‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 32 sur 127 · ÉTAT D'AME · texte numérisé non relu

ÉTAT D'AME

De pâles violettes flétries, dont les pétales blancs se sont tristement refermés.

Et devantle bouquet fané elle s'estprise à songer.

Ils les avaient cueillies ensemble. Des souvenirs lui venaient de ce jour de printemps.

Sous la feuillée naissante, ils étaient allés. Une tiédeur parfumée emplissait la forêt de caresses moites et douces. Les grands arbres, aux troncs moussus s enveloppaient de soleil, et les abeilles y bourdonnaient. Ils avaient suivi un ÏÏS^ m T 11 S > ouvrait de vant eux, où des arceaux verdoyants s'entrelaçaient au dessus de leur tête. Tout droit Us marchaient sur le gazon plus tendre, vers les lointains embrumés d'or. Et c'étaient

tir! 5? 1 - 8 ! ef ? ré ! 4 e P e t*ts oiseaux s'enfuyant à tire d aile, des buissons fleuris qu'en passant ils

S?™??' /! b ï? etS de moucherons T bruissant dans 1 air réchauffé, et aussi des tapis d'anémones et de muguets qui ondulaient en frissonnant.

toutes ces choses les rendaient heureux et ils erraient, enlacés, comme dans un rêve d'amour. Il ne kn parlait pas de peur de rompre l'enchan- S',^. ses yeux en les siens se plongeaient

P™ ■ ')m- ft an L les , ado «tions ineffables et les inouïes félicités. Elle s'émotionnait délicieusement *~ "** ^-nge de regards, où s'abîm

infini des contemplations.

mnm ^ ^Jours ainsi bercée par i muisunci XÏÏÏT* < ï u \ v . lbr 1 ait con tinu, perdue près de I aimé dans cet isolement, au milieu de la forêt

En *?, -Î1 Une ™8? e langueur envahissait tout

VSiÎF*- 1 SCntait des bouff ées*de désirs confus venir brûler ses tempes. ^

Au pied d'un chêne enguirlandé de lierre ils

FÉVRIER ï^t s 109

s'assirent, et leurs lèvres se rencontrèrent eu un long baiser. Près d'eux des . violettes, avec des blancheurs de lys, se recourbaient, gracieuses, sur leurs tiges frêles ; et des fleurettes aux corolles entr'ouvertes montait une buée fraîche, d'odorantes senteurs,. ,

Oh les pâles violettes flétries, dont les pétales blancs se sonlt tristement refermés 1

Maintenant encore l'azur des ci eux flamboie, et par la fenêtre ouverte viennent des souffles embaumés. Mais cette vision radieuse pour elle s'assombrit, car elle rend plus poignantes les ressouj venances du passé. Seule elle est à aimer; car tant était fort son amour, qu'il pardonne à l'ingrat la lâcheté de l'abandon. Mais son cœur meurtri toujours saigne, et elle ne peut croire encore à la : réalité hideuse* Ses souffrances s'avivent au douloureux retour de ces moments qu'elle avait pu croire éternels. Des pâquerettes ématllent les prairies; elle ne les interrogera plus, les fleurs menteuses qui répondaient faussement. Des oiseaux chantent, qui lui semblent moqueurs. Pourquoi ce printemps est-il revenu, si semblable à 1 autre, -^- et qu'il lui est odieux! Et de nouveaux printemps renaîtront encore sans lui ramener le bonheur envolé !

Des pleurs filent sous ses paupières baissées* Elle laisse couler ces larmes, dont le cristal I prismatise Phorreur de Tà-présent, et peu à peu s'évanouit la douleur qui en pst la cause. Son âme se rassérène, et reprend un calme bienfaisant. L'oppression qui Tétreignait de tout le poids d'un irréparable nettement conscient se dissipe. Et, les cils encore humides, mais d'un œil tranquille, oublieuse du passé, inconsciente du présent, peut* être confiante en l'avenir, elle regarde tout ce qui lui reste d'un amour où elle avait mis sa vie : le bouquet fané, et sourit aux pâles violettes flétrie^, dont les pétales blancs se sont tristement refermés.

Gaston Danville.

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