THÉÂTRES
j T »H^ E , ^ ART * *- ^présentation au bénéfice, de Paul Verlaine et de Paul Gauguin. — Je ne rendrai pas compte sans quelque tristesse de la dernière représentation du Théâtre d'Art : elle était annoncée depuis longtemps, soutenue par la presse, promise comme le manifeste du 'symbolisme ; Hugo, Larmàti né, Baudelaire, Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé, Catulle Menées» Paul Verlaine,. Maurice Maeterlinck, prêtaient à Charles Morice, proclamé grand-prëtre de l'école nouvelle* 1 éclat de leur gloire consacrée ou de leur, incontestable talent. Malgré l'admiration préalable des journaux et la sympathie non équivoque de M. Henry Bauer. Chérubin a été fort mal accueilli par la foule qui né sait pas toujours reconnaître les siens, et par les artistes qui durent momentanément cesser de regarder Charles Monce comme l'un des leurs. Voilà, sommairement, la morale de l'aventure. Voyons, le détail. .
Je ne dirai rien dii Corbeau^ admirablement traduit par Stéphane Mallarmé, ni des poèmes d'Hugo, de Lamartine et de Baudelaire, sauf qu'ils furent écoutés avec recueillement : le programme était assez chargé pour ne faire mention que des œuvres dialoguées. On n'attend point sans doute, que je parle au long de Les Uns et les Autres, une fête, galante de tristesse élégante et discrète ou par instants un vers d'intense émotion fait! songer au Verlaine de Sagesse ■ Mlles Moreno et Lucie Gérard y turent exquises, lMne de perversité lointaine, l'autre de jeune coquetterie ; M. Paul Franck manqua un peu de souplesse • quand à M. Krauss, que j'avais vu si svelte dans , Le Beau Léandre, pourquoi ici ressemblait-il à Louis XVI ? . ■'"•''■'.
Mais c'est maintenant que le Messie dont Pascal, Racine et quelques aubes furent les modestes précurseurs, va révéler aux gentils l'Evangile du drame : la toile ' se
levé, et Chérubin commence. Je regrette vivement que le succès en ait été si manifestement nul : il me devient plus difficile de dire tout 3e mal que j'en pense — et cependant il faut le dire, ne serait-ce que pour nier la solidarité des poètes nouveaux, non point avec un homme de talent méconnu, mais avec un médiocre dramaturge Je ne comprends pas la méprise du public et de la critique, évidemment trompés par le inot de symbolisme' ils ne se sont point aperçus que Pâme des plus purs génies français : Scribe, d'Ennery, Ouvert et Lauzanne vivifiait ce mélodrame mêlé de vaudeville; on les avait pourtant bien avertis que « ce n'était pas de la littérature » Cet aveu ingénu, mais habile, aurait dû capter toute leur bienveillance, d'autant plus qu'il exprimait une vente hors de discussion. Ce n'est pas de la littérature, c est du rapetassage ; réchappe porte pour enseigne • « Au rendez-vous des banalités. On ne travaille que dans le vieux». Pour mettre en lumière deux axiomes empruntés à la sagesse des. nations : à père avare^ fils prodtgue a pcre prodigue, fils avare, était-il bien nécessaire d appeler des fantoches mort-nés Harpagon, don Juan et Chérubin ? Avec la forme théâtrale, la plus déshonorée de toutes, mais la plus belle pour qui lui rendrait sa splendeur originelle, art de synthèse, s'il ' en fut, où un mot et un geste sont le signe de sentiments et dpensées innombrables, ne trouver rien de plus que cette aventure quelconque du petit-fils plus avare que son grandpere et capable de le tuer, comme il arrive tous les jours, cela dénote un manque absolu d'imagination. C'est trop satisfaire à la mémoire de Berquîn, Pami ■ des enfants, que punir le* méchant petit ingrat, assassiné au troisième acte par un ivrogne, pour que le sympathique prodigue don Juan (mauvaise tête, mais bon cœur») profite seul de l'argent accumulé. J'ai cru, un moment qu un drame un peu plus nouveau allait se dégager: Chérubin, capitaliste moderne, comprend que l'or ne doit pas dormir; il connaît la puissance de la banque, de l'escompte, du crédit, du papier monnaie ; toute la richesse lui appartient : d'un trait de plume il ruinera les deux mondes, parce que sans le savoir tous les hommes sont devenus ses débiteurs ; — et c'était alors reiidu sensible sur la scène le despotisme élégant et sauvage de la finance contemporaine, dénouement peut-être immoral, mais plus significatif, et par. suite. plus conforme à 1 esthétique du théâtre, tan dis que Chérubin est un peu ri- . dicule quand il se laisse saigner comme un imprudent pou-
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let. Peut-être aussi y à-t-il quelque sévérité à îuffer de la sorte I œuvre de Charles Morice; il faut là replacer .dans son véritable cadre : elle était faite primitiveménUe croîs, pour être jouée dans un collège de Jésuites.Celaexplique sans peine cet ingénieux choix de personnages classiques et les allusions transparentes à Gobseck, a Grandet, à Simon dAthenes, à Othello; an Capitaine Fracasse qui mit a la disposition de don Juan ses métaphores truculentesjet même à l'excellent Zanoni de Sir Edward . Bulwer Lytton, par une délicate flatterie pour la piété filiale de 1 ambassadeur d'Angleterre. Comme il serait malséant de parler au jeunes élèves une langue qui ne .tut point conforme à la rhétorique dn discours fiançais, les tropes les plus, anciens et parfois les plus impropres se présentent hardiment ; je relève au hasard • « tu croyais déjà me tenir dans tes nœuds, vipère », le «lingot d or à la place de. cœur », Ia.« maison de mes
^f* £v- Vm de * derrière les %ots » ;'. et dans les paroles d Yvonne, tout I'hoiinête bnc-à-brac des. fleurs et . des étoiles qui servit jadis â Madame Loïsa Pinret. Ce drame d écolier,, qui des maîtres connaît seulement quelques morceaux choisis* a été fort bien joué par M Ue Camée : en son justaucorps.de velours noir, elle fut un ioli
monstre souple et félin, d'attitudes . meilleures dent fois . que la déclamation. Mais aussi/comment dire juste cette prose amorphe et incolore ? Charles Morice nous doit., apresavoirfarfpémtencépourcepéchéde jeunesse, le cnei-d œuvre qu'il ne saurait manquer d'écrire quelque
Après Chèrttbin, Le SoUil de Minuit, c'est-à-dire le contraste le plus violent, l'antithèse brutale. D'une voix
S5 v T iï™Z at I î 1<>n ? t . one ' avec des gestes Jents, la Récitante, M Camée, fait apparaître .l'étrange paysage polaire, autrement mystérieux, et funèbre dans les Vers du poète que dans, le décor, trop réel. Puis voici venir fe jeune tueur, de. loups, et la femme sans pitié, affolée par la passion farouche, et lé vieillard mort et vivant • les grands alexandrins emplissent la salle,, font déborder la; marée sanglante, heurtent, comme des haches de pierre, leurs syllabes sonores .; ils disent le rut de tauyes et le meurtre .forcené et soufflent Ja terreur aux oreilles de la foule ; et l'importance que prend le mot
^• S «**VL ers es V eHe > T^près plusieurs années de ; ineatre .Libre quelques-uns protestent par' pudeur, de crainte que leur sottise ne devienne pas manifeste, s'ils : se taisaient. II ■convient de louer, pour Jenr énergie, M me
Marie Defresnes et M. Raymond, l'un des rares, qui sachent dire le vers et lui garder sa beauté propre sans , nuire en rien à l'action.
Phyllis, comme Le Soleil de Minuit , a montré la souveraine puissance du rhythme. Cette églogue, vieille d'un demi-siècle, (juillet 1842), écrit e*d 'après un hémis-: tiche de Virgile : Phyllida amo ante alias, où nulle péripétie n'occupe l'attention et ne complaît à la futile curiosité, a charmé comme un rêve de noblesse et de joie antique. Peut-être aurâis-je préféré que Ton choisît un poème plus important de Théodore de Banville, L'Ame de Cèlio par exemple, cette merveille. Mais, même ainsi J il était bon de rendre hommage à la mémoire d'un maître qui nous fut cher.
La jeune littérature aurait fait triste mine, à côté de nos aines, si U Intruse ne nous avait pas consolés de Chérubin, Ce fut la véritable révélation de la journée même pour nous, qui, dès longtemps, avant même le courageux article d'Octave Mirbeau, admirions Maurice Maeterlinck. Qu'importe l'action même, aussi simple que celle du Promèthèe enchaîné-, qu'importent les figures apparentes du drame ? Entre toutes leurs paroles s'interpose un être d'angoisse et de terreur, celle qu'on n'a point invitée, l'impalpable, l'invisible ; elle est éparse dans tous les gestes, donne im timbre surnaturel aux voix et, simplement parce qu'elle est là, les mots ordinaires de la vie prennent un sens différent d'eux-mêmes^ et leurs syllabes transfigurées portent toutes des marques d'effroi. C'est un spectacle d'entière probité, où l'œuvre ne doit rien qu'à soi-même. V aïeul, le père, les jeunes filles, ce sont des êtres de toujours et qui ne sont sacrés ni par la légende ni par l'art ; toutes les fois que quelqu'un prononce îe nom d'Hélène ou d'Hamlet, de Tartuffe ou d'Hernani, il profite de toute la poésie latente enclose dans ces noms magiques depuis des siècles pu des années. Rien de tel dans L Intruse : Maurice Maeterlinck est avant tout un poète, c'est-à-dire un créateur, celui qui découvre dans le monde des analogies nouvelles et en qui j'aime à saluer une âme de noblesse native et de mélancolie tragique. U Intruse a- été mise en scène avec beaucoup d'intelligence, en un décor de brume grise qui appelait immédiatement un nom : Eugène Carrière. Les interprètes se sont montrés dignes de l'œuvre : Mlle Camée était vraiment redevénue elle-même, la plus subtile trouveuse d'intonations et de lignes qu'il y ait, et M. Lugné Poë, Taïeul aveugle, apparaissait bien
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comme le seuryoyant, en ses poignantes alternatives de ««^nation et d'angoisse irritée. Il serait injuste d'oublier
r if >*♦ f U Suz «? niie Ga y et Deuise Ahmers. j.a- " ? ? 2I mai l8 9 1 ' Ia «présentation du Théâtre dArt ; nai-je point eu tort au début d'avouer quelque déception ? Nous- nous serions plaints peut-être si nous eussions été obligés d'applaudir toute uL aprèlmidTet c'est par un raffinement de courtoisie qu'un? assez mauvaise p ie ce nous, fut en outre donnée pour ne SSnt enlever aux méchantes gens le plaisir divin de. la critique.
PIERRE OPILLARD^
M ïi H1 4ï RE DE L ' AV ENIR DRAMATIQUE. Un
Amatole Bahier et Jean Dubois. — Notre dernier fascicule parut comme se donnait là première d'Un Mâle et
Je n ai pas, d ailleurs, à raconter l'anecdote de la pièce : .tout le monde a lu le beau livre de M. Camille limon! mer ; j insisterai seulement , sur ce que les auteurs ont absolument réussi dans la tâche périlféuse 1 et si sou- ■ vent ratée - de transporter un roman à la scène, et que
SÏÏL1T " qUe *"** ^ IUS l °' lh qUe ,aIettre » leur œS dégage l ^pression, intégrale du livre, de même que
chTqn^u°nt^ nt > *f »"#>•? .Le'.pablic qu! S cftaque soir un succès a. ce drame, en pénètre-t-il bien le sens ?. Peu , m porte, et, en vérité, l'art suprême — au
auonf^ S ^ PeUt - être ***** au P«Wic P des pièces à quoiil put s intéresser sans comprendre leur haute sijrni-
fî^tion. Mais cette signification 'pour ainsi dire oSe " est uniquement ce qui nous intéresse, nous et SS
comment au lendemain de la répétition ' Jénénfe M. Camille Ternon™»- i„;^a ^.Jl .. . S 6 ".? 1 ? 1 ?»
nir
«r Zttl ■*"*'■.. ,£*» Ia « ran de nature indisciplinée l tT? 8 *'/™ kllierscomme des âmes vierges! aux « S tî 01141 , 1 - 0118 ^^enteuses, aux nocturnfs faunes « rodant dans le mystère. D'autre part, la irJèbe soumise « asservie aux fabourset aux semailles, 'la tfrr >dv paysan'
5 cote de la fpret surgissant comme le symbole de. ses ^ .e.nerg,e S> l'être primitif, l'homme des ^es^prhnor! « diales, le chasseur vivant de ses proies, — Cachâmes - « du cote de fa terre, symbolisant les ruses parlesqS « se conjure ^'immense hostilité des Forces.Pêtre encore « rudimentaire, mais affûté, rendu subtil par le seVtimeTt
-c de la préservation, le glébain, maître d'un toit borné « par un lopin. — Voilà le fond, voilà le drame : voilà « du même coup, en ses grandes, démarcations, toute « l'histoire de la terre. Il s'en déduit : l'instinct de la «: libre propriété, de la possession immédiate aux prises « avec Tordre, la loi, la défense de . transgresser les fic- « tions légales. En Germaine tout à coup s'éveillera, à « l'apparition du Mâle, de la brute héroïque et amou- « reuse, sortie de ses taillis et venue se mêler aux pétu- ^ lances d'un jour dé ducasse, la f au nesse des ascendances
< de la forêt, la femelle chaude de soleil et mûre pourles « ruts copieux. Elle s'abandonnera aux baisers, connaîtra « les possessions enragées au fond des. fourrés, mais sans « abdiquer ses prudences de paysanne, de fille de riches « tenanciers, son sang de propriétaire Elle résume, cellë- « là, à travers un universel aspect de la féminité, cautère leuse à la fois et sincère, prise et reprise, l'instinct et
< le calcul des races mi-sorties de l'animalité, entrées. «: dans un état de civilisation minoritive. »
M. Camille Lemonnier excelle en la psychologie de ces êtres « mis-sortis de l'animalité > v et celle de Germaine est des plus intéressantes. On a dit. assez généralement, tout en reconnaissant qu'elle avait bien compris le rôle, que M me Marguerite Rolland n'incarnait point. la paysanne : mais Germaine n'est. déjà plus la fille des. champs, ses auteurs sont de «: riches tenanciers », elle est, par rapport aux autres paysannes, . une demoiselle: La blancheur de son teint ne me choque donc point, non plus que la quasi grâce de ses manières. Et combien il est exact que ce soit précisément celle-là, et non quelque brute, qui ait touché, affolé, aveuli le sauvage Cachaprès! M mo Marguerite Rolland, selon moi, incarnait donc, au contraire, absolument le personnage. C'est plutôt M. Chelles, physionomie d'ouvrier cossu et jovial, . qui s'éloignait du type hâve et farouche du terrible à la fois et candide braconnier ; M. Chelles s'est montré avec ses ordinaires qualités, mais aussi, ses défauts: emphase de geste et de voix. Je ne crois pas qu'il soit possible d'être supérieur à M me Herdiès dans la yieile Cougnole : c'est tellement « ça » qu'on se demande si réellement l'actrice n'a point l'âge, la voix et l'infirmité du personnage ; il m'a fallu voir de près M rae Herdiès et causer avec elle pour m'assurer que non. D'un tout petit rôle, qui eût pu être insignifiant, M mo Suzanne Gay -à su faire une création étrange : elle se tourne, se tord T se gratte, ronge ses ongles, saute, court, et donne bien Fimpres-
sion de sauvagerie et d'idiotie que comporte la. figure de Gadeîettc : cela dénote une souplesse que je n-eusse point espérée de la Lucie de Madame la Mort. Je mentionnerai MM. Régnier, excellent fermier Hulotte, Courcelles, paysan d'un naturel parfait, Roche, Miran, Lagrange, et M Ue Lecontel. 1
AtFRED VaLLETTE.
THEATRE LIBRE (sixième spectacle). — Nell-HOTU, draine en quatre actes et six tableaux^ de M. M. J.-H, Rosn y. — Ce n'est pas sans curiosité que nous attendions " les débuts, au théâtre, des auteurs de c Daniel Valgraîve >. Le théâtre réclame en effet une conception spéciale, concrète en même temps, que synthétique, toute autre, à ; notre avis, que celle dû livre. Ce dernier n'agit pas d*une façon immédiate sur nos sens, ou plus exactement sur notre sens visuel,. le seul intéressé dans la lecture. Il est , certain que l'arrangement des mots en phrases, au point, de vue purement typographique — bien que lui dénier toute influence esthétique soit téméraire — ne saurait figurer qu'à titre très, secondaire parmi les éléments du plaisir qu'elle nous procure. La cause réelle, efficiente, de notre satisfaction réside dans révocation de pensées, de sentiments, que. suscite en nous l'écrivain, d'une part; dans les' qualités d'harmonie et dé rythmé de son style, d'autre part. .
Or, rien de tout cela au théâtre. Nous sommes là en -présence de personnages vivants, dont nous entendons la: voix, dont nous voyons les gestes. La succession de . ces diverses impressions restreint, parce que rapide, la tendance analytique de notre esprit éveillée par les idées . que cette séquence elle-même provoque. Outre que nos centres visuels et auditifs, constamment sollicités par les événements se déroulant sur la scène, accaparent lé potentiel psychique disponible v — qui, lors de ieur inactivité pendant la lecture, s'emploie aux spéculations pures, . — Faction dramatique se passant dans un décor réel et non plus dans celui que: créent nos représentations, : notre, imagination s'en trouvé mieux aiguillée sur la route à suivre : nous pensons moins, nous vivons davantage. La satisfaction artistique exige donc du théâtre une donnée corrélative à ce. principe.
Eh résumé, il paraît indiscutable que l'apport sensoriel resteras son. minimum dans le livre, tandis qu'il atteindra son maximum au théâtre. De là résulte une différence essentielle entre ces deux productions,, dont l'analogie
apparente à conduit certains écrivains, MM, Rosny en particulier, jusqu'à chercher à les identifier.
Racontons la pièce en quelques mots.
- C'est l'histoire d'une jeune fille anglaise, de basse condition, qui, maigre ses révoltes contre une existence pitoyable a peine éclairée d'un peu de bonheur, se voit finalement condamnée à vivre sous l'angoissant fardeau d un opprobre immérité.
Entre un père, détective ivrogne, et une mère indifférente, Nelly, sans espoir d'un avenir meilleur, endure un supplice chaque jour renouvelé. Elle rencontre à un meeting un étranger: Juste,— alors que, navrée des scènes violentes dont elle est le quotidien témoin, parfois la victime, et prise d un élan de foi,, elfe s'enrôle dans l'Armée du Salut. Bientôt désabusée sur la. religion de la société dans laquelle elle s'est engagée, elle la quitte pour. suivre Juste. A ce moment— on ne sait trop pourquoi — un capitaine salutiste, Villy, nous sert un long dilcours, trop long si I on s'en rapporte au public, et qui se termine par un délire extatique mortel. De l'union de Juste et de Nelly est. née une petite fille; cependant le jeune homme, cédant aux sollicitations de sa mère, ne tarde pas a abandonner sa maîtresse!; Réduite à là misère .Nelly en arrive finalement à se prostituer. '
A noter la remarquable mise en scène de l'acte du meeting. Le rassemblement qui se forme, grossit . peu à peu, devient menaçant, houleux, l'entrée à grand fracas des salutistes, cymbales et fifres eh tête, tous ces mouvements de masses ont été exécutés avec une prodïjriéuse expression de vérité. ■•"-..
La pièce a été au- surplus parfaitement rendue par la majorité des interprètes. Nous citerons tout particulièrement M™ Nau, dont le jeu ne nous a paru mériter qu'un léger reproche : un peu trop de nerfs pour u R e Anglaise M Antoine, qui s était contenté, à notre reW? d'un rôle très court - celui d'un vieux libertin — s'y est montre, comme toujours, comédien accompli. Mentionnons encore avec les éloges qui leur sont dus MM Grand Damoye, Raymond, et M"» 8 * France et Barny.
Gaston Danville.
THÉÂTRE D'APPLICATION. - Tamara, légende circassienne en 4 tableaux, par M m * Tola Dorian- — Un grand drame sur une très petite scène. Tamara est
?"k ru P.^ C ? SS< 7 t pous ? du vieux et Puissant chef de tribu Chadji Arbeck. Le regard de cette créature dange-
reûse porte malheur à l'homme qu'il rencontre. — Elle ressemble. à ces lbhgues fioles de précieux parfums ou de coûteux poisons, où courent les riches filigranes d'une arabesque d'or, demeurées à l'ombre des étoffes rares et qm, débouchées par une main t&méraire, épanden* au hasard ou l'odeur des roses ou la mort.. . — Et Tamara, dans une promenade sur la montagne, pose son reiçard sur le jeune chef Ishmaël au moment où H soutient la petite Zara, sa sœur, au-dessus d un précipice : on ébloui, fascine, Ishmaël lâche Tenfant, qui disparaît dans l'abîme bcenç très étrange et très dramatique, d'une grande sobriété. -,
Tamara forme un. projet ténébreux: elle attire le beau jeiine chef dans- son nid d'odalisque experte en' 1 art des voluptés, et t là, elle lui propose de tuer son vieil époux Ce n est qu à ce prix qu'elle se donnera» Ishmaël résiste noblement; mais Tamara lui a dérobe son poignard, et elle tûe elle-même Chadji-Arbeck,. laissant .l'amie dans la plaie afin de pouvoir accuser le jeune chef. Il parvient cependant à s'innocenter aux yeux de lia foule accourue, et il tue, à son touryla mauvaise fée circassienne, mfil aime malgré ses crimes, il la tue -pour l'avoir plus à Inî„ en réternité. — Point de critiqué à faire d mie légende : il n y a qu'à louer l'écriture 1res personnelle, très solide! aussi très poétique de M m « tola Doriafe, et son entente des choses du théâtre. La musique de s|cène, de M; Fer-, nand Leborne, a bien le caractère sauvage de la légende. Paul Larochelle, transfuge du Théâtre d'Art a été superbe dans le rôle du jeune héros- L la montagne, bien que sa voix portât un peu trop dans la salle minuscule. ^- Belle chambrée : beaucoup dé mondaines, les unes très célèbre^ les autres jolies.., et le Sar Péladan !
' Rachilde* - . '
.THEATRE LIBRE (septième spectacle). — . Les Fourches Caudines, drame en un acte, en prose, de M, Maurice Le Corbeiller ^ Leurs Pilles, pièce en deux actes, en prose± de M. Pierre Wôlff. — Lidoire pièce en un acte, en prose, de M, Georges Courteune! ^- bauf Ltdoire, Tamusante scène militaire de M. Georges Courtehne, le Théâtre Libre nous a servi cette fois des pièces moins éloignées par leur forme de ce qu'on est cpnyenu d'appeler « du théâtre >, notamment la pièce de M. Pierre Wolff. .
• Le « cas > des Fourches caudines est assez intéressant. M. Darnay, capitaine de cavalerie, et sa femme Cécile
mer point son époux en aimant avec passion un jeune homme, Jacques, de Naresse. Mais la voilà enceinte. Il n'est qu'un moyen : >de résoudre cette situation terrible: elle décide; son mari à quitter sa maîtresse et à se rap^ proéher- d'elle. Jacques de Naresse Fàpprèrid et veut la fuir ; elle lui révèle alors la cause de son rapprochement avec Darnay : sa grossesse, et elle décide l'amant a demeurer, — Ce drame réaliste a été Bien joué par M. Antoine, qui à composé supérieurement la physionomie de r officier de cavalerie Darnay, MM. Grand et Christian, MM raw Régine Martial et Baray*
Quanta Leurs Filles, c'est la «fille* de Coralie, thème quelconque et vieux jeu. Une horizontale a une fille, dont elle veut faire une personne très bien; seulement, au couvent où on Téduque, il arrive qu'une camarade lui Banque au visage que sa mère est une noceuse. Evidemment, il ne lui reste qu'un. parti: se lancer aussi dans la haute noce. Elle se sauve du couvent et file tout droit chez... un monsieur qui lui glissait dés billets doux au parc Monceau, les jours de promenade. Joli, n'est-ce pas, comme psychologie ?,,. D'ailleurs, juste le temps (dirait M. de Chirac) de polluer sa fleur virginale, et elle rentre chez sa mère. Or, après une scène où, d'un air délibéré, elle raconte l'exploit de la journée à sa maman, on sonne et apparaît (ladite fleur virginale à sa boutonnière, dirait M. de Chirac) le monsieur du parc Monceau qui précisément — la vie est semée de ces hasards ' — se trouve être l'amant chéri. de la mère.... Rien d'humain la-dedans, sinon quelques cris maternels. Depuis longtemps la convention n'avait tenu tant "dé place sûr la scène du Théâtre Libre. Pièce drôle toutefois et qui fut beaucoup applaudie. Mais une grosse, très grosse partie du succès revient à M mo Henriot,.torit à fait admirable, qui s'est donnée complètement et dont le talent est digne de meilleures œuvres. M Uô Théven aussi (Louisettef la vierge qui viole le monsieur mûr) a été parfaite, ainsi du reste que M. Antoine (le monsieur violéL M med Barny et Luce Colas. ^
Lidoire est une scène cocasse de la vie de caserne. Ces choses-Jà ne se racontent pas : elles n'ont, au point de vue de la fabulation; ni queue ni tête. Elles ne valent que par l*s groupement des détails, des mille observations dont elles sont faites. J'ai bien dit: observation ..Je
sais un monsieur qui a quitté le spectacle inachevé, en - déclarant : « Ce n'est pas du théâtre, et puis ce n'est pas vrai* > Ce monsieur, apparemment, n'a jamais couché dans la chambrée. Il s*en pa*së bien d'autres, et d'au 5 si bouffonnes, que M, Georges Courte! in e ne pouvait décemment' nous montrer. C'est M. Janvier, toujours, ai '• bien «dans la. peau du bonhomme >, qui tenait le rôle de Lidoire ~ Croupier faisant fonctions de caporal de chambrée, resté seul après que tous les autres, un à un, sont descendus k\^ Caisse^ et qui finit par y descendre lui-même après une inénarrable scène entre lui et un permissionnaire de dix heures, un trompette qui vient de rentrer pochard. — Pas mal non plus M. Arquillière en trompette à qui un « civil» a flanqué une «: cuite » soignée. M Antoine a rendu avec justesse le margis de garde. — Décor et mise en scène d'Une exactitude absolue: on y était, ré ellement^ surtout lorsqu'on entendit . la sonnerie: de l'extinction des feux:
/..' „ Leeeee caporal dit comnC ca ' .
Hçi—gnc\ chan—dclP pour pas brûler paillasse à vououous...
Leeece caporal dît comnt* ça *tei—gnc%chan—deir pour pas brûler paillasse à vous:
. Ça puerait! '
Alfred Vàllette»
THEATRE REALISTE. — i° Symbolistes et Réalistes, Prologue ; — a* La Mort violée, étude réaliste : en a tableau* ; — 3 Paternité, comédie en 3 actes* — Après le scandale inutile de Prostituée, M. de Chirac a bien compris qu'il fallait évoluer, sous peine de s'attirer les foudres de la critique. Il a donc choisi la scène de la. Galerie Vivienne, déjà consacrée parle passage des petites marionnettes qui font trois petiis tours et puis s'en vont, pour y installer, une fois par mois, la comédie réaliste dans ce qu'elle a de plus idéal..* Un court prologue a servi d'ouverture a la première séance. D'une facture doucement ironique, ce prologue a blagué le symbolisme obscur en la personne d'Adrien Remacle (et du Mercure de France), et à déclaré qu'on pouvait faire mieux. On a mal saisi les allusions dans le bruit des arrivées, des. claquements de porte, etc., etc.., mais un expert assuré qu'elles étaient fort transparentes. Puis un laquais en . culotte irréprochable est venu brutaliser une grande dame, vêtue de peluche bleue-paon comme une hétaïre de Ja rue de la Lune. Cette pièce, intitulée La Mort violée , n T a pas du tout le. caractère obscène que lui
S ™ î!' - Ce l '' Û 5 e **** P 35 de Personnages en chair îîriîlVi » -T d °»e aHégorie : la langue française £«^ifli e i ttr ^r C !" de i SSOUS > S eSt P«wtitn<e à un laqùai^u!
rSa eîv^ 1181 ?*^ !° Natefe la tue (Elle me restait, ;e 1 ai assassinée!) pour jouir en paix de ses
ÎE£™ A. I<>qUt r % M - sW>lon sa^étestaSe ■ coutume de prendre les choses an pied de la lettre a
manifeste une indignation hors de saison.- Paternité la
double e JBn une coniéd ! e de salon P leine à* S à
double détente comme celui-ci : « Berthà Gédot, un nom qm n'est passée ! » n'a pu se terminer, une actrice
2£ w"^ C ? U + te „ dan S ereus ** «^ «e succès £ ù Mort violée avait tellement grisé les spectateurs qu'il a
ÏÏLérT Ue ; " tte / cène extraordinaire., à la demande f£™ ,%' 4*? ande q . ue notre ^^Pathique collaborateur Edouard Dubus a résumée d'une manière péremptoire autairt que gracieuse. Cela ne nous a d'ailleurs pas beau- £ ?^J5 sa Part; il est l'organisateur toujours écouté
ft?S ?£!* **'■***" fêtes " Nos meilleurs compliments ÎÂ , • * har ^ e . ro y< lacomt f?5 ev '<>Tée),.etàM/deChirac, qui a interprété merveilleusement le rôle' d'un des prin-
ÎSîn* P e "°. nna S« ^ Paternité, et enfin à tous les acteurs, certains symboles . étant si durs à faire pénétrer dans les mœurs... et l'entendement du public !...
« Cher Monsieur Vallette.
« \JLJî Ch - iraC a bi f n voulto ' P a raît-il, donner bonne « sa Trl m ^ m,ens / ers *«▼"* la très .brillante assemblée de l -ff£?T, ère re P rese »t»tion dernière, et U a mis tout son ! I,ï; £ ^comprendre. Vous chargez-vous, à ma prière, de « lui transmettre tous mes remercimeats ? '
« ™ r *S re " e «m? de ne m'ètre point trouvé dans la salle,
« S^J^° n& diaI ?,g ué ™ e conférence ; M. de Chirac a « exphque mes vers, j'eusse élucidé son drame. A défaut,
« ghT^breve m01 ' daHS " Mereure > le dédommagemeiit d'une . « !„f^. P ièc \ d f. M. de Chirac (ou me l'a contée) est évidem- « m a e u n x t . S y mbol,< l ïle ' et voici démasqués les mythes princî-
„ ? ^ a * i Ç ? tess i ! • sans contest e et avec contexte, personnifie ! Il -♦• **"*"» dramatique ; le valet qui la viole morte syn- « thetise le dramaturge ; et enfin, toute discussion impossïmei « la liqueur séminale dont l'odeur monte de la scène à nos
na nnes. c est le nectar d'un nouveau Parnasse dramatique.
« bacbez-moi, cher monsieur Vallette, Vôtre et ami,
« ;A. Remacle » .
JUILLET 1891 ,j
y PETITES NOTES DE MUSIQUE
Samedi 18 avril; à la Société Nationale ■— un tout petit canton dans le monde musical, le seuL à Paris où l'on ait quelque souci dart et d'inédit — concert d'orchestre particulierement intéressant. Au programme, un poème de Leconte S e J S e ï ™ duit e » musique avec une rare maîtrise par F. de Breville, une brillante ouverture de C. Bordes de remarquables fragments sy ni phoniques d'Alberic M.jraard puis les noms de L. Husson et de Guy Ropartz, le premier avec une mélodie d'un- joli sentiment, le second avec de pittoresques rhythmes populaires; un «m venir à M. de Wailly et a son Andromède délivrée aux militaires accents à un pas- redoublé, là joie de la soirée.
Tout à fait hors ligne, deux œuvres : un Eleison de Camille Benoit, dune conception neuve et haute, d'une émotion poignante, mieux que d'un artiste, d'un penseuret d'un poète, K-yrte eleison^ Çhrzste eleison —cri de désolation et d'agonie, cri d espoir et de miséricorde — et le miracle alors, en des blancheurs mystiques, de ces voix d'enfants au loin, touchante oraison des Ames élues, se penchant « du haut des balcons d*or du Ciel» sur l'humanité douloureuse, et se joignant à sa prière en une suprême ferveur. Enfin une symphonie d'Ernest Chausson, vaste composition^, véritable triptyque, évoquant par quel prestige, sérénité des grandes lignes calmes, grâce un peu inclinée du geste, splendeur du rêve et mépris de 1 artifice, comme un souvenir des fresques harmonieuses de Fuvis de Chavannes, un des plus beaux et des plus puissants efforts jle la jeune école française en ces dernières années — cet andante surtout d'un sentiment quasi élégïaque si pénétrant — mettant bien en lumière les hautes aspirations d?un esprit rare, exquisément musical. Et maintenant, auquel de
*os grands concerts l'honneur de révéler définitivement ces deux noms au public ?
A la précédente séance, grand succès pour le superbe quatuor de Vincent d'Indy, pur chef-d'œuvre de pure musique.