‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 12 sur 140 · LE PHONOGRAPHE · texte numérisé non relu

LE PHONOGRAPHE

(Cette page appartient à une version très primitive « de VJyoe. future et très différente de la rédaction dernière.)

« Jusqu'à présent, vous n'avez eu en face de vous qu'un fantôme parfait donnant l'illusion la plus absolue, mais un fantôme muet. Comment lui donner la parole de madame ?... Avec le phono-> graphes. Voici en quelle manière (Il lui faut une conversation nourrissante et non des banalités, il. ■ faut une femme supérieure): choisissez parmi ces menus de conversation tendre ceux qui vous plaisent... Ils sont rédigés par d'excellents, poètes qui ont condensé dés mondes de sensations, d'impressions, de sous-entendus, -de promesses idéales dans chacun d'eux, et la misé en scène est donnéeci-contre. Voici l'amour idyllique (demande et réponse), au bord du ruisseau, le premier rendèzvoûs haletant, la pudeur soucieuse.*. (Deux jeunes gens se sont battus pour la pudeur * d'un 'de mes produits féminin* ei^L présence duquel Tiin d'eux avait laissé échapper .un inot trop léger. Le ^sort a

voulu qu'ils aient fait coup fourré et soient morts

tous deux...) Voici Tamour espagnol, italien,

africain, sauvage, brûlant!; avec ses onomatopées, ses cris délicieux, ses abandons et sesrages* ses phrases sourdes, ses pâmoisons. — Voici l'amour français, sémillant, galant, piquant, amusant... .Voici., au'fait, choisissez; Vous pouvez même les prendre tous si vous voulez. Il y en a pour trente , heures de .conversation,- avec les clichés de re-' change,, r— Voici l'amôûr allemand, rêveur, le : clair de iune, les- fleurs des bois, les étoiles, le silence et la méditation à deux,, une conversation. . métaphysique transcendantaïe, tirée des meilleurs et des plus profonds ouvrages de la dialectique ; allemande; — le tout roulant sur l'immortalité de l'âme. Oh se sent meilleur après uiïe conversation pareille avec celle qu'on aime : elle répond avec son instinct et vous parlez avec intelligence de rhûmanitë tout entière. Vous pouvez ajouter et couper tout ce que vous voudrez, à votre goût, ceci n'étant qu'une sof te de guide^âne des- • Vtiné à épargner aux inexercés des tâtonnements . oiseux et à donner du génie aux imbéciles,en rectifiant ainsi. les erreurs de la nature....» '-.

FANDREIDE. ,

( Le chapitre suivant n'a de commun que le titre avec celui du voluirie. Çest la première rédaction de difeérèhts paragraphes espacés plus tard en plusieurs .chapitres.) ■ . '.--- '.■■'*." ■■':■ V

Chapitre xïï. — - Hurrahî les savants vont vite, — (En. épigraphe ): — « L'ange dit... — Adam, pèse- : toi avec la femme, ensuite évalue. En elle vois-tu pas que tout n'esï qu'apparence? > — Milton, Paradis perdit. ; , .:

« .— La vie proprement dite? répondit Edison, eh bien, mon cher lord, je vous disais gue j'ai cru devoir Téçartèr comme une superfëtation nuisible; En ejffet, la vie entraîné avec elle, en une. femme, des servitudes du corps et de l'esprit.

De la ces humeurs changeantes, ces puériles préoccupations, ces.variétés,. inconstances, absurdités et perfidies. Est-ce donc ce fardeau que vous aimez en une femme?. . ; Non certes, c'est sa beauté sa tendresse, son abandon,. sa voix lorsqu'elle est douce, le charme de son sourire, de sa présence ou silencieuse ou captivante par- d'angéliques entretiens. Le reste ?... vous le rejettèrie^bien volontiers a 1 abîme inconnu dont nous sortons. Eh bien, miss Hadaly offre tout cela ! mille fois plus encore peut-être! Oh! permettez-moi de vojis ménager quelque surprise à cet égard..; pure coquetterie d inventeur ! Elle vous offre enfin ce ^ivxV 31 ^' à cou P sûr, vous offrir la triste réalité dont elle sera l'idéal. Elle sera selon votre rêve, Il me semble que .cela compensé' un peu la

n ~ P ail jeur S , en y. réfléchissant, la Vie de celle quon aime doit n'être qu^une source d'idées désespérantes pour un homme vraiment épris. Ne doit-il pas se poser à chaque instant, ce dilemme, s u est sincère avec sa. conscience : ■- .

« Ou je la verrai mourir, ou je périrai le pre- « mier. Si elle-meurt avant moi v la terre ne sera « plus qu un désert pour mon coeur. — Si ie ïa « précède, au contraire, dans ïa nuit, je connais « assez la nature d'une femme pour être à peu «.près sur qu'au bout d'un temps donné, quelque « attachement qu'elle ait pour moi, son amôu?se « reportera sur un autre qui m'effacera bientôt- * en S SÎ<r» VéniT ° U le fera 5in S ulièrem ent pâlir

toke Ja i d ° nC élagué ; la Vie comme suréroga-

Après lin instant d ; éïonnement vague, lord Lyonnel murmura presque à voix basse :

« — Enfin, vous ne forgerez pas un être concient r » .•■.,.,.■

Edison- lé regarda fixement :

rm* ^?' èst ï Ce 4o ° c Pas précisément le contraire • que vous m'avez demandé? dit-il. Savoir : une

JANVIER X893 : y-

. femme identique à vofre jeune amie/.mpîns-Ia conscience dont celle-ci Vous semblait affligée ?

« — J'ai dit: qui me changera l'âme de ce corps!» répondit l'Anglais avec un sourire.

■■. * — D'ailleurs, poursuivit Edison, Tâm% la

• " '. conscience de celle \jue. vous aimez, n'est-ce pas,

. presque totalement, le reflet nerveux et instinctif, qu'elle a de là vôtre? Une femme ne discerne .que selon ses goûts,.sans pouvoir en franchir la , fatalité, si ce n'est grâce à l'esprit d'un homme

: qui lui est sympathique. D'après les échantillons . iatellectuels que vous m'ayez donnés de miss Evelyn, penséz-vous que ce soit une. bien grande . perte pour miss Hadaîy d 7 être privée d'une cous- , cience comme celle de sqn modèle ?..7N'y gagne - . trellé pas, au contraire, au moins en vous, puisque celle de votre amie vous fait, répulsion ? N'est-ce pas notre, devoir d'être toujours un peu conscients . pour une. femme?... Une conscience ?„.■

«Mais c'est l'aptitude à i'amitié : mtellectuelle T à . l'estime désintéressée, au dévouement purement idéal qui seul, produit les, grandes choses.!.;. Tout jeune homme, dans les anciennes républi- ; ques:.*,.* ■;'..-■■■. . ■ \ .*• ■' - •

« Citez-moi deux amies dans l'histoire de

l'Humanité...... . '

. « .:.. La plupart d'entrés; elles méprisent ceux

' qui lès adorent, se sachant inférieures et les con-

/ . sidérant, pair conséquènt^omme insensés ou avi-

' lis, pour cela seul qu'elles sont aimé&s !■■ De sorte

que pour se défaire de leurs importunités, il

suffit de simuler qu'on les aime. Elles- vous

raillent finement, vous vous frottez les mains et

* toiut le mondé est content. Oh ! loin de moi de les en blâmer ï je con&ta te des .effets naturels, in-

■'." frangibles, absolus, ; les choses qui sont, qui ne se . discutant pas... Mais il me semble que notre causerie est devenue passablement impertinente . pour ces enchanteresses ! Heureusement que nous

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sommes seuls et que miss Hâdaly, elle-même, ne peut plus nous entendre, -,.

Il y eut un silence. "'".'.'.'.

« —Remarquez bien qu'ici, mon cher lord, tous m avez placé sur le terrain passif et passionnel strictement passionnel de la femme! Si vous transposez la question, obi je m'exprimerai d'une

toute autre manière Si nnncn»rl^. ai ^Tn-rrif

té du , , — ^„ espérances (et certes, sans même recourir aux exemples de 1 Histoire Humaine, il en est un grand nombre encore sur cette estimable planète, bien qu'il tende à diminuer)— oh ! alors, dis-je, je me trouverais étrange si je n'inclinais pas un peu mon intelligence devant celles-là. dont- les flancs, tout d. abord, se déchirèrent pour qu'il Uoiissoit permis de nous développer.... je ne puis me dispenser, même, de m'exalter un peu ici! N'est-il pas dé bonnes compagnes, de nobles mères? Il est des jeunes filles I Et ni les vierges d'autrefois, souriantes dans les flammes ou les supplices^ sur là foi d une parole, ni les héroïnes extatiques, au blanc pennon, libératrices des patries, ni les humbles femmes courbées sur les souffrants, les dénués et les abandonnés, ni toutes celles, enfin, qui sont inspirées par plus haut que l'instinct, non, celles-là n ont rien à faire' dans ce laboratoire ni dans la question.... » ■••■■'

Tout ceci fut dit par l'ingénieur avec une légèreté si affable, un àir si avenant, sur un ton ' dune élégance si paisible, que lord Lyonnel qui ■'. 1 écoutait avec attention ne put lui répondre que par un excellent regard, — où le gentilhomme' de race sans mélange et renforcée par les siècles reapparaisait. Mais. le sentiment.de son premier amour souillé l'emportant, lord Lyonnel rompit le premier le silence : -

« —Il me semble qu e j e me trouve chez Raymond Lulleou chezFlamel, au temps des souffleurs du moyen âge, et que nous cherchons à parachever

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Une œuvre magique, dit-il. Seulement, comme le Fantastique entre ici dans le.domaine de la Réalité, je vais mieux spécifier : ma question de tout à l'heure. Serait-ce trop attendre de vous que de vous prier de substituer, sinon une conscience, du moins une inteUigénce, en ce prodigieux iiicubç que vous appelez ce soir miss Hadaly et qui demain sera devenu, vous venez de l'affirmer, — - une seconde miss Evelyn? ...»

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