LA MORT DE SOCRATE
(dialogue)
Nous étions tous les trois, sur les bords de l'Ilissus. Appuyé à un platane, Prôtos regardait la
ï£&!r - front m J?™ e . et ^s bras croisés. £>e ses pieds d ivoire, Protê Caressait les eau* harmonieuses, et moi, Deureros, étendu près d'elle,- ie pleurais amèrement le maître perdu, le divm Socratès, dont la parole dorée ne résonnerait plus sous le soleil. - " r
PRÔTÊ
Le rôle des femmes me paraît être de relever le courage défaillant des hommes. Tu me semblés Deuteros, trop affligé par le coup qui nLs à" frappes : Socratès était un mortel et il a suivi fa fortune des autres mortels; il serait mal à protfcs de nous en étonner, nous, les croyants à d'éternelles renaissances. Socratès nous apprit Ta façdn de mourir et nous devait ce dernier enseignement ■ il convient de le méditer et non de gémi?, cornue la populace inconsciente et vile.
DEUTEROS
J'avais consacré ma vie à écouter les sa/çès leçons de Socratès. Il est triste de vivre Prôtê lorsque 1 on a perdu la raison de l'existence. J'étais habitue aux sublimes discours du maître: ils me manquent aujourd'hui, et je ne sais comment les
laTorceae lïabîtud"' *"* *™°^> -paître
■ PRÔTÊ
CeluMiui ne peut suivre ses, habitude», doit eu contracter de nouvelles. Change, Deutero», S antennes cputumes. Si tu étalTmenuûrier et <me ton rabot vint à s'user, sans chercher plus W et malgré les inconvénients d'un outil neuf.tu 5ak en acheter un secohd chez le forgeron
DEUTEROS
Certes.
PRÔTÊ
„ J* ?/ ma,s S°crates, aime autre part. Mieux vaut
?,? ? Vf % n Û so * mort > car ««• années commençaient a le Wr fortement. Peu de jours encore
et la venir devant ignorer l'abaissement de ses fecultes, nous étions forcés de lui attribuer nos
Si? 8 + éCr r tS '. DeV ° ir r «Pectable sans doute! mais il est plus juste de recueillir pour soi le fruit de ses travaux.
M UTERO s
En effet.
PRÔTÊ
Il importe de savoir regretter son maître, et si 1 on y voit un simple débarras, on déplore sa perte avec un génie plus grand/ Les SdK obscurcies par la douleur donnent la vision plus
JS '* P i taSe - pl , us di « ne et les îma g« mieux c°i Î^T TU S / IS i e ,S uelle ardeur Wàton élabore son dialogue du Phédon. 11 craignit de se compro! mettre en assistant aux derniers moments de Socratès ; j en atteste la Mère des Dieux, il eh célébrera sa mort avec plus de majesté.
DEUTEROS
Il est possible.
PSÔTÊ
♦JÏ*^ÎV otre Gb ?S rin ' Deuteros, si notre Socratès était devenu gâteux. Dans la ville d'Athènes
ou chacun sait tout, où chacun raille tout, de l'archonte éponyme au dernier vendeur de lupins des satires auraient couru sur l'imbécillité dû maître, de bouffonnes épigrammes sur la décadence philosophique. Sans doute, on eût vanté la fidélité des derniers égrégores, mais est-il si doux de conquérir la gloire en écoutant les vagissements d'un idiot, en faisant la phalange autour d'une sentine
Non, par Heraklès.
niCUTEROS
PROÏÊ
Les vieillards ont parfois de bizarres idées et ne regrettent pss seulement les chevelures frisées de
leur jeunesse. Socratès pouvait abandonner la! vertu ancienne, outrager là pudeur par des voulons non
d'Sge fâç^ PhèbeS CUSSent été promis
DEUTEROS
Il est vrai.
PRÔTÊ
Louons les Moires impassibles de nous épargné ces ennuis/d'avoir coupé le fil de Soc sans qu il nous devînt un objet de dégoût. il.oii servons de 1m un souvenir pieux et recueilli comme je conserve la mémoire du jour où. inconnue dans Athènes, je lui remis un message de
Diotime de Mantinée, docte en amour et en coup d autres choses.
avoir rates, Con leilli, -icon-
beau-
vec
DtCTEROS
Tu portais une longue tunique blanche ave franges violettes et la brise du soir ondulait lement tes cheveux. Ta démarche était celle < oreade et ta voix avait la douceur du miel fra ment récolte. Je me souviens que tu parlas 1 temps des paroles graves et symboliques, et âme se reposait en ton discours comme un au milieu de son nid. r
dès mol-
une
ïchen g -
mon oisel
NOVEMBRE 1891 m
PRÔTÊ
mS fff T itÇ es î b ^ nne » Dcuter os< C'est ainsi au il faut te rappeler Socratès, et l'imagination le fera revivre en toi.
DEUTEROS
ElS^A?* * e rf P» n * i . t .m^»J , «* oublié sa réponse, le chasseur" 11 " 6 du b ° is envahi par
PRÔTÊ
plis tC ^ Xedirai ' Deu tÇ r <»s. et tu ne l'oublieras
* DEUTEROS
Pourquoi ne pas redire deux autres mots jadis entendus, , les mots de la claire nuit de juin où notre primitive unité renaquit dans le mystique secret de l'Eros triomphant? J 4
PBÔTÉ
La présence de Prôtos nous impose une réserve qu il ne convient pas de violer.
DEUTEROS
• Fuyons alors. L'ombre a bleui sous les bois cl oliviers.
PRÔTÉ
Deuteros! Deuteros!
prôtos {intervenant)
1 l'*' 1 i fOUvé J a P ér ? rais <>n sacrée, l'auguste mélodie du verbe terminal, écartant les dissonances et les terminaisons barbares. Maintenant, j'ose le dire, notre divin Socratès sera dignement Joué.
deuteros {avec remords)
Nous étions des ingrats, Prôté. Lui pense toujours a notre maître absent.
PRÔTÉ
/J*° n £ g 5 a »? d Sot » U .P ense à «on oraison funèbre^ (plus bas) Fuyons, dis. . ■ • 1 . •
R. MlSHÀR.
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