FRANCE
de guerre, Il vint des patrices vêtus d-ôf avec les Xé~ gions prétoriennes et des cavaleries d estradiots et d'argyraspidèk- Il vint des phalanges de lansquenets et de reitre^des cohortes étranges sous le haubergeon et le patf dis, parmi desor ifiamnieset des icônes byzantines. Il vint des trouves de paysans, conduits par leurs prêtres, armé > des corsesquës et des framées qu'il forgèrent des socs de leurs charrues; de pauvres gens parlant des langues ignorées, qui combattent avec des épieux comme pour abattre les loups et ne se font reconnaître qu'à la croix rouge cousue sur leur tunique. Chaque jour il en arrive encore et. par milliers, des plus lointains pays. Et chaque jour de même les attaques se rapprochent. Hier ilsont pris et rasé.lès faubourgs. Demain ils prendront la Vil e et la Citadelle. Malgré la poix et Thuile bouil .ante et les catapultes des remparts la ruée furieuse des assaillants bat les portes, qu elle défonce à coups de bélier. Les pierres de ses balistes instltent les murs et font ibrèche dans les donjons. Les Barbares^ qui essayèrent tant de sorties pour brûler les tours roulantes et détruire les machines du siège, comprennent maintenant qu'ils n'échapperont plus. Et voici qu à l'aube du carnage, ils se rappellent les grands chevaliers de fer apparus jadis devant leurs fossés, si beaux dans la lumière frémissante ai°rettant, — le vermeil de leurs écus et Tacier/de leur morions ! — Ils se rappellent les vârlets, -blasonnés de gueules, l'escorte des Barons et des Leudes dont les blancs plumails ondoyaient sur les cimiers des casques; puis les hérauts, sur des palefrois caparaçonnés d'or, qui sonnèrent l'olifant et s* approchèrent en pompeuse ambassade, sous les bannières de trêve] poux réclamer le patrimoine de leurs suzerains. Et cependant que dés hautes terrasses des palais et des 'temples, ils regardent, les Barbares, si tristement, là-bas, le camp des Croisés — Timmensité. de la ville ennemie enserrant leur ville réduite, la foule implacable
DECEMBRE 1S91 3 y
et vengeresse de Tannée assiégeante qui déjà s'agite d£n# la plaine et reprend les armes,. — ils se surprennent à répéter les paroles prophétiques d'alors, les paroles des grands chevaliers de fer, etle-défi deleurbravoureet de leur jeunesse,— qui entraîna la multitude à regorgement des derniers mercenaires, et tout à l'heure encore planera sur la citée dévastée, dans l'ironique splendeur de leur dernier soleil ;
--Nous sommes les Dieux en exil, et les Rois sans royaumes; nous sommes les Despotes errants et les Pèlerins de la Foi; nous sommes les Princes du Saint-Empire que vous avez dépossédés î — Nous sommes ceux que vous croyez toujours des enfants., le cœur faible comme leurs pères, et qui se
dressent et veulent vous chasser, de leur terri- " toire ! : '.-■'" ,.'.-.
Gardez-vous, bien, les mauvais Béotarques et. les pillards de Deiphes^ car nous avons de bonnes épées et des compagnons fidèles! Avec nous marche tout le peuple des croyants. Il approche derrière le Labarum du Christ, sous la bénédiction des cardinaux et des archimandrites. Et quand il aura prie les saints et Madame la Vierge et que rappel* des clairons aura sonné, sept fois dans le matin violet, il surgira la guisârme. au poing, en* des hourrahs de victoire, sur les remparts, écroulés de vos bastilles maudites !
Et vos corps décapités et sanglants, vos corps hideux de Barbares, vos corps tatoués damages lubriques, il les fera piétiner par nos chevaux, il les tramera, déchiquetés par nos chiens sur les dalles et les mosaïques de la Ville sainte, sur le pavé reconquis de la Voie Triomphale, — tandis que nos cortèges de pourpre monteront l'Acropole!... ; y
Chakles Mekki,