‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 59 sur 111 · SŒUR ET SŒURETTE · texte numérisé non relu

SŒUR ET SŒURETTE

«Sœurette, dit un jour Sœur, avec des yeux très doux de vierge consolable, écoute-moi, Sœurette. Avons-nous, oui ou non, l'âge des révélations définitives? Sommes-nous, toi la blonde et perpétuelle adolescence, ;moi la brune et précoce maturité, sommes-nous, Sœurette, une couple de futiles cyclamens incueillables et nuls?

« Réponds, Sœurette, en me donnant tes lèvres !»

« Sœurette, dit encore Sœur, avec des yeux très noirs de vierge exaspérée, sommes^nous, toi la fille aux seins blancs comme un mois de Marie, moi plus vermeille qu'un Saint-Ciboire, sommesnous, Sœurette, des chairs que promène en, landau une attendrissante maman; ou des chairs dont on montre le tiers au bal immaculé de la princesse Unique; ou des chairs enfin que les hommes en frissonnent, parce qu'on livre avec deux ou trois fois leur poids d'argent?

« Réponds, Sœurette, en me donnant tes lèvres !

« Sœurette, dit encore Sœur, avec les yeux terribles d'une vierge qui se fait comprendre, sommesnous, toi le flacon des odeurs mourantes, moi la fiole aux stridents parfums, sommes-nous,

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