‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 93 sur 111 · RHYTHMES D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

RHYTHMES D'AUTOMNE

A Henri de Régnier.

Voici la danse des feuilles dans les allées ; Elle emporte l'espoir fleuri des mais nouveaux Et des rhythmes de mort descendent les vallées.

Le vent automnal balance les grands pavots

Qui penchent tristement l'orgueil de leurs corolles ;

L T hiver attelle ses mystérieux chevaux.

Impassibles ej froids ainsi que des idoles, Le poitrail hérissé de neige, et de glaçons, Ils passeront avec de blanches auréoles.

Us entraînent, loin de la joie et des chansons, Vers les palais où pleurent les anciennes gloires Parmi le souvenir des défuntes moissons.

Ils entraînent vers les grottes mornes et noires

Où s'alanguissent les roses et les Iilas,

Fleurs maigres dont l'ennui décolore les moires.

Monotone, 1© vent sonne toujours le glas Des matins lumineux et des nuits étoilées Et fait tournoyer, sans jamais en être las,

La danse des feuilles mortes dans les allées.

Le ruisseau court parmi des brumes violettes.

Dans les brumes, on dirait qu'il y a des ombres Ce sont des jeunes filles blanches et blondes Avec des yeux bleus et des chevelures longues Et des couronnes de violettes.

Oh, ce sont Elles :

Ce sont les Fées qui régnèrent autrefois, Les Souveraines radieuses dont la voix Guidait les Chevaliers vers ïa Forêt immortelle.

Maintenant» les voici comme mortes; Mélancoliques* elles dansent dans la brume,

Parmi les aulnes et les roseaux ; Elles dansent lentes et taciturnes.

Et c|est le chœur des tristes Fées qui sanglote Près de l'automne du ruisseau.

Dans le soir passe comme da l'oubli*

Aux branches frileuses des arbres, H y avait de claires gemmes ; Voici maintenant que les gemmes Tombent, pareilles.à des larmes.

Dans le soir, passent comme des âmes tristes,

Par le ciel calmé souriaient Des vierges aux voiles d'azur ; Des pleureuses en çhappes grises Qui murmurent des chants mauvais Hantent seules le soir obscur.

Dans le soir passe comme de la mort.

C'est la pluie, -

Cest la langueur lente des soirs d'automne r Ce sont des heures vagues qui .sonnent Comme un écho d'anciennes vies. .

Et voici les belles mortes ;

Elles arrivent en un cortège

Long et morne, ■ y ■

D^où ? De loin, de là-bas...

Des épines ont déchiré leurs robes,

Et parmi leurs cheveux, blonds ou bruns, luit de la neige*

Ça et là.,.

Oh, vous passiez jadis- en des robes dorées Et des gemmes et des étoiles Vous coiffaient, Et tout riait quand vous surgissiez à Torée

Des bois, pu la chanson des oiseaux triomphait.

Et maintenant, vous repassez

Pales et la joue aimaîgrie ; ■

L/orgueil de vos fronts s'est abaissé

Et la douleur des chemins vous a flétries^

Et vos veux, vos yeux ternis oleurent, Tandis que, tristement, s'envolent tes heures.

A.-FERDEKAND HeRQLDc

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