‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 39 sur 127 · NOTICES LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

NOTICES LITTÉRAIRES

'} JEAN MQRÉAS . ' ■ |

: . Tous les lundis soirs 1 , au Café Voltaire, se tiennent les

T^Lt S ? m K^ e - ^ Urant 1 u ' en **«» au théât « «*- ™î S J •" dC ^P^ 60 ?,' des ada Ptations ridicules achèvent de déconsidérer l'art officiel, quelques esthètes non des moindres — complotent,- dans l'azur des cûfa- S ,£% F en ? vat i°. n ? , P^^diques. On y rencontre W V- * Re # ni , er ' J ïd frGiiffin-, Dauphin Meunier, Al-

Achille Delaroche, d'autres encore dont le catalogue Va' ' mer enregistre les nombres de Charles Morice! à IV

" Siffla d fT^ >nè ^- C,a * Mo,éa8 1 ui P réslde > incontesté Il s est imposé non seulement par l'éclat de

son génie, mais encore par la vertu de sa plastique. Lhomme est lom d'être banal. Son profil ou brûle eW ndlement la flamme d'un monocle, sabré! dune moustache hautaine, détient, sous les ondes bleues de sa chevelure abondante, une assurance royale. Il respire à la

?M es , d - e Ç orsair « byromen et une voix dont l'airain martelé héroïquement les vers. les papotages et les caque- ! tages brusquement cessent, quand -toutes les trompettes de sa voix donnant — il tonitrue'- . F

J& suis le guerrier qui îaitlÇ - -^grands coups d'êpèe dans la hataille

Rien n'est plus piquant certes ! que de voir, au café et a la brasserie, un poète tel forcer au silence les tablées bourgeoises d'alentour et violer l'attention des bouiel * vardiers rmbeciles pour leur inHiger la grandiloquence de ses vers. Or c'est fréquemment qu'il fes scande, ses vers. La poésie l'accapare et le retient. Il I' a i me avec frénésie. - • . , "

« Je suis jaloux de Pindare, dit-il quelquefois; je lui pardonne parce qu'il est Grec. » * . J

Je ne me souviens pas avoir jamais entendu Moréas

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poursuit gueux.

Voici quelque six ans qu'il a débuté par les Syrtes et lesCanttlenes, volumes de vers où des beautés fourmillent, mais inégaux et où la main du Poète, parfois manque d'assurance, H appartenait au Pèlerin Passionné de nous révéler dans sa fleur un artiste impeccable un rhéteur sûr de lui. *

Moréas s'est étiqueté symboliste. Il procède effectivement non par équations, non par syllogismes abstraits, maispar images successives. Il est ambitieux de sufftçérer plutôt que d'indiquer. Toutefois, comme la définition du svmbolisme est chose assez flottante, ïl a pris soin de préciser son but qui est, dit-il, de montrer comment une sentimentale idéologie et des plasticités musiciennes se vivifient d une action simultanée.

>toréasest un exemple éclatant de ce que peut la ténacite jointe à beaucoup de réflexion. On le voit s'avancer progressivement au symbolisme. La transformation ne s est pas faite d'un coup, mais, le symbolisme rencontré, Je poète s y est jeté furieusement, et il est parvenu, avec la merveilleuse souplesse de sa race, à faire du symbolisme sa renommée, à s'y spécialiser d'une façon plus éclatante que quiconque.

Jean Moréas est foncièrement un élégiaque. C'est, sons .des dehors de mameluck outrecuidant, de paticare, opine Anatole France, de timbalier riposte Auréîien bcholl, un petit page timide, un Chérubin frêle, un Fortumo délicat. Fréquente la voix câline murniure : « Allons, Moréas, chantez votre romance ! » et des nuits ioniennes aussitôt s'évoquent, toutes frissonnantes de duzlas»

Ses vers ont une langueur étoilée. Chez eux pas de brouillards saxons ni de neiges britanniques — mais un fonds de clartés grecques — toujours 1 Moréas n'est pas lin triste. C'est en vain qu'il se dolente des feintises et des perfidies traîtresses de r Aimée, c'est en vain qu'il proclame sa lassitude de vivre et qu'il implore la mort, on sent permaner chez lui, comme chez les vierges d'Eurepide, l'amour profond delà lumière. Sa plainte de tourterelle apitoie davantage qu'elle n'épouvante, et lorsqu il se plaint ses symboles sont de riantes images évoquées. Ses mélancolies ont encore la splendeur des cou-

chants vénitiens II vous survient parfois même de.

il ordonne ses rhythmes de désespoir. Un schofiaste dl la bonne époque trouverait à. a dmfrer â^aque v£?. ^ • /* »< suis pas un ignorant d^t les Mus ont ri ! s'écrie quelque part Moréas. Noa^ertes ce n'est na* ».

TAT£ r Ut f rC M ■ Montorgueî, lecrftique VZ& n a-t-il pas tous les torts de s'en plaindre *

Non pas qu'il faille voir chez Moréas, comme le veulent

togracul, de la décadence romaine. Je suis convaincu qu .1 porte en ku cette âme émerveillée et ce d£n d™ Sîïïïî tfaciie II ^ iest > marque distinctiveT tout

! ««?ï~ ™3* "- g ^ dé toute la fraîcheur d'impressions des aedes premiers. II est arrivé à ràjeunTde, comparaisons quel l'on croyait à jamais usée? coW par exemple des femmes et des fleurs II parle Ln. ri?;

iTiwe" 11 ! de sa lyre ' du zé " hir > : d " ▼•S c ^Sé£T

i^ 7 « "--**-"*-»«» «eurs aesa rhétorique Il earde «

de ces ages-enfants la caractéristique : grâ« et miSm! dise. La langue dont il use, avec sis ingénuités d? te£- '

av£ UT 1 ' 6 à tr ^ Uire 1,amo — «lanceur .%e? do ^ avec la langue .incisive et nerveuse que^ous afaite rère

/«„ t T/ S P erm ? nentes ^ des assemblées législative, (ou tant de manifestes et de placards électoraux!) £Z£ rer des aveux tendres damant. Il ne pouvait fixer SEZ

SitïrV^I 1 " adoîables la^îî^ son a me. Susurres, de ruisselets matinaux frase!» A* feuilles mouvantes, chansons d'oiseau JueTa «iaon presse, tous les soupirs, ses vers les ont avec de. £X comme chez Théocrite, et des mollesses cofZfchez

Moréas n'a pas recueilli seulement dWiens mots

. On a reproché aux symbolistes d'éluder les difficultés tache de poète et d écrire - pour tout dii^e - àyee moins

decomsciencé que leurs aînés. C'est là une objection spécieuse. Otw certes! il y a dans un sonnet de tel Parnasse, de M. Aibvrt Merat *>u de M. Emile Blémont, par exemple, plus cTart qui se laisse voir, plus de travail apparent, plus d'efforts à première vue appréciables. Les poèmes à forme fixe constituent une œuvre de patience dont nul n'ignore les périls Tout de suite y éclate le mente de la difficulté vaincue. D*us les pièces de Pécole symboliste, au contraire, fe vers s'écourte et Rallonge au seul gré du sens harmonique de chacun. Les lois intimes en échappent, mais — qu'on y prenne garde "! — les lois individuelles du génie sont autrement rigoureuses que celles de la tradition, par cette raison que le caractère d'authenticité dont elles sont douées de par leur origine céleste les rend, sous peine de déchéance, inviolables au poète.

Moréas, à qui suspecte la légitimité et la splendeur occultes de ses innovations, répond superbement :'.« Et qui me saurait tenir en suspicion ? N ? ai-je pas déjà fait preuve de quelque supériorité en la poétique réglementaire ? > Cette crânerie dans la discussion l'honore.

Résumons en disant que le Pèlerin Passionné est un livre qui date. Quels que soient les effarements et les indignations qu'il suscite, il est appelé à irradier notre histoire des Lettres.

Même dans cette revue forcément si rapide de l'œuvre de Moréas, il sied de prendre le temps d T un salut a cette Galatée où se symbolise — de sorte que glorieuse ! — la navrante destinée du POETE, C'est la Passion — entendez ce mot au sens mystique — de toute Ame fière qui ne renonce et qui, ne pouvant oublier sa divine essence, ne veut sacrifier rien de ses vertus. Il y à là, transpose pour flûtes cristallines, mais avec non moins d'intensité douloureuse, ce motif désolé que, déjà, Alfred de Vigny avait orchestré pour les orgues profondes :

Seigneur, vous m'avez fait puissant ci solitaire.*.

Je finirai sur cette remarque que deux noms naturellement s'imposent à qui s^entretient de Moréas : Ronsard, qui, parlant à sa lyre, s'écriait : .

Je pillai Thebe et saccageai la Pouille, T* enrichissant de leur belle dépouille. . ■

et Chénier, dont ce vers implique l'esthétique vœu ;

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

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^Mlile affinités existent entre ces trois génies d'origine commune presque. Comme ses aînés, Aloréas a S u rena^ance ; gréco-latine et de ramener 1W e t lïsoleS dansnotrejmératur* menacL de trop de! brou lards I

les. sentiments,; -comme dans la prosodie et le stvle la

J?» ♦* l -, ■ ? tiilt vrai 'V» Moréas eût réussi dans cette tache, .lirait plus qu'un Wme, il seraft T n diu

fef ?mira ^° ri se «it sacrilège d'aller usque-à Accord dons-lm que de ces. deux principes ennemis il a £~°~ en ] u , non pas.l'esprit mais la lettre, et ce né « lui faire un mince éloge - non, certes » .

fondu sera pas

Ernest Ràynaur.

il:

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