PEINTURE
Certes, en cet an de grâce 1890^ le cas de conscience est douloureux pour un jeune homme qui se pique d'une certaine honnêteté d'esprit de se croire tenu à «faire un Salon >. Non pas que les vertigineuses superficies de toiles peintes soient couvertes cette année de plus spéciales, horreurs, ce qui nous serait encore une surprise. Non pas que l'absence des maîtres respectés ; Puvis de Chavannes, Gustave Moreau, Ç, Pissaro, le départ pour un autre local ou l'abstention systématique de Besnard, R.affaelli, Degas, nous paralysent autrement le larynx ou la main. Mais abus pensons que la « critique d'art » est bien oiseuse en vérité qui ne porte pas sur un ensemble d'<euvres dont il s'agit de dégager la philosophie, et borne son ambition à décrire — si péniblement d'ailleurs et si faussement — l'arrangement d'un tableau ou les attitudes d'un marbre.
Quelle philosophie donc tirer de ce hasardeux amas de toiles sans parenté entre elles et pourtant toutes sem- : blables, comme \es hybrides chiens errants de Paris ? Sinon celle-ci : que des baisses, formidables ont dû se produire sur l'huile, le blanc de céruse et les sïmililaques pour en faire le prix abordable à tant de bourses.
Si j'en crois en outre la voix publique ^- celle des électeurs-peuple-souveraiins — il en appert cette autre constatation, déjà faite, hélas! en plusieurs cas aussi typiques, que le Talent aujourd'hui court lès rues. De très nombreux et invariables € Comme c'est bien fait\ » prouvent à chaque pas à l'impartial péripatéticien du palais dît de l'Industrie que la plus touchante harmonie règne entre les plus officiels enlumineurs et les candides bourgeois qui consacrent quelque loisir à Tencouragement des Beaux-Arts. Ah I oui, comme c'est bien fait ! Messieurs, et comme, en sa désarmante simplicité, cet éloge est bien celui-là même qui convient à vos mérites !
Peut-être pourrait-on néanmoins, d'après quelques envois peu nombreux apparus çà et là, indiquer une certaine tendance des jeunes peintres à assagir les hardiesses des intransigeants de l'impressionnisme.?. —. A la vérité, ceci n'est que d'un intérêt secondaire, l'art étant sans
doute et toujours un EXCES.— C'est ainsi qu'un tel corrige Pissaro en lui infiltrant une goutte de Bastien- Lepage, et que tel autre. laisse hésiter l'esprit entre un sôuyenir de Degas et de RaflFaelli. . . i
Déjà n'à-t-on pas vu, à l'exposition déplorable des Indépendants, M. Van Rysselberghe mêler avec bionheur lé tachisme de la jeune école à un dessin quasi académique? Ôr, plusieurs essais de cette nature se produisent pour le rafraîchissement de là vue au Salon des Champs- Elysées. Il me suffit de ! citer ies ' plein-air de Maurice Cliot, dont les couleurs, un peu conventionnelles certes, produisent par leur juxtaposition une très belle harmonie de lumière vibrante, ~v- un paysage de Vytsmafe où le procédé de la tache à peine déguisé triomphe en éteignant un consciencieux Appian trop voisin, et lej>ortrait dé Mme Henri Daguerré par Boggio. Il convient de dire aussi que j'ai pris quelque plaisir devant le « En visite » dé M. Bellerdçhe, qui a placé dans la pékiombre d'un salon discret deux jolies silhouettes de femmes dont le seul tort est de rappeler la manière de M; Blanche, et devant ce curieux portrait de femme de Guthrie en sa tonalité étouffée de vieille tapisserie. ' ;,■■
J'aime beaucoup « l'Attente » de M. William Lee, de même quë : le pastel qu'il exposé plus loin; Ce n'est pçutêtre pas là de ces choses dont on dit : « C'est très fort ,*, mais c'est très fin en restant. très simple, et la grâce délicieusement un peu surannée de ses modèles est d'un charme bien pénétrant.
Dans un intérieur de cabane sûrement et largement traité, M, Wentzel éclaire de lumières hardies et très justes une pauvre famille de pêcheurs qui prend son repas. Par la fenêtre et par la porte se montrent des coins de paysage bien à leur plan. Je me rappelé aussi des pêcheurs bretons jouant aux cartes, de M.: Hall, je crois, qui par bonheur n'ont rien de commun ayéc ceux.
dé M* Haquette, ■."■■*. ■ .: . .
Dans un tout petit cadre, M. Chailleiy a fait tenir des « Devoirs en famille » à la lumière de là lampe, d'une
grande intensité. r j i*i>
Les journaux illustrés se sont déjà empares des bebes
de M. Peel, qui tout nus se chauffent devant la cheminée.
C'est une très agréable peinture, les reflets du feu sur les
, chairs sont très justes; mais malgré soi Ton pense à la
femme accroupie de Besnard, qui se chauffe de la même
' façon. 7 ■'-'"■■■■.' : -^ - A j
Dans la peinture, ML, DesvaUieres à un portrait de
aiS MERCVRE DE FRANCE
M. de Chênevïeres fils qui ne me plait guère. En revanche, dans les pastels, ses. trois petites études de vieilles femmes et d'enfant sont tout bonnement délicieuses.
Aux « Bouchers de Chelma », par Bompard, je préfère les « Femmes arabes battant du blé », de M. Lunoïs, mais, et malgré la couleur très spéciale dû fond de paysage, Guillaume! est évoqué- Ceci ne serait certes pas un mince éloge si M. Lunois ne s'était pas montré ailleurs parfaitement personnel.
Puvis de Chavannes n'étant plus là et Pissàro n-y" ayant jamais été, nous demanderons un paysageàM. Harpignies et nous en trouverons deux d'un égal mérite. Autour de lui une énorme quantité d'arbres, de montagnes, de ruisseaux, de .moutons, de bestiaux: niais le plus habile des verduriers est certainement M. Yon. C'est étonnant ce que cet Homme-là est habile 1
(Ici, il me . faut ouvrir une parenthèse, regrettant de m'être laissé aller à quelque mauvaise humeur à- L'inspection sommaire de tant d'atones polychromies. Je me sens capable d'en parcourir le double pour la rencontre d'un Whistler, et le Salon des Champs-Elysées en comporte deux. Dans la transparence bleue /d'une nuit de lune, la mer bleue où se découpent des silhouettes de navires à l'ancre. Leurs feux oranges et argent rient sur Teau ; une fusée tombe éparse dans le ciel. Du premier plan la jetée de pierre, gîaïjée de reflets lumineux, lance dans le vidé son audacieuse perspective. C'est intitulé « Nocturne en bleu et argent ». Un autre ^ Nocturne en noir . et ôr » . est égaré loin de là en une assez mauvaise place» Les poussières d'or d'un lointain feu d'artifice flottent parmi les ombres profondes d'un parc. — - Et ne yoilà-t-il pas réhabilité le Salon de MM . Bouguereaù et Lefèvre ?)
Devant le portrait de Carnot, par Bonnat, une bourgeoise dit devant moi à son mari : « Comme c'est bien fait, heinl C'est absolument la photographie que nous avons vue l'autre jour sous les arcades de la rue dé Rivoli, n'est-ce pas?» — Je trouve non loin de là un « Sculpteur dans son atelier», par M. Bitte, un peu froid, sans doute, mais supérieur à un autre sculpteur de M. Weerts qui est en face. Les « Pensées douloureuses » montrent une fois de plus* le prodigieux métier de M. Valadon. Je vous recommande le portrait de M. Th. Cahen, par M me BeauryrSaurel : c'est un fortbeau morceau, qui fait honneur au talent vigoureux et aristocratique; du peintre. -■ Il est temps de s'apercevoir que je n'ai rien dit des grandes machines à sensation. Le c.Eri batterie», de
Detailie, et la c Course de chars >, de M, Checja, sont certamemeiit.de fort bonnes choses, mais, "ave£ leur» arrière-plans négligés ou trop lointains et leur principal motif sortant du cadre^ ils courent le risque d*être| rangés par des esprits sévères dans la catégorie : Art df panoj rama-trompe-rœil. . • f. T
j .11 y a aussi des Lefebyre, des Maignan, des J.-P Laurens, des Boùguereau dont le café au Iâit s'anémie de plus en plus... Les engelures m'en viennent, aux' doigts et c'est à peine si j'ai la force de vous avertir qu'il, existe dans la grande salle d'entrée un immense plafond de
llunkacsyv |
Dont il m'est urgent d'aller m,e laver l'œil.. ;..
■'."-'.•.■.'■ Louis Dexïsb
LITTÉRATURE ANGLAISÉ;
I. — Days and Nlgîits, par AaTHtm Symons (Londres, Mac- . millan). — a. Tlie new -Spirit, par Hàvelock Elus (Londres, Georges Bell and sons).
I. — Les jours et les Nuits, vers, où la multiforme vie moderne se note en syllabes d'une exquise harmonie :; tableaux psychologiques, figurines pittoresques, impressions de lecture, , amours. Très personnelle en telle et telle pages, l' inspiration, ça', et là, puise chez nos poètes des thèmes (chex Th!j Gautier, Heine, Villiers dé TIsle-Adam, Leconte de Lisîe), des motifs (chez Goethe^ Baudelaire, Mallarmé). Le Prologue dit: «p'Art vit de la vie, du vrai sang de vie de Phu in anité », ^ —^condamnation, de la poésie impersonnelle, s'il y en avait une. Je traduis les désespérantes Litanies au Léthé : -|
, O Léthé, fleuve occulte, ô flejave intarissable*:*— Nous venons, nous si las de nos fardeaux, crier : — O Léthé, te trouver,' toi, et en toi, l'oubli !
Car nous .avons péché, nous en avons les cicatrices, — Et nous, en eûmes les chagrins et nous en eûmes les misères ; — O Léthé, te trouver, toi, et en toi, Poubli !
Toi qui flues de la Mort à la Mort à travers le Sommeil, — -. Toi dont les eaux sont les larmes de ceux qui pleurent, — O Léthé, te trouver, toi, et en toi, l'oubli !
Toi qui aux hôpitaux portes la blanche paix,— j;Et qu* aux prisonniers portes la clef des prisons, — O Léthé, te trouver,
toi, et en toi, l'oubli ! ^ v . . - ■ ■ .-j-». *+
Toi qui du remords libères les assassins de la Venté, — lit qui libères l'adolescent dé son ^enfance et le vieillard de sa jeunesse, — O Léthé, te trouver, toi, et en toi t l'obbli I
Toi qui des souvenirs d'amour, seul, nous donnes quittance, ■— quittance des amours sans espoirs, éternité manqué* I — O Léthé, te trpuver, toi, et en toi, l'oubli ! : :
«o MERCVRE DE FRANXE
Toi qui sais arracher au regret son épine, au vice Sa
ressouvenance d'un Paradis perdu ! 6 Léthé, te trouver
toi, et en toi, l'oubli ! /
Toi qui sais nous cacher, si bien, en tous nos deuils, — L'angoïse des joies remémorées, — O Léthé, te trouver, toi et en toi l'oubli!
Toi dont le verbe n'a qu'un sens toujours le même, — Toi qui épargnes au saint le ciel, et l'e nier aux damnés, — O Léthé, te trouver, toi, et en toi, l'oubli!
Le Sommeil, le Sommeil, que tous les yeux soient clos -^ Par le doux sommeil, par le sommeil sans rêves de ceux qui ne savent plus ! — O Lethé, te trouver, toi, et en toi, l'oubli !
Nous venons, nous, si las de nos fardeaux, crïèr, — Nous si las, trop las pour vivre, trop lâches pour mourir : — O Léthé, te trouver, tôî, et en toi, l'oubli !
II. — Un volume de haute critique littéraire, qui rappelle le style fort et la méthode stricte de Hehnequin. L'introduc-. tion explique le titre- Depuis le christianisme, la première et la plus radicale des renaissances, plusieurs fois l'Esprit «• renouvela la face de la Terre »- : il y eut les temps d'Abélard, les temps de saint François d'Assise, les temps de Luther, les temps de la Révolution française. "C'est cette lumière vive, toujours évoluante, que M. Eilis étudié en quelques-uns de ses représentants, pris à diverses périodes de ce formidable accès de fièvre : Diderot, ce serait l'esprit scientifique dans ses premières volitions un peu claires ; Heine, la personnification de tout rassortiment des diseqr^ danecs modernes ; en Whitman, le grand poète américain, se régénère l'esprit ancien de simplicité, l'esprit biblique (Gœthe incarna une semblable rénovation de l'esprit grec); Ibsen, Dante nouveau, révèle les tendances aristocrates les plus élevées, les plus méprisantes de tout mensonge, avec un recours, comme dans la Trilogie, au ciel; Tolstoï, sans clarté; évoque) mieux que nul autre, la vie, roule, un peu en aveugle, la force élémentaire, encore immensurable,d un peuple neuf.
Suivent les cinq études, nettement délinées, avec la constante recherche des origines intellectuelles, l'analyse très largement développée des caractères et des œuvres.
La conclusion note : en Diderot, l'enthousiasme; en Heine, la passion; en Ibsen, la foi dans l'avenir;, en Whitman, la foi dans le présent; en Tolstoï, la religion. En Tolstoï et en tous ; « C'est, dit l'auteur, étrange; les hommes veulent être athées, agnoscistes, cyniques, pessimistes, et derrière tous les masques, la religion guette les âmes. » Dans ]a nia n œuvre physiologique des émotions, tout est contraction ou dilatation : des figures schématisent cela pour l'œil. Les mouvements de l'âme peuvent s'écrire avec de semblables diagrammes : les plus grandes oscillations, les plus larges respirations, les plus énergiques pulsations seront données, non par l'amour, non par la haine, non par l'ambition, mais par la Religion, — supérieure fusion dé tous les sentiments, totalisation de la.
vie, transcendance émotive. C'est, autrement, le vieil Idéal, celui qui de lune en lune découche : !on le crdit érauoui avec l'astre mort» et à la nouvelle réintégration il a refait son lit dans le croissant pur. Toujours pimpantj il surgit parmi les défuntes Années qui se penchent V Sur les balcons du Ciel en robes surannées. }
La Science nouvelle, de même que les vieilles chimères, aboutit à des , métaphores, et c'est vers la plus vieille et la plus jeune, vers l'été ruelle, que nous tendons, aujourd'hui comme jadis, nos mains et nos interrogations, débout sur le seuil de l'Auberge élevée, à mi-chemin, par le Rêve,
Remy de Gourmont
LESLÏVRES
L'Heure enchantée, par Gabriel Vicaire (LenîerreJ. — Ce volume devers est un recueil de petits poèmes et de chansons. Les petits poèmes, d'une intimité et d'une délicatesse charmantes, sont encore d'une bien savante naïveté. Ils .semblent parfois d'un bon moine candide du XII" sièjcle, ressuscité au XIX* pour composer en vers français, sur dès sujets à peine profanes,, quelque chose de fort semblable aux hymnes et proses latines où il célébra, jadis les saints et les saintes dé l'Eglise. Symboliques aussi, la plupart des poèmes de V Heure enchantée; Les personnages : enchanteurs, fées, roismages, qui vivent dans de frais.. dé — * -k—— 1» «*«««-
nification de quelque belle passior dédaignant toute joie hormis Vanu taire vaincu de l'éternel féminin :.
Vantante gardera sa folîe royauté y
Et Vantant bienheureux bénira son servage 1
Xant quUÏ aura sa - douce reine à son côté*..
Il faut louer M, Gabriel Vicaire d'avoir, avec le plus grand soin, accommodé son vers et sa strophe à la pensée qu'il a voulu exprimer, et cela sans disposer, comme d'autres, des myriapodes en combinaisons stupéfiantes- Marie-Madeleine y qui semble devoir être aimée plus encore que les autres pièces du volume, donne avec des trouvailles d'expression aussi bellement neuves que celle r cï :
Le front êckeveïé comme un chardon bourru, ;
le plus parfait exemple de l'appropriation de laj forme au lon a. —les Quelques Chansons, toutes; d'un rythme gracieux et d'une allure coquette,sont un heureux intermède au milieu des tableaux de féerie que M; Gabriel Vicaire à ^composés. Elles s'harmonisent à merveille avec le reste de Fœuvre, et seront comme lui fort goûtées, des lecteurs qui voudront se reposer un peu des poèmes compliqués d'aujourd'hui. — E.D.
« 2 M ERCVRE DE FRANCE
I*a Neva, poésies, par Louis Dumuk (Paris : Albert Savine, Saint-Pétersbourg : ancienne maison Mellier). — Je ne dirairien sur la prosodie de ce livre. puisque aussi bien MJËdouard Dubus y a consacré un article auquel répond M. Louis Du mur . (Mercure de Franc *r, numéros de mai et de juin). Je noterai toutefois que l'auteur obtient du vers construit sur Faccent tonique fixe de fort beaux effets d'alanguissement, de monotonie, de paix et de grandeur : certaines de ses descriptions de la nature sont d'une incomparable majesté.; Mai s il me paraît sans réplique qu'un tel vers ne Saurait convenir, à tous les sujets, et que l'employer toujours serait se priver des infinies ressources d'expression que permet la position faculta-. tive de Faccent tonique. Â. V.
En Amour, par Jean. AjAXBEaT (Tresse et Stock^ — La moins compliquée des histoires, le développement logique <f un fait inéluctable, une constatation navrante de là fatalité. Une jeune fille se lie avec un jeune homme de condition sociale supérieure à la sienne ; advient une grossesse : épouvantement de la fiHe,embètement intense de Phorume; puis,après uu avortement réussi, lâchage de la femelle encombrante pir le mâle égoïste — et c'est tout. Bien banale et ; bien mince aventure, comme on voit; aussi n'est ce point dans Fahec dote que git Fintérêt de l'oeuvre. M. Jean Ajalbert, qui, comme tant d'autres de notre génération ennuyée. Va point de la société actuelle une vision absolument folâtre, s'est demandé, avec pitié sans doute, comment atteindrait à l'amour une fille pauvre honnête un. peu moins brute que son entour„ et il est évident que pour lui ce qui arrive à Fouvrièrè Marcelle, honnête indubitablement, ne pouvait point ne pas arriver — bien que son amant Paul ne soit ni plus ni moins égoïste que tous les hommes. C'est à la preuve de. ceci que Fauteur applique ses excellentes qualités de psychologue sincère et d observateur exact, avec une concision et une probité remarquables, dans un style « impressionniste »" qui rappellerait — moins précieux cependant — celui dont M. Paul Adam écrivit Soi. Mais ce n'est ici le lieu de discuter ni le procédé ni l'esthétique de. M. Ajalbert (sur quoi je reviendrai peut-être prochainement), et je lui chercherai querelle seulement à propos de deux inexactitudes impardonnables à un si grand ami de la vérité vraie, r? Paul, pschutteux un rien plus grave que ses serins d'amis.à par moments des réflexions qui n'appartiennent qu'aux intellectuels: or, Paul n'est pas un imbécile, maïs il n'est pas non plus un intellectuel; i* Favôrteuse..^ Certes le langage est juste sinon la scène, mais oh croirait lire Las Mystères de Paris. .À V
Confessions d'un mangeur d'opium, dé Thojmas de Quincëy, première traduction intégrale, par V. .Descreux (Savine). — Nous signalons avec plaisir cette première version complète d'un livre déjà très connu par les traductions. partielles d'Alfred de Musset (V Anglais mangeur d'opium) et de Baudelaire. M. V. Descreux iTest pas, bîen entendu, un traducteur de génie comme Baudelaire, mais il a fait un tra-
JUIN 1890 à*3
vaîl très acceptable, très consciencieux, et qui manquait. Et il n'est pas facile de traduire un livre comme celui de de Quincey,. écrit dans un style qui chante, toujours lyrique, avec le rythme presque de la poésie, une prose trop apoétique . sans doute, péchant par excès de qualités, mais avec cela merveilleuse, une c ikosè nouvelle. i
En effet, tout le livre de de Quincey, dans son temps, était nouveau. Ces confessions d'un esprit .hanté; d'une âme souffrante, ces étonnantes révéla tions de Ténfer et du paradis d'opium, prennent rang parmi les plus précieuses confessions . que nous ayons- Ge sont des documents humains d*uie valeur inestimable, étant, comme dit M. Descreux, * un© :j autobiographie et le récit d'expériences nombreuses et variées sur un des agents les. plus .puissants que la nature ait donnés à l'homme. » Précieuse~s par l'analyse des faits, elle» le sont autant, ces confessions, .comme littérature. De Quincey estala fois. la victime de l'opium et son prêtre'; il s'agenouille devant son effroyable Déesse et entonne lui-même |les hymnes de son propre martyre. — La. Déesse accepta le sacrifice en donnant à son adorateur riinmortalité: |
Arthca Stmohs.
Les évolutions de la critique française, par . Eehhst Tissot (Perrinet Ç"). — L'auteur divise la critiqué en trois catégories : la critique littéraire, la critique moraliste, la critique analytique ... Il étudie dans la première Mil. Ferdinand B rune t iè re e t ■ ' J ules Le m a ître , dans la se coude Barbeyd'Aurevilly et Edmond Se ne rer, dans la: troisième M.M* Paul Bon rget et. Emile Hennequin. , ;
« La place nous manque aujourd'hui; pour rendre compte de ce livre, dont nous reparlerons dans notre prochain numéro. ...'.:•' ; ■"■ * .. À. V. ■■
. L'Inutile Beauté» par Guy du Maupassàxt (Hitvard). -7 Qu'est-ce que la pensée humaine ? Cette question vient d'être résolue par M. de Maupassant : — « Une fonction fortuite des centres nerveux de notre cerveau pareille aux actions chimiques imprévues, dues à des mélanges nouveaux, pareille aussi a une production d'électricité créée par des frottements ou; des voisinages inattendus, à tous lfes phéno-. .mènes enfin engendrés par les ferai en tations infinies et fécondes de la matière qui vit ». — - (page 40). ; R. G.
Dans la lettre de M. René Ghil, au numéro de mai, il faut lire (4" alinéa) : k ftCÈuvr* : c'est, en effet, jrindividu et la Collectivité;.. #, au lieu de ta VAme : c'est,: e te;.. »
Échos divers et communications
Ephraïm ifiikhael est mort le lundi 13 mai. Quoiqu'il fut très souffrant depuis quelque temps déjà, ses, amis étaient loin de "s'attendre à un si rapide, dénouement. Le poète de
r Automne et du Cor fleuri se survit en des vers qui seront bientôt publiés. .—
Sous ce titre : I* Bataillé littéraire,* la troisième page de la Bataille est exclusivement réservée tous les lundis à la littérature. M. Camille de Sainte-Croix, dont on y lit un original article chaque semaine, à la rédaction en chef de cette partie du journal, qu'il a su rendre tout à fait intéressante. — Avis à ceux qu'écœure l'ordinaire banalité des suppléments dits «littéraires »...
Un abonné nous demande si nous pouvons lui indiquer ,1e nom du fauteur de ce charmant 4istique :''■"..
Mais nos goussets, moins heureux que les Gaulés, N*ônt point connu Tinvasion des Francs*
Consultée, la rédaction tout entière a donné sa langue aux chats. — Le concours reste ouverte
M. Louis Pilatë.de Brtnugaubast ne fait plus partie de la rédaction du Mercure de France.
Un grand concours international dé littérature et d'art (Prose* Poésie, Dessin et Musique), absolument gratuit pour tous les concurrents, est ouvert parle H ord Littéraire, sous les auspices de MM; Leconte de Lîsle, François Coppée, Sully-Prudhomme, Nadaud et Desrousseaux. — Nombreuses récompenses. ~. Demander le programme au Secrétariat, ii}', rue de Paris, à Valeneiënnës.
L'Ermitage, revue mensuelle née en avril et à qui nous souhaitons la bienvenue, .nous envoie son N° i,Nous yremar-
2uons une poésie de notre collaborateur M, Laurent Tailhàde : e Blason de Flore; deux sonnets de M. Auguste Dorchain; un substantiel article de M. Henri Mazel :Jje Problème religieux; et deux ballades de M- Georges Fourest. .
Dans la Bévue Bleue (N ô du 3 mai), un curieux article de notre confrère M. Henry Lapauze sur Tolstoï pédagogue w
L'Art Moderne (Bruxelles), que MM. Octave Maus, Edmond. Picard et Emile Verhaeren maintiennent à une si belle altitude d'art, a publié dans ses derniers, numéros d'intéressants articles sur Hans Rickter 7 les Po'ëmes anciens et, romanesques d T Henrï de Régnier, la Bête humaine y la Musique russe,
La France moderne (Marseille,/ vient de terminer la publication de Bv^nce y la nouvelle, œuvre de M. Jean Lombard, qui va paraître chez Albert Savine.
Mercvre.
Le Garant: A. VALtETTE.
Impr. ROUGIER, 11, rue du Regard, Paris.