‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 120 sur 140 · SUR V AMOUR · texte numérisé non relu

SUR V AMOUR

L'amour est la plus noble des passions : mais les passions sont les moins nobles des facultés de

l'âme. :. '*■■■"■■". "■■'■■

: L'amour étant dé toutes les passions celle qui affecte le. plus l'humanité est aussi la plus mal connue. , ,

^ 2 ■ . MERCVRE DE PRANCÊ

■ïl y deux modes dans l'amour : le corps et i ame. 11 n y a qu'une substance : la vie.

L'amour ne rend pas meilleur, il rend autre.

Il y a plus à gagner à aimer; il y a moins à perdre a ne pas aimer. •

i L'incertitude dû cœur est l'aléa de l'amour '--

c est sans doute ce qui fait qu'on se passionné dé ;

Ce JCU— J.9,.

L'amour de la gloire est si grand, que, lorsque tout nous échappe, nous nous donnons au moins ' la gloire de l'amour. . •

. 8 . • La pitié l'honnêteté, l'inertie jouent un grand rôle dans lamour.Si on brisait là dès qu'on n'aime plus, il- n'y aurait, guère; d'unions durables. La séparation est une mesure extrême motivée non par 1 épuisement de l'amour, mais par lWen^ ' drement de la haine. ' s

Qn aime rarement ceux qu'on a intérêt à aimer.

Quand on mêle le devoir à l'amour, l'idée du devoir finit par absorber Tidée. de l'amour. . '■

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Lorsqu'on fait valoir ses droits à être aimé, c est que déjà on n'est plus aimé.

Là tyrannie de l'amour ne se fait jamais plus sentir que lorsqu'il n'y a plus d'amour.

L amour doit- être l'Alphée de- ces écuries d'À-ugiâs, les sens.

La poésie et. la physiologie -sont les deux pôles ^e.lamour. *

AVRIL. 189a :■'';. 35 '2 /-'

En- amour, comme dans beaucoup de maladies .. .une rechute est toujours grave. \. ■ ' *

Pour être ; très fort en amour, deux conditions sont nécessaires : espérer tout et n'ignorer rien.

La jalousie est une passion de même ordre que ■- ( 1 avarice. n

Il.n^y a.pas de. femmes, dangereuses pour les aveugles; il n'y a pas. d'hommes dangereux pour

• les.sourdes. ' \ -■ - ■

^ Les hommes en racontent beaucoup plus qu'ils n en ont fait, et les femmes beaucoup moins?

Les hommes aiment à se vanter d'avoir possédé

un grand npmbre de femmes, . sans en avoir ja-

' .mais aimé; les femmes d'avoir .été aimées par un

grand nombre d'hommes, sans avoir jamais cédé.

La femme a l'imagination des sens, et l'homme

. la sensualité de' V imagination..

Les femmes sont plus savantes, et les hommes plus expérimentés. . ■'

Tout l'art dé l'amour consiste pour l'homme 'à ' deviner la femme, pour la femme à comprendre - 1 nomme.- ." ; •.'. •.'... ■

L'homme .est -un mystère '.pour là femme, la '■ .. femme une énigme pour l'homme.' " ' ■ •

sur le Mariage '.

A cette chose si simple et si naturelle,, l'amour,

. 1 homme a substitué cette machinerie compliquée

et encombrante, le mariage. Comme on reconnaît

bien là l'inventeur, de la jurisprudence, de l'administration, de la nationalité, et celui dont une des plus vieilles légendes est le lit de Procuste !

Le mariage^ comme la loterie/ est une de ces choses où il est prouvé que Ton est fatalement mis dedans, et où Ton se laisse toujours prendre:.

Le mariage est un esclavage, quelquefois de .. 1 un des époux vis-à-vis de Tautre v fe plus souvent de tous deux vis-à-vis de la société.

Le mariage est un gage sur. lequel on cherche à

. emprunter de l'amour.

Le mariage est un moyen terme entre l'amour et la chasteté.-

Si Ton pouvait essayer de vingt femmes,, avant

de se marier, on finirait peut-être par trouver celle qu'il faut : mais l'enthousiasme n'y serait plus, ' :. J '

Le mariage rompt de pernicieuses habitudes pour en faire contracter de déprimantes.

.,. Les laides renoncent à l'amour,: elles ne re-

<. noncent pas au mariage.

— Etes- vous heureux en ménage ? .

— -Autant qu'on' peut l'être.

Réponse banale qui en dit long sur les ioiçs du mariage. . .

- IO « Ils furent, heureux- et ils eurent beaucoup d .enfants.*

Ces deux propositions ne jurent-elles pas de se voir accouplées ?

Contre la communauté des femmes* je lis dans Jipictète cette : maxime ;

AVBII: 189a 335

: « Le théâtre est commuri à tous les citoyens,; mais sitôt que les places sont prises, tu ne peux ni -ne dois déplacer ton voisin pour te mettre a sa place." Les femmes sont communes de nieme, . ■ irais sitôt que le législateur les a distribuées .et quelles ont chacune leur, mari, en bonne toi r f est-il permis de ne pas te- contenter déjà tienne et de prendre celle de ton voisin ? » . . ' ■ J'aime cette comparaison parce qu elle va a tin . " contraire de ce qu'elle .-veut prouver -les femmes ,

sont à qui les paie, et telle quia été prise par autrui la. veille peut-être occupée par. toi le lende-

' main.

.. Le mariage est une prison dont les portes sont toujours ouvertes sur Ta dukère. .'■> ■ -. . .

Un mari trompé sera toujours ridicule, pour avoir cru que la. protection des lois était efficace . là où il était incapable de se protéger lui-même.,

Il y a des cas de fidélité, comme il y a des cas de dipïosomie.

On n'est pas toujours: le fils de son père, mais on est toujours le père de son fils.

. Comment se faît-il qu on soit moralement obligé d'épouser une, jeune fille que Ton a .séduite, et légalement empêché d'offrir la même réparation à une femme que Ton a compromise et contre qui,, par suite, son mari d fait prononcer le di- . vorce? ■ "

Le divorce est :un remède qui a plus d'un caractère commun avec ramputàtiohj. entre autres celui-ci : on a. souventmal au membre, qu'on ^à plus, '

' . Louis Diïmur. .

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