L'IVROGNE
A Robert Bernitr*
C'en est un comme iî s'en rencontre par les villes ; Son unique richesse est toutTor du vïn pur Et des alcools; il s'en revient au long des murs, Par la ruelle étroite, à cette heure tranquille Où la rougeur des gaz étoile au loin les murs.
ïl a Tentière quiétude des gens ivres, Marchant dans le soleil qu'allume un flot de rhum Où nul de ses tracas d'hier ne peut le suivre, Ht vois! sa chair toute à l'allégresse de vivre C'est de la moindre molécule un Te Dcitm!
Il est l'égal de qui l'exploite et le pressure,
La longue meute qui glapit aux alentours
Du pauvre, ah! oui la meute effrénée, aux cris sourds,
Des repus de suée et des gavés d'usure,
La longue meute qui glapît s'est tue, un jour.
Vois ! son nu se décrasse et vibre d'allégresse, Son échine assouplie et veuie se redresse* Oubliant la gadoue et le plomb des fardeaux Et l'Usine aux rumeurs dures, quand il s*y presse Tous les poils de sueur lui collant à la peau,
Il oublie, à présent, le terme et sa femelle Criarde et maigre avec, dans ses bras convulsés, Un enfant aux maigreurs de cire, et comme c'est Triste ce frêle enfant, qui suce une mamelle Stérile comme un sol où la Guerre. a passé!
Il oublie, à présent, son envie idéale ,
De Jason pauvre à conquérir une Toison,
Son fusil d'émeutier se rouille k la maison*
Le Vin, comme un grand Soir qui monte à l'horizon,.
Apaise jusqu'à ses rancunes sociales.
Et ses yeux ont aussi perdu ces éclairs longs tiu y met la Haine, .alors que traînent ses talons, Les dimanches, par les villas aux grilles closes .^uand, sur les hauts perrons ensoleillés de roses' La vitre livre un peu du luxe des salons.
C'est pour Vautres que sèche au soleil du beau We, ht gu aux près d'or s'engraisse un lourd bétail épar? Mais il n'y songe plus, riche du milliard C2uiX est du Vin, et son pas danse dans le Tard Vomme sollicité par un air de syringe !
Quel or à désirer qui ne soît pas du Vin 1
Opel- or plus clair que celui qui flambe en' sa conre î?
Loin - la navrure d'être père ! et loin ! la taiml
Unn I la suée épouvantable au feu des forges 1
Un autre cœur plus jeune a bondi dans son sein.
Les gaz font comme autant d'étoiles immobiles,
ht la ruelle qui serpente, l'Homme y va;
Kiche du milliard des alcools et fragile,
Avec, aux lèvres, ces refrains des foules viles,
Quon chante à pleins poumons quand l'ivresse vous a.
Son cœur! toute une joie énorme s'y concentre
A longer les volets des débits faubouriens,
Uu, derrière, sur les étagères, se tient
h arc-en-ciel des flacons ayant encore* au ventre
Du cœur pour qui n*a plus que la place du sien. ■
Ainsi, l'Homme titube et vire vers son bouge, rar la ruelle étroite et noire, où, frémissant, he ravit 1 hosannâh d f un vin de gloire, sans . J£u il voie, en le -ruisseau, l'éclair d'un fanal rouge Prophétiser qu'un soir y coulera du sang.
Ernest Ràynaud.
CONTES D'AU-DELA