LE COLLOQUE SILENCIEUX
A Adolphe Rettf.
Mon Ame est une fleur singulière et sauvage que l'ami ni la femme ne purent convertir au climat général - sa vertu d'ïndomptabilité tant est souveraine, que les tentateurs de la convaincre s'en reviennentvrayés comme verre. Les brèves fois qu'un gre de i trêve la ■ SS de sa roche farouche, l'Incurable se xecrooueville et se fane au commerce explosible- des Hommes, instinctivement ses pétales de sensitive serrent l'argenterie de ses pistils, -et je passe pour
dérisoire ou fol.
La Phrase Humaine m épouvante.
Le ereste me semblant la carcasse suffisante de la
uensée, faimerais vivre parmi ceux qui parlent seu-
îement'du geste, et mon 'désir serait aussi de les en-
tendre, les yeux clos.
Combien divin deux Sages prochement assis qui, lèvres agrafées, laisseraient leurs Ames échanger des idées exotiques : perles vendangées dans les vagues ku profond mystère, oiseaux rares cueillis .sur les des
hautaines du rêve! .ju„'-: nB
Car sa Parole trahit l'homme ; oblique .d. origine, -
dont l'hypocrisie frugale est lettre copieuse pour mes relards^infinissables de .Voyant. Le' verbe m ^arnye comme un solide serpent, bleu, jaune^ vert rouge, noir, selon la caverne qui le prononce, ei : ce reptile l'entends T iè le sens, je le vois, j'en perçois la saveur, et le volume; à telles enseignes qu'une fréquente envie d'irritée révolte m'envahit,nonobstant le pratique "" savoir-vivre: alors il me faut crucifier mon ire puérile sur ma clémence légendaire pour ne pas, sautant au col de la Parole, stranguler le serpent révélateur. ■
Néanmoins je souffre la Parole des autres lorsque,, négligé dans mon coin curieux, elle rampe vers le > voi,.. sin il massé, la foule ; en ce cas je la presque^ tolère S lui prêté à lalbngue une couleur de dimanche, une
peau de plaisance, un. son d'aubaine, un goût puis un parfum prisables de fruit défendu.;
Cette extrême sensibilité fit de mon x v \me une orpheline qui lpftgtemps pleurera ses IlliS : ons assas- , sinées. dans la forêt des Expériences, uiïv orpheline dont la patrie chère est la Solitude : domaine vaste, ainsi que la Charité, commençant où ne sont pas les Hommes, cessant où je ne suis plus seul, et qui se manifeste sur la montagne, sur la mer, dans la plaine', hanté par les Choses miraculeuses dont j'aime la seule éloquence, les Choses qui se taisent pour mieux exprimer. '
Aussi, fuyant Tesil de Tout-le-mbnde, volontiers. je retourne en la. patrie d'élection ': quotidienne promenade.. . ■
D'habitude Terrant est solitaire, mais ce soir je. me sentis moins léger, comme d'une présence invisible à . mon bras appuyée. * "
J'avais une Compagne présumable et je reconnus dans une certaine mesure, malgré; ses facettes nombreuses, telle Revenante de mon propre Mémorial, indiquant ensemble la Complice de ma Jeunesse ârlequine et. les diverses bateleuses de ma nudité^ — c'est- . à-dire cette synthèse : la Ijemme. ' .
Seul £i deux, parmi la Nature de laquelle essorait une vie réparable,' nourricière^ consolatrice, notre pensée s'arrêta mêmement sur ces. tombes vivantes, les Choses.....
Or je parus dire à ma Compagne prismatique : .
Songe à l'Exil ' . '■ qui dort
son vierge sort en ces. tombes d'avril.
Ce halo qui transfume de chacune' ' et nous parfume ■ ■ est son desir .
de ne gésir plus . jamais plus '.
sous la borne importune. ■
O rêve — cause ' de notre heure brève ^— . ' ' rêve * de la Chose !
Phénomènes ou fruits sont adamantines sueurs de ses nuits sans lueurs.
Kous vivons de cet effort d'un Mort, vers la Vie qu'il envie ; les Hommes nous sommes les chacals fervents des cadavres vivants dont sourd T essentielle expression lointaine : épis ou bien fontaine.
Mais .
si jamais le vœu prisonnier parvenait au seuil printanier, si jamais la forme avare émancipait son lazare,la sève sans Técorce ou Télixir hors la bouteille ■ nous crèverait de sa force comme un clairon la proche oreille.
' „ Alors, de par sa vie, nous serions en la mort .
comme/ 4 e par sa mort, nous fûmes en la vie.
Car risis captive
est une Idée
bridée
qui néantirait notre chétive
inanité . par l'essence de sa nudité pensive ou sous les fiers sabots de sa primitive
beauté.
De même,
O Vierge de Candeur,
O Vierge que Von aime»
nous vivons pour les ors de^ ta pudeur -
enfouis dans le missel de ta fraîche ame
et vivons par ces ors dont le rayon fragile
est une oriflamme
précieuse ainsi . qu'une odeur
d'évangile.
^Nous chérissons la Vierge en friche . aux regards ailés '■-*'' \àe mélopée, -
; au désir riche \ comme un jeune champ de premiers blés, au verbe semblable a Tépée . . * -d\tne juste épopée. '
Oui, Ton aime l'espoir ■'..,' - émané de la vierge enfantine :
larve dé femme, vif -cadavre à la peau d'aubépine ;
et cet espoir '
nous montre heureux dans son miroir.
Cette vigile de la Femme est la vie de notre âme, .
nous chantons les joies de Son silence
et Sa naïve Somnolence met sur nos lèvres la rieuse opulence* .
. - Car ce; n'est pas encore- vérité
la femme qui sommeille, mais le miel sans le dard irrité - .de l'abeille.
. ' . im < L'aube hélas passe,
, ■ ; . vient le vêpre .hargneux où le joujou
nous casse ;
aussi la richesse de. nos lèvres .passe et son bijou s'exile sur le fleuve hagard - V de notre regard.
Vagissant, telle un corbeau.; de son joli mystère en marbre de colombe,
l'exquise créature -, apporta la torture, la Femme étant sur Thorizon; l'inéluctable 'et seule trahison ; vers la tombe .
on entreprend dès lors la grisé marche du lambeau; •
Au détour dMn olivier ma Compagne s'enfuît^ me jetant dans l'oreille Taigre brasier d'un rire inextinguible. / s . '
{Domaine dé Pîcrrefeu, avril)
... Saiot-Pol-Roux. :
CONTES D'AU-DELA