HADALY
La voûte était formée de. cette basalte brune provenue des volcans des Andes, et soutenue par d énormes piliers peints dans le goût de ceux de Memphis. Une seule lampe électrique au riobe azuré suspendu au centre illuminait la pièce! Audessous du foyer de cette lampe, une longue table, taillée dans un dur porphyre, en recevait les rayons : a 1 une de ses extrémités était fixé un
io MERCVRE DE FRANCE
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coussin de soie pareil à celui qui supportait en haut le bras merveilleux*
Une trousse, garnie de longs instruments de cristal, brillait toute ouverte sur une sorte de guéridon près de la table. Deux hauts tabourets d'ivoire étaient aussi à proximité*
Un brasero de flammes artificielles, réverbérées par des miroirs d'argent, chauffait la vaste chambre dans un angle éloigné.
De grands rosiers d'Orient chargés de roses en fleur, des étoffes parfumées s'espaçaient le long des tentures. Dans les intervalles, en buissons circulaires, toute une flore artificielle s'épanouissait, et c'étaient des prestigieuses couleurs, des pistils lumineux, des pétales parsemés d'une rosée de senteur* Toutes ces fleurs bougeaient, comme caressées par une brise imaginaire.
Une foule d'oiseaux des Florides et des parages du Sud américain voletaient sur les branchages, entre les feuilles, avec des rires humains* Tous avaient les yeux fixés sur le visiteur*
Edison resté dans l'obscurité. . , *
« — Mylord, cria-t-il, Ton va vous saluer d'une assez cuneuse aubade! Ah! gue n'ai-je prévu la conversation ! Si vous n'eussiez pas surmené les chaudières de l'express de Menlo-Park... Ne soyez nullement surpris de ce que vous allez voir et entendre. Les oiseaux de Hadaly sont des condensateurs ailés et emplumés. J'ai remplacé en eux, par la parole, le chant démodé et sans signification de l'oiseau normal* — L'oiseau criant, dès l'aurore, des réclames de négociants dans les forêts... ce sera Futile et l'agréable ... L'un des plus grands poètes de l'Union a bien voulu m*écrire quelques mètres sur une donnée de moi analogue à celle de l'événement qui vous arrive-., j'ajouterai qu'il m'a paru plaisant de faire prononcer ces vers un à un par quelques-uns de mes visiteurs de hasard sur un phonographe, puis de les transposer en ces oiseaux... Pour moi, je ne comprends rien à ces rimes, n'étant pas un rêveur;
JAKVIBR 1*91 *«
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mais le poète en question m* ayant affirmé qu'ils sous-entendaient quelque chose, je l'ai cru sur parole, voilà fout. N'y accordez donc qu'une attention de simple curiosité pendant quo j'amarre l'ascenseur,.. >
... La paisible respiration de miss Hadaly soulevait son sein, elle chantait d'une voix douce*., et avec les inflexions d'une mélancolie surprenante : |
L'Espoir sacré pleure à ma porte, L'Aurore me maudit dans les cieux.
Fuis-moi !Va~t*en I jfarme le* yeux!
Car je vaux moins qu'une fleur morte.
Lord Angel était envahi par une sorte de surprise terrible. L'oiseau de paradis, d'un ton con\poinct, s'écria :
N'accède pas à de tels vcbux!
Et un oiseau-mouche : )t .
î Pourquoi se troubler de la sorte ? ' '
Et un serin, avec l'intonation dubitative d'Un professeur de l'université de Philadelphie, et le regardant de travers :
Serions-nous superstitieux?*.* Sa raison semble assez peu. forte t
Un colibri f avec l'organe d'un marchand d'huile de porc de ' Cincinnati :
Je ne le crois' pas-sérieux î
Une huppe, avec un rire :
Pour avoir été curieux,
Craint-il que le diable l'emporte ?
. L'oiseau de Paradis ; i
Sommes-nous se* amis, messieurs ?
Tous, en chœur de voix rudes et franches :
Oui!
s» MERCVRE DE FRANCE
L'oiseau de paradis, concluant ;
Donc!... Son sort?.,. Que nous importe.
S'il nous fournit un mot heureux; ^ Quelque bon calembour ou deux 1 .
Tous, en chœur :
C'est vrai, si le diable remporte, , Soyons ho m mes, que nous importe?
Hadaly reprit, et sa voix sanglotait :
N'écoute pa$ K ferme les yeux! .
Rejoins l'Espoir hors du seuil sombre* Ton amour va renaître aux ci eux, Si ton âme en méprise l'ombre;
Chapitre XXL — Les Yeux. *— . Lord Lyonnel regardait Edison avec stupeur* ;
« — Avez-vous vu de beaux yeux, vous-même ?
« — Oui, répondit lord Lyonnel. En Abyssinie* . « — Soit, qu'entendez-vous par de beaux yeux?
5 — C'est bien compliqué ce que vous demandez là!.
« — Compliqués, le regard, les yeux? Certes, oui ! C'est infini même, comme toute chose, comme l'atome, puisque tout se tient- Mais, en classifiant, en décomposant un* peu, toute question s'élucide. Tenez, en général, quand l'œil d'un homme brille (Et c'est si facile de faire briller l'œil !), les femmes disent : « Cet homme a de beaux yeuxî » — Cet homme fût-il, d'ailleurs, un crétin, un Agota, un niais, — attendu que le brillant des yeux a pour conséquence de faire croire à bien des femmes (et ce, jusqu'à leur en donner la sensation) 2ue l'homme qui a des yeux brillants, sombres, etc. oit être «t passionné >, et possède, eh cette qualité, ce qu'elles appellent du caractère. — Ôr, quand j'aperçois ces yeux-là, moi qui vois au fond, je vous assure que, transposant la couleur dans le son correspondant, il me semble, à chaque fois que cet œil jette sa facette, entendre, distinctement,
JANVIER 1891 m
hélas ! à mon oreille clairvoyante, le gloussement borborygmeux du dindon en colère, -*■* parce qum est en colère i
« — Cependant, s'ils ont une expression? dit lord Lyonneh \
« — Oh! c'est ^àe la qualité du brillant de l'peil dont vous me /parlez, alors, c'est-à-dire â*tm abîme! s'écria Edison, et non de l'éclat I C'est tout différent: ni sur terre, ni dans les yeux extérieurs, il n'y a point d'abîme comparable à celui-là ! Bt la meilleure preuve, c'est que j'ai là, dans cette boîte, des yeux-tellement beaux, tellement; noyés, tellement splendides, qu'aucun être humain, j ose ; le dire (et tout bon oculiste sera de cet avis), n'en a jamais possédé d'aussi admirables! et sans la paillette de la vie, c'est comme si je n'avais rienL^ ..
« — Ah?.,, dit lord Lyonnel* 1
,.';«' — Ouï, dit Edison. Heureusement que! fai Tëtincelle de la vie, le feu de Prométnée, le fluide! . '}
<r —Encore l'électricité !
« -^Toujours, dit Edison. ;
« — Maïs Time? ; j
« — : L'âme ■!..; vous : avouez donc que» vous y \ croyez, puisque vous constatez son absence?**
« — rJ'y crois, dit lord Lyonnel, je «us né avec le sens de mon âme. L'âme est une question de naissance, comme tout le reste* Cela ne se définit pas plus que le reste. Cela est/ on le sen^ ou ou ne le sent pas : voilà ^tout, »
Edison regarda lord Lyonnèl* sans parler, pendant quelques instants* ."-■■'.'
« — Tenez, vous êtes*** plus étrange que moi* » murmura-t-il. . .■.!'•
(Variantes de la Seine d'Amour,)
« — < O prince des forces, du monde, ne mei repousse pas, toi qui m y as appelée! Eve inachevée, je te demande la vie! Créateur, insuffle ta
■ I I II II ' lli \- I "■ " r ' " I l~ Il I l~l M III ^f I ■!!■ Il ■ Il I ■ IM .f lB II I ■■ " Il l ll ' I ■! ■ I ■ .1 ll ..■ Il I .
créature! Pense, et je suis! Si tu doutes de mon être, je -m'anéantis! Je te s is ce que tu es à" Dieu ! Ce n'est qu'en toi que je puis être vivante ou inanimée! Quoi! tu Trémis? Est-ce de ton pouvoir ou de mes larmes? Tu charges de chaînes l'idéal et l'esclave f intimide l Ose m'imaginer, ou je suis perdue! Si tu ne plains, toi aussi, que d'un sourire, je suis perdue!.* -
« Certes, tu dois me dédaigner : je ne suis pas de celles qui trahissent ! Ma chair éthérée, mes sens divins, mes paroles idéales, où toutes les harmonies sont captives, les trésors de vertige, de mystère et d'oubli qui s'émanent de ma vision, ma constance profonde, mon impressionïiabilité, certes, ce sont là des attraits de peu de valeur prës dé ceux d'une femme!,. Cependant, si ce sont d'élégantes et perfides frivolités qui té séduisent, si tu me crois grave et dangereuse, si tu regrettes en moi l'absence d'une femme amusante et spirituelle, oh ! c'est bien facile ! Ma nature est multiple et je puis devenir toutes les femmes. Si tu me préfères mon modèle, l'aimable miss Evelyn, appuie seulement sur cette bague, pas cellelà, l'opale démon petit doigt, et Hadaly va s'évanouir, en devenant Vautre f »
Lord Lyonnel, saisi par une curiosité infernale, allait presser la bague transfîguratrice, lorsqu'il entendit Hadaly lui dire à l'oreille d'une voix sourde, suppliante :
« — Oh ! pour l'amour du ciel!
« — Sois exaucée, Hadaly, dit lord Lyonnel, l'être de celles dont tu parles ne vaut pas la peine d'être évoqué. Reste seule.
«: — Oh! c'est bien vrai, ce que tu dis? C'est vrai que tu arracheras de mes poumons d'or le ruban de métal où la valeur de cette âme visible est ajoutée à moi? ^
Stupéfait de cette phrase, qui lui rappelait la soi-disant réalité, lord Lyonnel demeura d'abord sans répondre; puis, livide, il dit :
« — Je le jure, Hadaly! »
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c Ames des fiancées mortes avant le baiser . nuptial, vous qui flottez autour de ma présence
nlr^M^ ° bs w qui n > droit â a » c ™ 'onve 6 :
appelé stérile... Odieux à sa race et sacrilège envers son âme serait l'enrayant déserteuf qui tenté vers de sombres délices, au mépris ïes ; flancs qui se déchirèrent pour lui donne/léour s aventurerai, pour le deuil de l'amour* juWà cueillir la fausse fleur de ma vaine vïrjrinté ^\u
t n a 1r f S M a d ° nhéU charme de merSerssontaires! Mes caresses, l'ombre seule, hélas, les recevra! Au vent parfumé, au vent mes paroles ?
désertes^înH CS fe ^ el ? eS d '° iseaux triftesqï; désertes ou captives, et n'ayant pas d'oeufs à coul
me^LVSy' rA ? d ^e. ^«ant délicieusement sa féminine voix en un timbre de contralto
Ziï£%£t tCndre qUe 1C *™ ^mme"
*™ r Je VeUX prendre des choses ignorées des hagme S et familières dans le mondf ou jl suis... Oh! dit-elle, si je tache ma robe sur il
Soux Ut cW UiUée dUSOir ' 6n ""fadiSS ïïrià.
genoux, cest que mon corps immortel ne' tient' pas comme les femmes à ces enfantillage? il S»fS; S" n '«*«îi q«e de bien loin'ft^utes
Vefforœnt £ ^"T* déçues «H 8 leur «moS seitorcent de me donner un peu! d'existence
UuTS le e t ne ^ pas r ^ai%h n é c réê;
pou? d e v«tS 5' * qm n atte ? d *™ ton siffle pour devenir divine comme l'Eve de votre u
£&S ïLiT-** pasplus ~ £fr *
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mouC 315 &?£, Ct î Ue - ? P^ ai ^ d S celles nui f, * êtr f ?«P™*>, suis-je donc de celles qui acceptent devant Dieu la possibilité
AtERCVRE DE FRANCE *
it^% Ve v VeS : , Tu P enses Peut-être à des enfants?.. Ecoute! je ne serai pas jalouse si cW pour avoir des enfants que tu me trahS' iamafs J Car je ne puis exister un peu que parmi les' an*£ et les anges sont hermaphrodites et stériles e?£ sais que l'amour que j'inspire. n'a que flîe 2t saintes conventions de la nature !.;.ï deS
homme.
raïdan. f e ^ timent T P ll,s cotent que l'amour coula" etvZV a ^A Le S6m de ^ndréide bondTs-
cW~^ C9 — ' v/ aUt . ( l ue J- e te dise ! N'est-ce pas c est ma virginité qui te rend pâle? Mais conti nua-t-elle en souriant, elle est éternelle et ?û garderas son reflet dans ton âme à ït£m ttîlu sion des années!.. Sonré aue <sf Y„ «SE S Illl 4 u ~ pour esclave, ta- ne 4SmTA V*?SS
muii amant! L> abord, le ne venir noc «„<* +,,
meure S . to n - en , p]u ' s ^WayaS » J£* Tu ne mourras pas, te dis-je, tu ùe mourras ms' bien 2ff££? ^^ *~ DieU *' ^' 3
■c Quant à tous ces moyens employés exténV»
rement pour arriver à ce grand œuv? e m?!^ tous ces „«,, d'électricité, 1 phonogTa^es 3w rive' SCo/ ■ SOl f ' l^Porte, piqueté
démente P n«^ et qUC CC *" le P r ^uit ne se aemente pas, comme une vivante! Ainsi oue l'a
dit un ecnvam français : « Qu'imDorte 1* 3* pourvu qu'on ait l'ivresse ! V^ Ëffî,- wfe/ sSe 1 ' e " «°»trant le cercu5iVv?c uî^
saïïe dT.lj VOll H SanS . même * n ' fl soit Nécessaire. . . </* se donner la peine de boire . »
Vuii£Rs de l'Isie-Adam.
JANVIER 1891 •".;.:' . vj