‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 46 sur 168 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

le goitre psychologique de son voisin?*.. — Oh! Mon Dieu, après tout, quelle logique induction m'incite à conclure que ses pâles yeux mauves soient autre chose que d'insensibles opales, inaptes à transmettre tes sensations à son âme? A-t-elle même une Ame?... Elle se targue de cheveux blonds comme du chanvre et un peu crépëlés, sans doute par les artifices du bigoudi. Voila tout f Absolument tout !... ■ 1!

Je me sens couler, doucement,, dans rimbécillité..* Les pattes de mouches ne font presque plus vibrer la contrebasse de mon corps... Piano, piano, pianissimo !.*♦ Parmi les tapisseries usées de Flandres... Oh! les petites bombes de chocolat !.*. l'endosmose f... les callipygtea voluptueuses ! le goitre psychologique f et Elle ! et seà cheveux! et le reste I... En somme, pourquoi tout celalp Raison* nons... Raisonnons... ;!

(Un trou, une lacune, une léthargie de la conscience. Combien cela dura-t-il ?) '

Maintenant, regardons-la. Elle parle. Elle a un long nez, quasiment aristocratique, et une grande bouche mince, presque sans lèvres, qui rit toujours, p^le comme une cicatrice, au milieu de son visage plus pâle, de son visage de pseudo-anglo-saxonne qui ne connaîtrait pas les solides joies du rosbeef,.. Et, tout cela, sous scfn extraordinaire perruque flave, ébouriffée, comme je l]ai déjà dit, par les artifices déloyaux du bigoudi. ;[

Oh ! Thorrible cliquetis des dominos... - . Elle n'est point très jeune. Non, sans dout^ !.*. point très jeune. A moins qu'elle ne le soit d^âme, ce que je ne sais, ni vous, ni même Elle, ni personne, ni même Dieu. Elle a peut-être trente-six juvéniles automnes, ou bien quarante, ou peut-être même cent, et plus 1 Mais sa peau est pâle et, quoiqu'un peu séchée par les plâtres, les bismuths, les magnésies et toutes les gouaches cosmétiquées, sans rides visibles pour moi, et ses cheveux sont blonds comme doit être son âme, au crts, je le répète,-où elle aurait une âme, et je sens que si ses dents petites, qu^azura imperceptiblement l'abus du! vif-argent, et si ses pâles yeux mauves, froids et maléficièux comme "des opales, ne riaient point avec tant d'msistâtice* parmi le douloureux et voluptueux tohubohu de cp lieu bête, xers le goitre monstrueux de son inqualifiable voisin, peut-être serait-elle un jour la Sorcière, la sainte Sorcière

mille fois bénie dont le divin philtre i

■' L . - — Messieurs, on ferme !.♦»

G. Albert Aubier .

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