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«Un amoureux disant vraiment et simplement « sa peine, un sage formulant sa maxime, un hé- « rosxontant ses batailles, seront toujours des « écrivains. Les gens à grandes émotions, éont de « graods écrivains; les gens à petites passions sont « de petits écrivains ; et les gens vides ne sont pas « des écrivains. C'est tout simple. » ■' ■■ ■
Veut-on savoir les justes réflexions qu'inspire au Lundiste de la Bataille, l'abus des interviews' leur puérilité et leur insignifiance? ',
« Une interview est une information vicieuse, « parce qu'elle trompe tçmjours quelqu'un: le « public ou la personne interviewée. »'■•"-
Et encore :
« Le reporter ne connaît que certains noms clî- « chés dans lès pages de féclames, rengaines de
« librairie, vétérans de catalogues. Les oseurs.les « penseurs tout crus, les subtils, les distingués et « les forts ne sont jamais interviewés. jEst-ce qu'un « reporter connaît cela ? Je comprendrais qu'un « reporter usât ses jambes à courir après les in- « connus a produire, les méconnus à expliquer « es modestes à célébrer- qu'il se souciât d'é- '<. largtr le cercle des connaissances^ du public « qu'il prit en main les intérêts et la! défense des *r tatbles, des insouciants, de ceux qui ne savent « vraiment qu'être artistes et ciseler 'et créer et '< se heurtent à des obstacles dont deux sous d'in- « trigue auraient raison!... »
Toujours cette générosité qui fait àCamille de Sainte-Croix une place à part, vraimeiît enviable, entre les feuilletonistes débordés ou insouciants réduits à insérer des notes d'éditeur , et les cntiquesde profession capricieux et fatigués ! Avec quelle violence aussi, spirituelle et méprisante, il s indigne contre l'abaissement d'une; presse vendue, contre le boulangisme des grosses réclames Je ne vois qu'Octave Mirbeau qui fasse preuve d autant de verve, de franchise et de cpurage.Mirbeau, de façon intermittente au Figaro et à \'Echo de Paris, Sainte-Croix chaque lundi dans la petite et crâne Bataille, sans ces deux voix éloquentes, on étoufferait dans lé mensonge, assourdi par l'impudence des réclamistes, tandis que les honnêtes gens se taisent ! ,
C'est" pour cela que tous, aînés ei dadets, nous devons de la gratitude à notre confrère Octave Mirbeau et à notre camarade Sainte^Croix, et cela moins encore pour les articles dont ce' dernier a louange tant de jeunes d'entre nous, honni tant de choses que nous méprisons, que Wce qu'il s affirme comme un caractère, un élégant qui pense haut et agit droit en un temps de médiocrité et de jalousie impuissantes.
On peut beaucoup attendre de l'écrivain qui,
AOUT 1891 ":.» ; g
sans forfanterie comme sans faiblesse, exprime en ces termes l'idée qu'il se fait de l'art;
« La première et peut-être l'unique condition « pour rester artiste pUr, c'est de l'être avaiit tout, « contre tout, avec la fortune ou malgré la mi- « sère. » '•„ -.■■..,
Ce désintéressement altier marqué au front le romancier de La mauvaise Aventure et de Co«iempler ; qui de nous n'applaudirait à son bel article contre la protection dés cbefs*-d'œUvre, un dés meilleurs du volume, lorsqu'il s'écrie.: '
\°J i ne protège pas les chefs-d'œuvre ! Les « chefs-d'œuvre sont des personnes animées, en- « fantées par de féconds cerveaux ; ils vivent de « leur vie propre et sassUrent eux-mêmes leurs « ipoyens d'existence. Que celui qui les a faits « naît pas su se débarboùrHér dans là vie, là belle « affaire l Son ventre à jeun n'est ni plus intéres- « sant, m moins, qu'un ventre d'ouvrier sans ou- « vragé !»
Je pourrais insister sur l'intérêt qu'offrent ces Mœurs Littéraires r recenser, en cette sorte de revue d'année, les opinions. formulées en l'actualité dUJmoment sur dès écrivains divers comme MM. de Glouvet, Feuillet, Dumas, dé Bonnïéres, Boùrget, Maupassant, etc. Je pourrais relever le nom de poètes et de romanciers dont les débuts ont été encouragés par ces articles parus, chaque semaine, dans la Bataille'. Jean Lombard, Remy de Gourmont, Marcel Luguét, Jacques Le Lorrain, L. Dumur et tutti quanti, A quoi bon ? j'ai préféré faire cet article avec des pages arrachées au livré de Samte-Çroix, moins' pour montrer qu'il est un sobre et rare écrivain que pour faire voir que c'est un homme, chose rare aujourd'hui ; car, c'est une vérité oanale, les phrases ne valent que ce qu'elles comptent comme actions. Tant vaut là personne tant vaut l'œuvre ! '.'"-.' ■
Paul MÀKGUER1TTE.