‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 38 sur 127 · LE PÈLERINAGE DE SAINTE-ANNE · texte numérisé non relu

LE PÈLERINAGE DE SAINTE-ANNE

A Lulu, dont îa chevelure est nn essaim à* abeilles.

Les cinq Gars de faïence, à la peau de falaise, aux yeux couleur d'océan qui s'apaise, vont, bras dessus, vers la Chapelle peinte où, vieillement jolie, sourit la bonne Sainte*

Mises dimanchement, emparfumées de marjolaine, bras dessous les accompagnent les cinq. Promises de porcelaine mignonnes comme des joujoux et dont la joue rayonne ainsi qu'une pomme d'api, — car ils reviennent des baleines, des lugubres baleines aux vilaines bouches, les salubres marins destinés à leurs couches.

Donc la guirlande juvénile vers Sainte-Anne marche, à travers la lande puérile, les lins et les moulins, les ruches, le blé noir, les meules, les manoirs, les clochers de pain bis, les vaches, les brebis, et les chèvres bêlant à la manière des aïeules.

Et, l'âme vive, Ton arrive à la chapelle peinte où, vieillement jolie, sourit la bonne Sainte.

Viennent offrir, les fils des vagues, leur offrande viennent offrir à la Marraine aux fins yeux d'algue, à la Marraine des marins, qui, les sauvant des loups gloutons du vent noroît, guida leurs grands moutons de bois vers le bercail de Cornouailles.

Et les voici cherchant au tréfonds de leurs poches, sous le bonjour des cloches, et les voici cherchant le Coeur d'or ou d'argent juré devant Técueil qui peinturlure en deuil les femmes de futaine allant pleurer à la fontaine...

dor ou d argent, nullement. ' f Cœurs

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Tout à coup, dressant le cou les cinn r a « i feience tirent de leur ceinture cmqcou^aulc^lus

voS ni? - ♦ * d T x P om ™es de Quimperlé voici que vite en les poitrines vives ils f, Il t d un geste prompt, avec des yeux de changer font * enfoncer les sardines d'acier • ndeller ' giclant soudain, du rose arrose la frimousse des anciens mousses. On dirait qu'un rosie? de forS

les pavoise d'un reflet, ou qu'ils mangèrent jh£ qu a la gorge et Je ier £ # rent jus-

Leurs mains plongent enfin dans les poitrines belles et retirent cinq cœurs, cinq cœurs battant de 1 aile.

Dans la brise, toujours dorment les Promises de . : porcelaine emparfumées de marjolaine.

Ensuite, ayant cousu les chairs — avec le fil du baiser cher en l'aiguille des dents — et refermé* corsages corselets où. rient deux pommes de Quimperlé, les cinq Gars de faïence entrent dans la chapelle peinte offrir les cœurs, les cœurs battant de Taile à la Sainte aux fins yeux d'algue qui, les sauvant des loups gloutons du vent noroît, guida leurs grands moutons, de bois vers le bercail de Cornouailles.

Hélas!, quand ils sortirent devers la moussé et l'herbe, plus ne virent leurs Douces aux longs cheveux de gerbe.

Toutes là-bas. partaient, , partaient parmi la route qui, blanche, se déroule jusqu'au village où Ton roucoule»

Eux les appellent par leurs noms : Yvonne, Marthe, Maribn, Naïc et Madeleine !

Mais point ne se tournent les belles, Yvonne, Marthe, Marion, Naïc et Madeleine ; et les vilaines au loin s'en vont.

Si loin que leur coiffelette, d'abord ailé de mouette, devient aile de papillon, puis flocon de neige fondu par l'horizon...

Tombent alors en défaillance les cinq Gars de faïence tandis que disparaissent les cinq Promises, de porcelaine emparfumées demarjolaine.

De cœur n'ayant plus, elles n'aimaient plus Yvonne, Marthe, Marion, Naïc et Madeleine.

Novembre 8g*

Saint-Pol Roux*

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