UNE PRÉFACE
d * T M Ut M e m ° nd ^ n ' a P as la conscience littéraire
AhtEiJi ^ q • ecnvait Pour Monsieur Vénus élucidai, à propos du livre et de l'auteur le S d un cerveau « infâme et coquet » iW 1 «v près la totalité de Ja critiaue ' /•„ Y * , pcu qu'on puisse aii»l aLÏJL q « ~" s < en omettant «k„v « ', nsi de iomroer l'espèce de ret>nrt«<»>
mi'i-io «L ""«we secrète, et si le courace va ius-
3ain l £ï, I e ' ° n + n eSt P as loin d'assimiler l'écrivain a une Locuste expérimentant «mr il 1 .
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mender et qui persiste dans ses vofes C'est tour"
2gu e m 7 éc a on q nui q r G ^ à "^«tS'ÏÏE SE 1 1 ? ec ? nnu e, I une des rares, femmes de le» très qui soient plus que des bas-bleus!
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MERCVRÉ DE FRANCE
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~~- i auteur d Ironie sanglante et ce cnm+~ a<T «t point, à part peut-être I a commuSé ,rwf
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S«Si£sn^èS ° Utr ^ né f ateur des m ^ales P et uesDanstes, ou giroyantes comme des catarmlt^c ce vociferateur de/ litanies du Péché et P Se fa s^Sanî?' Créate ^ d ' un ^tiphonaire sabbatique teCent iTne P ntf / V 6lS S Diab <>^ perturoa
muskal? ^ 611 ! - Clame Un - e V0is merveilleusement .
rlamont S»" d ' Un '^S5li5ïï2£
Sa&nïï"v u «e seconde fois sous les
février 1891 67
dans des régions de mort et d'épouvante. A côté de cet effrayant symbole mâle de la Haine et de la Désespérance, elle n'apparaît que comme une dé* mone diminutive, vouée aux œuvres malignes, brassant les chaudrons des curiosités réprouvées, mais du bout des doigts jetant sur les fejwc où elle active ses cuisines une pincée dèi poudre rose qui en mitigé les fulgurations écarlates. Ou plutôt, c'est une petite lionne des chapelles du Mal, une nonne du temps de ces abbesses qui, à travers les enluminures de leur psautier, regardaientcom plaisamment tirebouchonnerlescbrnesdu Diable, une nonne qui, sous les bribes des béguins qu'elle n'a pas tout à fait jetés par-dessus les moutiers^ eût pour toutes lés Sainte Inquisition terriblemerit senti le roussi.
Et peut-être ce joli écrivain du mauvais Savoir qu'est la petite nonne (on peut saés témérité le supposer) eût été mené devant le crucifix dans les souterraines géhennes; et là, ce même crucifix, on le lui eût mis, chauffé à blanc, dans ses mains noires du péché d'écriture, — ces mains qui, en écrivant, osèrent, toucher aux emblèmes détestés çt remuer lès fatalités de l'originelle déchéance. (N'a-t-elle pas dit un jour les mains, les vierges petites mains, toutes les mains des pâles jeunes filles, en un court poème de prose aux senteurs libertines, ^aux muscs de sexe et d'officine parfumant le geste de la perdition qui ensuite s^efface et n'est plus que le rythme chaste des petites mains redevemies des mains de bonne innocence?) Àh! eliéj connaît les mystères, elle sait les gestes et lès paroles, elle est bien la nonne des sacristies où le grand diable catholique, le pourpre grandqueux des cantines du Mal, se transfigure, pour être adoré, eii l'aimable sourire et les touffes roses aux joues d'uri petit page des caresses et du baiser, d'un chérubin aux bouts d'ailes légèrement apparents sous le pourpoint, d'une revivance du vieil .Amour des rnythologïes et qui à lui seul serait tous les amours.
Eh non ! ce n'est plus rien du Satanisme litur-
fXnt a l P eu t dire, de l'âpre Satanisme se flamôrd, tTvî? deSirSet se f cruc ifiant sur ses remords La Messe noire a fait place à des rites moins tragiques où la volupté ne se vomit plus en rugissant contre les divines MiséricSdef S seulement s'éréthise dans les affres df jouissances diaboliques encore, bien que l e Diable ni sï Z £!
SÏÏL7 ^ SU , Sdtent PluS ^ Vec de ^térieîffs^vl dences. Ils demeurent diaboliques mahrré tout ces effrénemeats delà curiosité, par cela même quils sont la soif et la faim du Péché, -- k soif qui ho* a tous les ciboires avec le tourment d'en relècher jusqu'aux lies, la f aim qui vouSaft rafler jusqu aux mtettes des tables dressées par la démence des sens Leur diabolisme, pour réstne* le reniement des Symboles et se circonSe dans les perversions amoureuses, n'en reste Ss moins lié au primordial Satanisme par £ jSE périlleuse de transgresser les Commandements et de rompre les sceaux que l'Eglise a mis su7le«oût des délectations de la chair g
faSlf en - C °? un délice de perdition, cet ineffable besoin de se faire mal à l'âme en fatigant et torturant l'habitacle charnel où elle bâT des ailes, ou, pendantles. moments du péché, elle s'axrite impuissante, comme le témoin muet des opprobres par lesquels on la répudie et on voudrait tf casser S^S^ « ^ge.Les âmes très cïrétienïel surtout possèdent le sens des sombres blandices du ravalement et de l'immolation, carne risquent!
e exlc a ra^ eS r là ' IC ^ éte/nel P° ur un "2f îa chïir n W ,n lr6j Car Chacun f des ouations de lu flanc- dfvïnf 6 ^ Un C ° Up de la * Ce « ui "*** „
«,^?' ™^ m 1 poi î r les autres ' déû uées de la foi ,vtv!î ern ? ^ voluptueuxsupplîce s'attise d'une idée de sacrifice : c'est en tournant et retournant ■ la cha,r sur les claies du plaisir qu'elles se sentent se recroqueviller et panteler, c'est en se fustigeant avec eslanièresdescoupablesdésksqu'elïes goûtent les joies éperdues et U délivrent^ des -
abois qui les égalent presque à la surhumaine douleur des âmes chétiennes.
Cette douleur, vous ne la trouverez pas chezles vierges impures de Rachilde, ni les grands frissons de la Damnation, ni les stupres qui hersent la race des hommes jusqu'en ses racines*; Elles ne sont chrétiennes, je pense, que par habitude, chrétiennes peut-être uniquement par lia peur des aveux qu'il leur faudra chuchoter au confessionnal, par un reste d'ancienne créance aux démons qui les émoustille délicieusement dans leurs défaillances et fait passer sur la brûlure des baisers à leur peau un rien du soupçon de la rôtissure infernale. Si elles l'étaient, chrétiennes, elles seiraient bien plus ardentes à l'œuvre impie, bien iplus vertigineusement emportées, vers V atroce et suave certitude de l'expiation finale, car la beauté des religions est de pousser le mal jusqu'au martyre, jusqu'au cri et au tenaillement des plus effroyables torturies corporelles.
Ces étranges jeunes filles (et c'est par là qu'elles s'attestent bien modernes) répudient toute analogie avec leurs sœurs antérieures, les amères possédées des âges de la Damnation, les cruelles amazones des batailles de la chair s'amputant le cœur et le donnant à manger aux pourceaux des grandes luxures. Névrosées, les sens précocement excités par des ferments d'hérédité, malades
d'un excès de rêverie qui les livre déjà savantes et dévirginisées à l'homme, elles assument une façon de perversité ingénue et j demeurent le plus longtemps qu'elles peuvent, à travers leur corruption d'esprit, des jeunes filles ayant tâté du bout des doigts au péché, mais différant de restreindre corps à corps. Pour le monde ce sont, en effet, toujours des jeunes filles; le diable seul met l'œil à leur fêlure et suppute les petites salissures de leurs âmes, ces salissures par lesquelles elles lui appartiennent. Elles sont friandes de sensualités, toutes également ; la tentation chaque nuit vient cogner à leur porte et elles l'entre-
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bâillent en attendant qu'elles l'ouvrent toute largfe. Ce sont les pécheresses des mauvais conseils du songe, elles se chatouillent de curiosité libertine et se mûrissent par les concupiscences. Les plus neuves jouent à la poupée avec le Mal jusqu'au jour où le joujou devient entre leurs genoux le manche à balai sur lequel ces diligentes sorcières chevaucheront vers les sabbats. Car inévitablement elles sont dévolues aux sciences de perdition, les naïves aussi bien que les rouées ; et le rêve n'est pour elles que le stage des expériences décisives. Mais par le rêve elles ont déjà tout vu, elles savent à l'avance tout ce que peut suggérer le rêve, et, plus lard, elles tâcheront de mettre leur rêve en pratique.
Rien ne ressemble moins aux terribles ensorcelées de ce faiseur d'âmes sataniques et qui, du même geste de plume dont il les vouait à ïenfer, avait l'air de les exorciser, je veux dire Barbey d'Aurevilly; et toutefois elles sont de la famille, elles y accèdent en qualité de cadettes et de pupilles. L'auteur des Diaboliques, ce Custode des ordres de l'Impénitence, eût tiré de son trousseau la grande clef d'or pour leur ouvrir le guichet de ses monastères, comme à de mignonnes nonnains d'élection qu'il se fût chargé de former pour les sataniques épousailles. Mais je crois bien que leur mère spirituelle lui eût agréé encore plus. Cette déconcertante Rachilde qui, toute jeune fille, débutait par des livres torses avec les plus purs fils diaboliques, cette novice des cloîtres de la perversité qui tout de suite se révélait professe, cette Agnès doublée d'une princesse de Décaméron l'eût paternellement délecté comme une' fille de son cerveau. Ingénue et perverse à l'égal des étiigmatiques vierges de ses romans, avec des neiges d'âme teintées d'écariate à de soudaines réverbérations d'en dessous, il semble par moment qu'elle soit l'une des jeûnes filles qu'elle osa dévoiler, ignorante de ce qu'elle ne pouvait savoir, mais bien plus savante déjà, en cette ignorance,
FÉVRIER 1891 \ . yx
que celles qui, n'ayant pas tout appris par la conjecture comme elle, ne savent que ce que la vie leur a fait connaître. i
Elle qui se piquait d'être sincère, 1^ fut au point -de laisser croire, que les femmes Qu'elle créait étaient presque toujours créées d'aprëà elle-même* Et vraiment il y a de telles 'spontanéités de nature, il y a de si sûres trouvailles de vérité dans telles de ses pages venues sous sa plume comme un aveu, qu'on ne doute plus qu'elle n'ait poussé la sincérité jusqu'à se raconter dans l'entraînement d'un cœur très candide et d'une petite cervelle infiniment vicieuse* Cedual'sme s'avère en maint endroit : tandis que la tête va de l'avant et bat la campagne, une fraîcheur d'émotion, j'allais dire une pudeur de bonne âme, signale, parmi les débâcles de l'imagination, la présence et la sauvegarde de l'Ange gardien*
Ce serait le moment de parler de l'espèce d'écrivain qu'est littérairement. Rachilde. J'en 1 sais peu qui, volontairement ou non, aient plus Tinsouci de l'art et la négligence des coquetterie^ de la forme. Même pour d'aucuns, épris du cha~| toiement des mots et du miraillé de ce style toujours rouant qui japonise d'un air de bibelot rare les étagères de notre littérature , elle détonne sur l'universelle application à ciseler des orfèvreries, à polir 4es gemmes, à tailler des cathédrales dans un dé à jouer. Ce sera vertu de ma part à le confesser, peut-être artialise-t-on un peu trop de nos jours au détriment de la nature sans laquelle c'est, comme chez les illusionnistes, faire pousser des roses au bout d'un manche de parapluie. Notre préciosité, nos maniérismes, cette pompe dp nos styles tout en façade (ainsi qu'un prestige de palais de théâtre sans profondeur ni densité) légueront aux démocraties futures la mémoire et peutêtre repnui d'une ère ostentatoire et décorative, -d'un auire siècle de Louis XIV où, comme là tout était équerre et cordeau, tout ici apparaîtra pail~ Ions, feux d'artifice et polychromies.
À côté de ces pétarades, la cursivé écriveuse de Monsieur Vénus , de La Marquise de Sade et de Madame Adonis^ se dénonce un écrivain naturel, un écrivain en déshabillé et qui , merveille pour une femme ! ne se mire en écrivant non plus au miroir de ses phrases qu'en nul autre miroir. Elle écrit comme elle sent et comme elle pense, et vous savez si dès les premiers livres cette petite raisonneuse pensait avec décision et avec netteté ! Elle écrit d'un style sans falbalas et qui, flexible néanmoins, avec un léger fard de métaphores et çà et là des fleurs et des rubans, . ne verse pas dans Thommasse et reste un style féminin» Elle écrit d'une main qui sait le point de tapisserie et fait claquer l'éventail, — d'une main d'instinct si vous voulez et qui n 1 a pas été gâtée par Timitation à une époque où les femmes imitent si bien les hommes qu'elles ont fini par en prendre les manies et les virtuosités. Et cette écriture instinctive correspond bien à sa psychologie sans le vouloir, toute d'instinct aussi, de pénétration naturelle et immédiate, et qui se dévide entre ses doigts comme un écheveau dont elle porterait les fils dans son cœur et son cerveau.
Ce qu'elle est dans ses précédents livres, elle Test encore, mais autrement, dans cette Ironie sanglante qu'on va lire. La petite -tête folle d'antan s'y révèle assagie, devenue tout à fait grande personne, détaillant posément une grave histoire qui s'attaque au problême même de la vie, une histoire dont, par exception, le protagoniste cette fois porte culottes, — mais avec quelles nuances de féminéités autour, quels délicats pastels de têtes de femmes, quels arômes de campagne en cette Grangïlle et quels capiteux bouquets d'essences en la petite femme sans corps, au sexe remonté dansTorient des yeux et les humides pulpes des lèvres, mourantes du regret dés baisers! j'évite de .dire mes préférences, je ne veux pas comparer aux premiers ce dernier livre d'une veine généreuse et qui, à l'âge des essais encore,
FÉVRIER xtyi
atteste un écrivain déjà mûri* C'est déjà tin bien supérieur mérite qu'il diffère de ses aînés et répugne au procédé de nos grands pâtissiers littéraires battant leurs meringues dans un moule imperturbable, 11 est estimable d'être le pommier du bord des routes : c'est une spécialité comme une autre, encore qu'un unique pommier dans le paysage à la longue me consterne. Mais le bon Dieu a permis que certains cerveaux fussent le Vereer tout entier. Et j'attends du verger de Rachilde des automnes féconds en toujours neuves cueillettes*
Camille Lemonmer. I