‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 47 sur 111 · L'AFRIQUE OUVERTE · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE OUVERTE

Je rae préparais très sérieusement à concourir pour le prix de poésie de l'Académie Française.

Dans ce but — et je prie de croire que la pureté de mes intentions était suprême — je m'étais résolu à réprouver for- * mellement mes erreurs. Pétais décidé à nie soumettre avec respect à l'esthétique actuellement en cours (ou en cour) à l'Académie et dans le "grand public universitaire/ à faire tfne œuvre que tous les bacheliers pussent lire, comprendre et admirer, dans laquelle ils ré trouvassent, agréablement fatigués comme une belle salade romaine, des fragments die leurs auteurs favoris, des bribes de leurs anthologies de classe, -les figures de style familières à leurs années de rhétorique, le tout baignant comme il faut dans cette sauce rpmantïco-lyrique, pris trop poivrée, .à la Louis-Philippe, qui constitue, pour les honnêtes gens, la caractéristique de la poésie moderne. Je venais donc de relire beaucoup de Hugo, pas mal de Lamartine, quelque peu de l'abbé . Delille, pas trop de xvnue siècle, pas du t6ut de xvi^ mais du Henri de Bornier, du Déroulède, du Stéphen Liégeard, voire du Jean Aiçard. J'étais tout à fait dans l'état mental requis. Je n'attendais plus que le- sujet. 4

JSg^*^ <"^ > journal, : 3 è ■ to^' S i,KB&^;. a/^ d ^f F W ïise - — L'Académie a-^hoisi fer- ïè 'suîeV

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Que diable aussi peutron alexandrins aliéner?- de • a

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. prix de prose intensive -Tuais, pourTheuré eMé d&t «i- -X«t-5 ' aux termes des statuts qui l'obligentMouS^Sri^^/meS

Les. oreilles des poètes académiciens me se/sbnt-elies ba* ■ SS^I d^orwBf -i-.roâto:. d'un pareil thème rXSrf a\«

croire q^n^y 0?t pas autrement infléchi ?îls Sentltl

■ un£X™ %ïu?% c f s t e «^P^aaroht vaguenW évoqué un troupeau d éléphants batifolant an, milieu, de^uàlinieis ™& **!? * ^ Td bi ^Moter devant ses yeoif étala? -" quelqne b«ar marocain on. frétiller l'intérieur k que

trob Ef &?* à M: SalIyrPmdhomme, il estfd'blh! trop loin de l'Afnqne r ouverte où fermée, pour due fc-s wllabe^

S^S^MwSSW-*?*" d'un* indifférence parferop olym-

P Eiî i-!??^ d e,^s Jeunes et infortuné^ coWr«.

*b£ï&£r ^ œment ?*** fes Q-*™*e un épouvan-

Quî est-ce ? ' ''■'.'■'.'■■■■'.''

-Il ne ; feut:pas chercher dans le parti" dés dues Lies H^

' «e^K Pt 1-lL peU de *P° ésie > *tiis professent vSemhlahlS ment jour LAfiique un mépris frisant FimpertinenU Les «£ teurs^amatiqne S ,me semblent Cément -'ffiSSe ffiS de tpnt.TOupçon, J'en dirai autant des xomanciSs YZfkS Loti ^aurait .été capable.. ■: Mais, èla- d'Mé?Sfèu£e ^ collaborer à cette trouvaille abracadabra^^' lef tSm

ser&rout assez louches t l'Université est coutuinière de ces majestueux coq-â-1'âne, à la. fois phénoménaux et poncifs,; dont on assomme les élèves béants avec Fespoic de leur fertiliser l'esprit. Cependant, le caractère vraiment par trop contemporain de cette Afrique ouverte défie toute connivence, de M, Gaston Boissier ou de M. Gréard. Ils n'auraient jamais imaginé et encore moins osé F Afrique ouverte. Non : il faut, sans hésiter, s'abattre sur une des âuies errantes de l'Académie : j'entends, par cette expression, ceux qui y sont ;' sans en être et qui, pour montrer qu'ils y sont, font encore plus de bruit que ceux qui en sont. On pourrait d*abord *" suspecter M. l'amiral Jurien de la Gravière .: l'Afrique rentre dans ses attributions- Mais il y à quelqu'un d'autre, pour qui V Afrique ouverte équivaut presque a une glorification personnelle. Is fecii eut prodesi : il n'y a pas de doute, c'est M. de Freycinet qui est l'instigateur de ce prodigieux concours. Quoiqu'il n'ait pas encore prononcé son. discours de réception, on sent déjà — jusqu'en poésie ! — la main de celui sous le gouvernement duquel le continent noir fut par- . tagé entre les nations de l'Europe. . ■•'

Et maintenant, à vous, poètes, faites aussi consciencieusement que possible votre métier de petits Yirgiles vis-à-visde ce petit Auguste. -

Les concours de poésie vont devenir saris doute très divertissants — pour la galerie — si l'Académie persévère à en faire edicter le sujet par. ses membres irréguliers, par ceux : fiuvje ne dirai pas : n'ont jamais fait un vers/ niais n'ont jamais écrit une page de prose artistique. , .■'

On verra, dans tin a venir- prochain, .M.! Bertrand njettre au concours : Les beautés de Vhypothénuse;

M, Pasteur : Le barbet rébarbatif; '

M. Léon Say : L'Art... gènt:

M, Jarien de la Gravière, ci-dessus nommé : L'hélice poétique (ne pas lire les lices); .

M . Hervé : Le Soleil (ne pas confondre avec l'astre dit jour) ;

M. Olhvier : Jadis et Naguère (toujours rie pas confondre) ;

* Z F tk l ï A î ri A Ue ouverte^ M." de Lessëps donnera certai- • ne ment : / Amérique ouverte.

On m'objectera peut-être que M. de Lesseps est poète. Il ■• % -. T r *î ^ xl * composé autrefois un" vers. Ce vers Ta même * . : fart joliment Suez. Mais quand il s'est agi de composer le second, il n'a jamais pu le faire rimer.

Si l'Académie Française, en proposant le sujet du concours de poésie, a cru compenser ce qui lui manquait de poétique par cequil semblait présenter de patriotique, on tombe du Charybde de 1 étonnement dans le Scylla de l'effarement. 1- Académie serait-elle subitement devenue anglaise bu allemande ? Car il n'y a pas à tortiller/ c'est/bel et bien au profit des Anglais et des Allemands que le .fameux partage s est opéré. La France a tout au plus réussi à se faire connrmer la possession des territoires qu'elle occupait déjà. Tome trompe : on lui a fait entrevoir le Sahara comme fiche de

™1^ » T° n - A Ia - gio?re donc d * l'Aaglettt» et de J'Atte-;

magne I Je ne vois pas moyeu de traiter le sujet|i autrement.

■ A moins que, horresco referas, l'Académie n'ait voX™

nTJî™ b n n ^ onn ?- aux Maliens! Ou que, bû'cM rait .vra.ment d'un b,en mauvais naturel, elle n'ait désiré narguer ces pauvres Portugais dans leur malheur >li VEt avec tout bêla, les difficultés s'amoncellent, On chipote pour le moindre petit bout de grève, on se contesterai contrées ou pas un blanc n'a encore mîa le pied,?on bSaflte 1*7 J** ^ cs ' d f? fleuv «.d*s montagnes dont on V'est même

tiere suf df, ra ^ U l- ement ' il T a . dé ' à d « iacM «r« de entière sur des frontières qui ^existent pas. Et la Suppression

de la traite n'est-ce pas nne des plus énormes escob£derie»

fcte le e C t iL^-TV^Î /»«->"«« « congrès autiesclav" giste,et,-lorsqu'ilsagit de prendre les mesures conformes aux décisions les uns se dérobent pour n'avoir pas à interrompe leur petit trafic d'armes à feu et de boissons akoSTfê

n„£rf PPUr ?V aS de ï° ir tolérer'la visite de. lents naTire,! Quand ce n'est pas sale, c'est triste : on y meurt des fièvres

H f«i; i^f nrS 7 S0Q * man 8 és PV les cannibales^ Ah ! c'est au joli, r Ain que ouverte ! i

ànVn^r 1 ? en 5 0te . P 1 " *<** et « qui ne ratera pas, c'est : quen .189^ lors du jugement du concours, il y aura un te! ' grabuge, tellement de sang versé, tellement d'injustices commises, une guerre ouverte déchaînée peut-être entre des ^vf^i eui ?ii. eeils > P ilie ** <*e la civilisation, pour quelques Zf Slr^r d élé P haat ' 1™ l'Afriqné «rk dev7fi« !tln ^ tel Voyez-vous la tête du poète glorificateur

cette a olo te ? **** *" ™™ prdonné et ^evrï Couronner '

c'eïlraîSï rA ^ émie '- pren ^^^ a 1* ; Politique, I

Quoique le ton de cet article né soit pas aussi sérieux qu'il te faudrait, je ne voudrais pas qu'on me supposât capable de monter le coup — oh.!, bien petit et de bien, loin! — aux Immortels. Ws ne sommés pas de la génération précédente, . ou U était de mise de dauber lAcadémie, quittejà se faire pardonner plus tard ces irrespects, lorsque l'ambitîoa prenait d y entrer. D une race moins enfantine que nos devanciers romantiques ou naturalistes, nous, n'avons pas comme eux la ITonde dans le saug. Graves, posés, sages, mûris parle siècle smon par 1 âge, nous. nous abstenons des plaisanteries faciles i et des rodomontades juvéniles; nous ne nous amusions point 1 a tous ces. bruits superficiels où se complurent nos aînés: Nos ■■ mœurs sont paisibles; nous ne tenons plus à ébouriffer le T ; bourgeois : nous nous contentons de l'ignorer. Il n'y a en ! , nous nul besoin de nous distinguer du public honnête et bien • ' élevé autrement que par la vie intérieure. Les gilets rouges et les chevelures ont cessé d'être un signe de ralliement. , flous nous habillons correctement, et, lorsque nos moyens . nous le permettent, nous poussons volontiers jusqu'à Télé- . gance. S il y a encore parmi nous quelques incorrigibles bo- -.!

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pas a se ineïier. de nos intentions. Au contraire 1 Nous autres, nous sommes envers elle pleins de déférence : nous voyons en elle la première compagnie littéraire du monde, nous l'admirons lorsqu'elle est admirable, et nous ne demandons pas mieux que de l'admirer le plus souvent possible. Aussi; lorsqu'elle se livre à des élections douteuses, ou qu'elle fait preuve/ comme en * cette occasion-ci, de mauvais goût, nous nous en attristons plus que nous n'en rions.

Nous sommes surtout fâchés que l'Académie ne tienne aucun compte de nous, qu'elle feigne de ne pas connaître notre existence, qu'elle nous mette dédaigneusement de côté, comme si, par l'esprit, nous n'étions pas, en réalité, plus près d'elle que n'importe laquelle des écoles^ auxquelles elle fait maintenant des avances. Qu'elle lise nos livres, elle s'en: rendra compte.

Ce que nous nous croyons, au moins, en droit d'exiger, c'est qu'elle ne nous nargue pas si injurieusement par des mani- . festations déconcertantes du genre de ce malencontreux choix de sujet, choix qui témoigne ou - qu'elle n'a aucune notion quelconque des tendanees idéalistes et abstraites de la poésie actuelle, ou qu'elle veut écarter systématiquement de ses concours tous les poètes capables, à l'heure qu'il est, de mettre quatre vers debout*

Louis DtJMtra*

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