très nettement fonctionner leurs estomacs... Mais il me semble que, de minutes en minutes! leurs crânes diminuent, diminuent, diminuent... Pourquoi donc auis-je convaincu que la résultante mathématique de toutes ces infimes vibrations qu'impriment à mon système nerveux- les pattes de mouches dont il a été parlé plus haut, constitue un phénomène physique, très curieux et même grandiose, comme, par exemple, un tremblement de terre, une éruption volcanique, un cyclone, une aurore boréale? Pourquoi aussi estimé-je que tous ces gens qui m'entourent devraient, lèvres bées, admirer ce spectacle, assurément peu banal, avec la satisfaction de touristes anglais qui ont vu un beau cataclysme... Mais voilà qu'ils rient tous, et leur rire m'indigne et me désole comme un blasphème, ou plutôt comme une imbécillité insolente! Certes, tout cela est loin d'être clair!.!/

D'ailleurs, la mystérieuse endosmose accomplit son * œuvre,.. De minutes en minutes, les crânes diminuent, diminuent, diminuent... Tenez !... Ce monsieur, là-bas, n'a déjà plus de tête, non, plus de tête du tout...

Oh! qu'ils me meurtrissent Ta me, tous ces étroïdes ambiants qui ne paraissent point/ressentir et qui, de fait, ne ressentent point le monstrueux supplice des pattes de mouches... Mon corps entier vibre douloureusement, comme vibrerait sous l'archet d'un fou une contre-basse qui serait hyperesthésique...

Là-bas, dans un coin, j'entrevois trois jeunes garçons, . virginaux et trop roses, qui sourient et minaudent. Leurs cils sont adroitement rehaussés de pastel, et leurs lèvres, d'aquarelle. Leurs ongles sont polis comme des abbés et leurs phalanges s'enorgueillissent de cercles d'or. Leurs vestons, congru ment écourtés, découvrent des callipygies voluptueuses, presque hottentotes. Pourquoi, dès leur première œillade, ai-je procréé cet alexandrin qui me semble, pour l'instant, sublime, tout simplement : Le strabisme éternel des tantes rabougries!.*.

Mais, j'y pense, peut-être bien que ces trois jeunes garçons ont des mœurs infâmes !...

Quoi qu'il en soit, cette foule imbécile, cette foule de stupides repliés sur leurs ventres, commence à me donner des nausées et, pour ainsi dire, le mal de mer,

Elle, seule...;.

Mais, alors, pourquoi ces sourires à la satisfaite idiotie de son voisin ? Pourquoi l'indulgence de ses sourires au goitre indiscutable de son voisin? Ne voit-elle donc point

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