SUR. LE BUSTE DE GUSTAVE FLAUBERT
PAU CL&StXGEB.
. Quelques mois, après, la mort de l'auteur de la Tentation de Saint Antoine y un «Comité Flaubert » se forma, --avec, êntr'autres, MM. Tourguéneff, d'Osmoy, de Goncourt, de Maupassant, — pour faire exécuter un buste de Flaubert et l'offrir .'à la Bibliothèque de la ville de Rouen. La famille du romancier s'était, paraît-il, adresséeàM. Guillaume, lèquelabandonna cëprojet pour se consacrer à la création — toujours attendue— du chapeau de Napoléon I er . A ce moment Clésinger proposa au Comité un buste qu'iL achevait de modeler.
Malgré les efforts de M. de Mmpassant (i), il ne
que à Madame **• où les choses eu étaient : le buste du maîtreayant été commandé à M. Guillaume par la famille, je pensais que le comité ne ratifierait pas ce. choix, et, dès lors, il devenait facile de vous prier de vous charger d'exécuter ce buste. f:. ■ -
: Tourguéneff, à qui j'en avais parlera proposé au'comîté dé nommer quelques-uns des membres qui se rendraient eu votre atelier ; niais la crainte d'amener des complications pénibles,, de soulever des difficultés de toutes sortes, a décidé la majorité à; accepter le fait accompli et à ratifier le choix fait par la famille.
J'ai été fort ennuyé de cette résolution...
..».; Je m'empresserai, Monsieur, de me rendre à votre invitation et d'aller causer avec vous et vous apporter mes souvenirs sur mon cher et grand ami^. »
fut pas donné suite à ce projet, et le Comité — se perpétuant jusqu'à nos jours — né sortit .que récemment de ses hésitations en commandant à— M. Chapu la chromolythographîe en bas-relief qui s'inaugura à Rouen -l'été passé, sous une pluie salutaire.
Depuis, l'œuvre de Clésinger, énergique et de hautidçal, — ce portrait d'un Flaubert compagnon de Rollon et dévastateur des vieillesrhétoriques, — est restée en les mains de personnes qui Font conservée comme souvenir. Telle l'origine de ce buste que le Mercure de France est spécialement et uniquement autorisé à reproduire,.
• MAI 1891 . a ^i
MA L VEILLA NCE to
". ". Quelques brèves lighes en tête de ce recueil, il y a dix-sept mois, exposaient que, d'aventure, et entre autres matières; qui pourraient aussi bien être insérées^ ailleurs, il s'y publierait des articles assez hétérodoxes pour n être point, accueillis par les feuilles qui comptent avec la clientèle. A défaut d un but plus noble, c'était comme un programme : on nous en reproche aujourd'hui l'exécution.
Jamais plus nous n'avons reparlé de nous depuis lors. Nous sommes si peu gens à manifestes que la
-. discrétion des «Mercuriens» — une naïveté sans doute en ce temps de puffisme .— est passée en force de chose jugée dans de hauts milieux littéraires. Maïs la... violence à notre égard dfune émmente personnalité de la presse nous oblige, pour un court moment, à changer d'attitude. Au reste, nous ne sommes point de mœurs «engueulantes» — une sottise peut-être -^ ; nous nous distinguons en cela de tant .d'au très, et c'est encore une justice qu'on nous rend. \
Je prie qu on remarque que je ne viens pas défendre et justifier— il n'a pas à l'être -p M/Remy de Gourmont, un lettré rare, esprit spéculatif un peu métaphysique, dont l'ordinaire souci est à
~ mille lieues du sujet qu'il traita le mois dernier. Il a même fallu que la comédie patriotique se manifestât par de bien véhémentes clameurs pour être perçue du nuage a u'il habite, et où il était déjà remonté quand M. Nestor le vouait, dans LEcho de Paris du 26 mars, à un genre de supplice tel qu'il «envierait alors lesdamnés du Dante/» La pénitence est douce. Je désirerais seulement remettre les choses au- point. i
D'abord, le fond mêm e du débat : il ne s'agit
(*). Ces quelques pages étaient composées quand M, Nestor publia, dans L'Echo de Paris, son article : Les Jeunes et les vteux. ■
=6- MERCVftE BE FRANCE
nullement de Vidée de patrie. Encore que cette idée-là soit assez peu « excitante »,. d'un intérêt relatif et infiniment au-dessous — M. Nestor lé concède — die ridée d'humanité, très permise à ITieure actuelle, elle n'est pas en question, entant du moins qu'abstraction dégagée des soi-disant nécessaires préjugés contemporains. M. Camille . de Sainte-Croix Ta bien compris (La Bataille du 29 mars). Après avoir précisé l'économie, de Parti cl e de M. de Gourmont, il conclut '-.
'« Il n'y a là motif à aucune ligue pour on contre #: Vidée de patrie. Ces" raisons -vont plus Mut. "«& D'autant qu'avec lui encore nous répétons : — t « Tous les Français gardent une solidarité nationale. <c Faites la guerre et nous partirons. Mais si vous « ne la faites pas, fichez -nous la .paix. * 1
Et M. George Hère dans le Constitutionnel^ . le sage Constitutionnel — ajoute :
<k Ce dilemme n'a riep de subversif ; il est sim- « plement imbus du bon sens français, cette vertu « dont on parle toujours et qu'on rïeprouve « jamais... La vision de M* de Gourmont est plus; <z sensée certainement, et plus noble je croîs,- que << celle de M. Déroulède.a{i)
Ce même journal a très axaçtement défini le .mobile, d'ailleurs patent, du signataire de l'article tant incriminé : l'attitude indécente des revancbards quand même. De plus, et il n'est pas le seul, M. de Gourmont n'estime pas du tout la fameuse revanche indispensable au bonheur de l'humanité. Mais fût-on partisan d'une nouvelle guerre, admît-on avec La Bataille, ce qui est soutenable à un certain point de vue, que « le besoin de revanche n'est même pas discutable », dfe quel oeil contempler les pitreries.de ces étranges énergumènes toujours prêts à partir, jamais partis, et qui compromettent une fois par mois la sécurité publique ? On finît par en rire : ils rappellent învincïblment ces cocasses personnages de Fopérette
(i) Voir également La Chronique dn 11 avril (Bnixenesi.
- d'Offenbach, qui, un quart d'heure durant, sans bouger d'une semelle, chantent avec énergie : <r Détalons et fuyons ! Détalons et fuyons !... » Ah !
; combien se trompe La Cocarde en disant que M. de Gourmont a « tourné en ridicule ceux dont « la pensée : est constamment orientée vers l'Ai- « sace-Lorraîne ! » Il n'a que noté un fait. Ce n'est pas sa faute, pourtant, si ceux-là grimpent sur les tréteaux, hurlent et gesticulent, au lieu de se préparer dans le recueillement à l'œuvre souhaitée. La perspective d'une conflagration de deux millions d'hoihmes, de -l'arrêt ou de la rupture de tous les minages sociaux, est certes très folâtre et justifie surabondamment le « caractère français », le « vieux sang gaulois », les vrais patriotes enfin de leurs. ... exubérances — innocentes facéties pour égayer la longue veillée d'armes. Et la farce tapage si fort, atteint de telles hauteurs dans le grotesque et s'offre d'une si franche drôlerie, qu'ils sont. en effet bieri étonnants les esprits assez cha-
! grïns pour nejs'en point divertir. Conçoit-on ces gens moroses saisis d'une nausée rien qu'à ouïr les lointains; éclats de la parade, et qui ne regardent pas à se faufiler par les petites rues, quittes à beaucoup ailongëi; leur route, afin d'esquiver la place où paraissent, bobè.chent et fantochent les délicieux revanchards h.. Une belle musique est vite insupportable une fois en bobine dans les orgues de barbarie, de fervents admirateurs de la Marseillaise — goût point blâmable en soi — ne peu-
; vent plus l'entendre depuis qu'on en a tant mésusé : trop d'Amiati ont braillé et braillent encore la Revanche pour que nous soyons les seuls, nous qu'on dénomme d'une lèvre méprisante les ^ raffinés », à penser ainsi. L'ensemble des écrits provoqués par l'article, de Rétny de Gourmont le témoigne de reste. On n'est pas patriote de ce patriotisme-là ; quotidiennement grossit le nombre de ce;ux qui se débarrassent de ce % virus ». nou-
- veau, « nouveau, oui, sous la forme épaisse qu'il assume depuis vingt ans »,
Or, où l'idée de patrie en tout cela?— Comme M. Nestor, mais avec courtoisie au moins, L'Eclair, M. Edmond Lepelletier dans Parts, M Antome Salvetti dans Le Pays, M. Vielé-Griffin dans les Entretiens Politiques et Littéraires, déploraient donc à tort, implicitement ou apertement,queM.de Gourmont s'en prît à l'idée de patrie : ce n'est que presque exact." Mais encore, M. Octave Mirbeau n imprimait-il pas naguère dans L'Echo de Paris a propos de l'incident Renan-Gon court, que les paroles attribuées à M. Renan décelaient— je re- produis de mémoire — « une hauteur de vues fort « louable chez quiconque ne vit point dans l'at- «mosphère intellectuelle dé M. Déroulède »? Et M. Camille de Sainte-Croix, en sonarticle précité de La Bataille, met le sentiment public de la partie :« Le récent débat soulevé par M Renan « contestant à E. dé Goncourt l'authenticité de « certaine relation d'un dîner littéraire où l'auteur « de la Vie de Jésus se serait élevé contre l'idée « de patrie, a prouvé que l'étonnement public « était non pas que M. de Goncourt eût arbitrai- « rement rapporté ces choses, niais que M. Renan ; « s indignât de les voir rapportées. » Parlerai-ie enfin de la Critica sociale, de Milan, . qui s'empoigne avec 1 idée de patrie etl'appelle* la carcasse d un idéal putréfié » (i). ■ . ■
Que de. bûchers ! Que de'potences !
Mais M. Nestor lui-même risquerait fort d'être pendu, car le début de son article émane le partum de cette hérésie qui nous vaut la hart; Il y semble déclarer : « Au fond, je suis parfaitement « de votre avis ; mais on ne profère pas ces cno- « ses, sinon entre dilettantes — mes amis et îbôi « pour tout dire — et surtout on ne les publie «pas, parce qu'elles sont un danger public. » Opinion judicieuse à coup sûr, qui toutefois s'applique mal a notre espèce et à quoi il serait peut-être intéres sant de répondre par un chapitre intitulé :
W Voir aussi V Egalité du 7 avril (A. Hamon). .
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Du droit au dilettantisme en Fan 1891 et de scè dangers au point de vue social. Je passerais sur la réjouissante prétention de M. Nestor à l'accaparement du dilettantisme
- Ntd n aura de l'esprit hors nous et nos amis
si. je ne tenais à dire, un mot sur ,i cette qualification de Jeunes qu'à tout propos on nous lance avec dédain. Oui, des adolescents qui joueraient le dilettantisme seraient des poseurs des illusionnés ridicules ou d'imbéciles jobards ; mais enfin, si nous n'avons ni l'âge, ni l'expérience ni sans doute — bien qu'il ignore Laforgue, que nous j aV £? S x? ar cœpr ~" universalité de connaissances de M. Nestor, nos seize ans sont loin : nous avons suffisamment pratiqué nos semblables, beaucoup vu, retenu un peu, jeté sur le monde assez de coups, d œil pour nous en former une idée— point fiere a parler net. Et peut-être que de la douzaine que nous sommes l'un a pu tout de même aboutir au dilettantisme, à celui qui est dans le domaine public, puisque aussi bien M. Nestor en possède un breveté S. G. D. G. •
Quant au danger « d'exprimer, des idées - qui «sont cependant justes, qui devraient assurer le
« bonheur intellectuel de sages délicats en un
m m ? t -' °? Piquer l'aristocratie des opinions », il est indéniable si la feuille qui les répand est un organe populaire. Mais imagine-t-on Le Joujou Fatrtottsme offert au Petit Journal ?... Ah Inous l'avouons sans mélancolie, nous ne tironspas «encore» a xm million d'exemplaires, et leMercure de France n est patres apprécié dans les ateliers de fleuristes : il manque de feuilleton.
Voici donc détruite toute l'argumentation de M» .Nestor, décidément parti contre des moulins a vent. Et ce lui est une malveine d'avoir bataille, en cette fallacieuse occurrence, avec des armes qu'il ne sort guère, forgées pour des aventures plus glorieuses; je veux dire ces épithètes terribles dont il a semé son article, et qui, de la
part d'un esprit si sage et d'habitudes si benoites, seraient presque des injures. — Injures méritées en somme ! Qu'est-ce que ces gens nés d'hier, groupés dans une publication durable, dont on s'occupe quoiqu'ils se tiennent à l'écart,, ne paraissent point dans les rédactions et ne sollicitent, jamais rien dé personne ?.Car pourquoi le taire.: ces « raffinés, avides de bruit et de scandale à, onequës ne prient qui que ce t soit de seulement, signaler leur recueil. Mercure de France ignore
. les « prière d'insérer », les petites notes aux journaux, les multiples machinations par lesquelles on s'insinue et où obtient de la réclame 5 il néglige même de profiter des très nombreuses relations qu'il a dans, la presse,, et au lieu de s'indigner lorsque quelque journaliste, qui a demandé à le recevoir contre promesse d'entrefilets, omet dé se rappeler la condition du contrat, il s'amuse philosophiquement de ces aimables mœurs (1) — et:
continue le service* Voulez-vous des noms, messieurs des quotidiens ? Gageons que vous ne m'autoriseriez point à t publier vos lettres. Il est à peine* besoin d'ajouter que nous sommes -profondément reconnaissants à ceux qui nous aident.
Non, la vérité, contre quoi s'insurger serait par
. trop naïf, est telle : efforcez-vous à un livre qui soit une œuvre, nul ne se soucie de le constater 5 commettez un écrit qui ait seulement l'apparence d'une sottise, et dont on suppose la divulgation de nature à vous nuira, nul n'y faillira* C'est dans la presse comme un devoir. Voici, par exemple, M. de Gourmont précisément, << l'homme sans nom », qui publie Sixtïne, une des plus belles œuvres parues Tan dernier et qui relève assurément de la haute critique ; M. Nestor se garderait bien d*en écrire un seul mot. Mais ce même
(1) Pour plus de détails sur cette intéressante question, lire -l'article de M. Jean Jullien : Document pour Têaificatijm des abonnés, acheteurs, lecteurs éTÀnx bt Critique, et >\<lt ceux qui reçoivent gratuitement cette revue (Art et Critique, . n» 84). * , •