‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 45 sur 111 · LES POÈTES ROMANS · texte numérisé non relu

LES POÈTES ROMANS

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Vraiment il sied dé le féliciter de maintenir haut l'honneur de son Art, dans un temps où la critique n'est plus % guère, entre les mains de gens pressés de parvenir, qu'un moyen de forcer la bourse et la table de leurs con- ; temporains,* qu'un instrument de corruption. Tout au .moins celui-ci sait-il que son. rôle est d'éclairer l'esprit public, non dé l'égarer au, profit de tel goujat millionnaire ou de tel imbécile influent, et, certes! aucune mauvaise arrière-pensée, aucune basse jalousie, aucune idée . honteuse de lucre et de profit nV présidé à la rédaction J de cet opuscule : « Jean Moréas :», qu^il vient de publier k la librairie Pion, et dont il .n'est que bruit partout, à cette heure, dans les sous-sols de brasseries et les antichambres de rédactions.

Tout d'abord, dans cet opuscule, l'auteur. constate que Moréas continue sa brillante ascension, « tel que le voici parvenu <iu glorieux zénith au -Pèlerin Passionné*. Les livres ont leur destin. Le Pèlerin naquit sous une heureuse étoile. On aurait tort, de croire, comme l'insinue un Maître, indemne d'ailleurs* de tout préjudice, en l'occurrence, que tout le bruit mené autour de cette œuvre soit le résultat d'une mystification un peu bien machinée. Un article de M. Anatole France^ voïre de . M ♦ Maurice Barres — supérieur au premier de tout l'excé- : ': dent de tirage du Figaro — ne suffirait pas à créer au- ' tour d'un homme une agitation si retentissante. La faveur \ influente de ces deux critiques est allée à d'autres contemporains qui n'en ont pas retiré de si appréciables bé- : néfices. La réclame d'un banquet même (MM- Zola et . Alfred Bruneau en ont fait récemment l'expérience) est : impuissante à nourrir une gloire. Pourquoi donc cette • réclame, qui fut profitable à M. Moréas, fut-elle incapable , de sortir de la nuit d'indifférence où ils gisent MM. Haraucourt et Rodenbach, par exemple ? . .'.'

C'est que le Pèlerin Passionné est. une oeuvre vivante/ .-■ qui accuse Fâme du moment et 1 où la foule trouve un'/ reflet de ses idées, le sentiment très vif de ses aspirations. Voîci que l'enthousiasme de certains lui donne la portée d'un manifeste, lui attribue les glorieuses prérogatives d'un drapeau. A cause d'elle, les félibres s'agitent. Le midi bouge, comme crie Retté avec un rien d'apeùrement, et Retté a raison de s'apeurer, car . il suffit de prêter l'oreille pour percevoir, sous le cliquetis desrhythmes, tout le fracas d'une prisé d'armes. Oui I c'est derrière les strophes du Bocage et des Eglogues l'explosion d une âpre révolte, le brouhaha d'une armée en marche,

SEPTEMBRE 1891 ' ' '' J 16 j

JÏJ^ ""If d / LatiBS qu !'« à ran Jf* aerrés » s '*v«nie, pourline nouvelle fois, conquérir la Caule ! ï r

Cette réaction littéraire, dont je note surtout l'esprit païen, arrive a son heure, alors que nouaaomniies menaces d un. retour a l'esprit mystique* au moment -'»— où M. Maurice Barrés célèbre le los d'Ignace dell

même

. ,, „ - ..-.-«. ~ Ignace de Loyola,

ou M. Huysmans bat la grosse caisse l la porte 1 du Sal taniame ou M. Léon Bloy menace les Infidèles des hautes flambées de son style d'inquisition, qua^id, partout le long des Revues, au pied des Jouraaux.Thampignoiment les Mages, le* Kabbalistes et les Prophètes. Certes, les gens sensés n'ont aucun doute sur l'avenir d un pareil état d'esprit. Les ressources de l'hydrothérapie et la propagation du bromure en font prévoir la fatale M, " e - Toutefois, n est-ce pas trop déjà que quelques esprits faibles puissent être séduits par le côté décor d'une semblable bondieuserie et que la révolution que nous souhaitons, c'est-4-dire l'affranchissement, pour les consciences, du joug chrétien, en puisse être retardé doutant? Or donc, puisque les excès appellent les excès>rc y édiftons des vers a Jupiter en attendant de lui rééditer des lemples. Certes! les gens pour , qui les bancs ! d'école furent une stalle d'orchestre aux Bouffes et qui rie furent inities aux beautés du polythéisme qui parles calembredaines d Orphée awc Enfers (œuvre où éclate une telle bassesse d ame, un tel parti-pris ( de souillure que Zola luimême s en est indigné) ne vonU pas manquer de sourire. Je m adresse a ceux qui — de cette religion hellénique — ont su pénétrer les symboles et en ont compris la merveilleuse grandeur. Au moins celte religion avait-elle sur la notre l'avantage de donner satisfaction au double vœu de notre nature et de n'en avoir pas rompu l'équilib 5 e ? ° tt *™ 1 ue le 'mépris de la chair qui fait le fonds du christianisme a. détruit tout idéal plastique et obscurci dans nos âmes le sentiment de la beauté corporelle qui est 1 échelle par où. comme l'entendait Platon, nous nous élevons jusqu au concept de la beauté morale. !

Aussi bien, puisse cette vogue du Pèlerin Passionné ramener en Prancè le goût des Poètes de l'antiquité, qui restent nos maîtres — notez-le ;, qui forment la source la plus pure de notre littérature et où, aux heures; de décadence et d'épuisement, il n'est pas mauvais que nous allions noua retremper. 11 est de mode aujourd'hui de les dénigrer. Pour donner plus de temps à l'étude des langues dites vivantes, on rétrécit le cercle de l'enseignement classique, au sens exact du mot. Tant mieux f Les

esprits hauts, lorsqu'ils aborderont les poètes grecs et latins, y trouveront plus de fraîcheur. On aura moins Me prétexte à laisser moisir au fond des placards, sur les planches, tant de précieux matériaux indispensables à l'édification des œuvres 1 nouvelles. Aucun souvenir désagréable ne se mêlera,'- pour la troubler, à la pure joie qui déborde des vers de Lucrèce ou de Virgile, et sur. leur gloire ne flottera plus l'ombre des pensums de jadis. ;

♦M. Charles Maurras, né sur les bords de la Méditerranée, dont il dit qu*U n'est point de pensée ni de rêve qu'elle n'ait suscités, accueille ce livre. avec une explosion de joie enthousiaste, et il voudrait à tous faire par-" tager cette joie. Longuement, patiemment, il disposé ses arguments, désireux de hâter les compréhensions paresseuses, de dessiller les esprits prévenus, - .

Une à une, il expose toutes les objections et les réfute. Que reprochez-vous à Moréas ? Son obscurité ? Elle n'est qu'apparente et faite seulement de votre ignorance. Moréas n'emploie que des vocables enregistrés dans les lexiques les plus usuels, et vraiment pouvez-vous bien lui reprocher d'employer des tenues aussi vivants que : hièmaly htstral y macrobe^ manuterge et simarre, par exemple !

Est-ce parce que quelques-uns de ses rhythmes sonnent faux à votre oreille? mais cela provient de leur nouveauté. N'imitez pas nos grands-pères qui, façonnés à la fluide harmonie racinienne, se hâtaient de condamner, comme rudes et barbares, les rhythmes de Victor Hugq. Avant de si délibérément juger, rappelez-vous que Mo* réas a fait, comme il dit, ses preuves dans la métrique réglementaire, et a tout Je moins, s*il pêche, avouez que ce n'est pas faute de savoir. I

Est-ce parce qu'il n'a point d'idées ? mais les idées ne sont point si nécessaires au Poète, qui vit surtout de sensations, et dont tout Fart consiste dans la notation exacte, dans le rendu précis de ces sensations.

Est-ce parce qu'il ne tient aucun compte <ie la chronologie? Mais c'est encore une chose fort défendable, et M. Maurice du Plessys, de qui 1 humeur pindarique ampoule le discours, a raison quand il s'écrie:

« C'est tellement qu'investi du ministère symbolique le Poète délie du temps et de l'espace, les formules sans les représenter. Riche du savoir qu'il tient de la Révélation sans réserve, l'Univers est sa panoplie. Voyez de quelle main souveraine il taille dans les temps; de quels

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flambeaux saufs de nuit il irradie » prêtrise! et reco»

S£. ?H? « A ■'T* atten ^oire à s, fonction qu? pliât a de sordides liens un sacerdoce qui nV»i£to! niite que dans sa suprématie ! Ne vouVéiï^ &£

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de 1 immédiat, et qu'ouvrier de Por, ,1 ne consentSà laborer que dans un verbe ramené à la nobles» d?5m ongine, épuré des sceaux de la mésalliant e^del. «SS

lut œuie ÏÏSmSI ^ ** ^ A™ ^ une oeuvre durable et vendique. parce quVJÎc iinn* MA

pour parier comme Spinosa, LiseC SÏ^SBlS

. Donc 5o7r»»/« r objecta, comme s*écrie «reo une belle assurance, de 1 impertinence pre.que, JfTcLSS Maurras. Nous serions bien sots «Tauer lîi cher5h£ooi2

inousuasnie a un Poète qui nous «rapatrie parles «Dam* de Ronsard aux bords' de la pure Odvssée»* 0««n^!! suffise, pour être justes, de ne p^s S r qu^JôL Z

du fou? Ïïp32&î dCS ****•*. d « ^^*~pob*

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