FOLK-LORE
M. Jean de Néthy vient d'enrichir d'un très beau recueil (i) la collection des ballades populaires que l'on peut lire en langue française. L'Angleterre, les régions Scandinaves et. slaves, l'Allemagne, la Hongrie sont mieux dotées que ïes.pays latins — pays surtout de rires et de chansons — en littérature orale tragique. Même pour les thèmes tels que Jean Renaud ', qui se retrouvent également dans les deux zones, les versions du nord ou du centre de F Europe sont fort supérieures en poésie et généralement plus unes et plus complètes.
Cette littérature, y compris les contes, fut longtemps l'unique distraction intellectuelle du. peuple, et c'était une distraction vraiment relevée et distinguée, bien plus noble que les fausses notions utilitaires enseignées désormais à l'école, que les histoires lamentables ou gaies distribuées par les jour-
(i) Ballades zt Chansons populaires de la if o/zgrfV, traduites. par Jean de Néthy (Lemerre).
2V**« écharpes Manches fat acheté. =
- ¥?*?£'•& & s farterai je serai Manche, -
" W *v """^ *Z V&*> ™vme ut* cygne ;
nul. n usera m embrasser. ■ . .-.*■"
Trois ^cftaràes rouges f ai acheté. . ' * * . :
Quand je lès porterai je serat rouge ' ■> " ■ " .
sur mot pleuvroht 'les ha&ersdu hien^atmé* Trois écharpes touleur iïerfai acheté. ' 7
X^f - "^SE ** ^rnesol comme un tournesol - «*/ aux jeunes filles qii appartient le monde. 0U ™ C * 01 * .
Trois éc/tarpes Brunes f ai acheté: : ^ '
U**nd je les porterai, je serai brune, ■*
LÎ^J^f* *™ ch °™?*r<omme une chouette ; ■ personne lie me demandera plus un baiser,
uens. i^s. ballades, à« contraire/ qui ouvrent le vX™.'retnaivent dans presque toute l'Europe if est tri! &'i—
on d>xpay s de,iangues différentes :aucMé?^HâKrSf' F ?' J
lade doatje^ne est 3a symbolique Histoire' œS^nZl etLèandrt, s<«t: anjpnrWi. , m êm2 chantée^Sf^*
Ï7& MERCVKE BE FRANCE
ea France, en Flandre, en Allemagne, en Suède, en Hofcgrîeu en Lusace, etc. Comme il est hors de doute que cette ballade traditionnelle ne doit rien ni à Ovide ni à Musée, puisque la poésie écrite ne se transmet jamais oralement; et comme, d'autre part, il est certain qu'Ovide avait pris ce thème .dans le tonds populaire, on voit bien que cette légende est très ancienne, mais on ne se rend pas compte dans quelles conditions elle s'est perpétuée en voyageant: peut-être que, pour, Hdro et Lêandre^ comme pour la plupart des ballades populaires, la transmission parle latin pourrait être,, admise, maïs la preuve a jusqu'ici été impossible à faire,
* Parmi les ballades hongroises traduites par M. Jean de N&thy, j'en ai remarqué plusieurs autres dont ma faible science en iblk-iore me permet de noter lès pérégrinations [tU Là Belle Anna, du fuge a de grandes analogies avqe L' Anneau de la fille tuée dans les. bois^ chanson patoise recueillie dans le Gard : c*est le même thème. La Petite Lilîà rappelle, - mais de plus loin, La Pemette, très répandue dans une grande. partie de l'Europe méridionale {2). Les trots Orphelins^ c'est le même sujet, très écourté, que La Mère ressusciiée par Jésus- „ Christ* chanson, très connue dans TIle-de-France, et que l'on " a également trouvée dans le Cher, dans le Gard, en Wallonie, en Pologne (3).
^ Sans conclure sur ce vaste sujet, il convient de louer sans ; réserves M\ Jean de Néthy Savoir naturalisé françaises des* poésies qui sont presque toutes admirables, ou délicieuses. La traduction, qui semble très exacte, est d'une langue excellente, tràs ferme et très simple, comme il convenait en un tel sujet*