LES COLOMBES
La vaste mer livide étreint l'horizon nu, . L'horizon désastreux où la vieille arche flotte.^ Au pied dû mât penchant l'Espérance grelotte, Croisant ses bras transis sur- son cœur ingénu. .
Depuis mille "et mille ans pareils,, le , soir. venu, L'âme assise à la barre, immobile pilote,- Regarde éperdùmeiit dans l'ombre qui sanglote " .'. Ses colpmbes s'enfuir vers le port inconnu.
' Elles s'en vont, là-bas, éparpillant leurs plumes ;' ;■ A' travers le vent fou qui- les .cingle d'écumes,- Ivres du vol sublime enfermé dans, leurs flancs, ,
, Et, "chaque lendemain,, au jour blême et cynique, L'arche voit' surnager leurs doux cadavres blancs, Lés deux ailes en croix sûr là mer ironique.
*.. . Albert Samain. ...
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=6 . . MERCVEE DE FRANCE
IN EXGELSIS .
A Leçon te de Lisle^ .:
L'homme est un animal perfectible.
(Î-A sagesse)
Un plateau désert sur la plus haute cime d'une montagne. Des rocs que nulle mousse ne vient adoucir gisent sur le sol, veuf; de tout arbre et de toute broussaille même. Une intense et vibrante lumière anime seule le silence des pierres austères, et les rayons, du ' soleil dardent droits, terribles, car ils ne. sont plus arrêtés par les vantaux des brouillards. Les flancs du;. mont sont étreints de nuages pâles ; et floconneux' qui. : J déferlent et semblent assaillir les altitudes. Sur le plateau et devant une grotte, un homme est assis. '.*
Pjeumus Poeta .
Il y a dix mille ans que s'est tue la dernière voix àn-^. nonciatrice du Verbe, et'depuis des siècles sans nombre/ déjà ma^lyre s'était brisée à Tordre des dieux. Encore, sur la terre défleurie, résonnaient les. vibrations de -.l'ultime chant, alanguies et mourantes, semblables au souffle des brises qui s'éteint parmi les roseaux des lacs clairs. Désormais mes oreilles ne percevront plus les échos qui venaient d'en bas.' Le chœur ' des ma-', giques syllabes s'est envolé - ; vers les cieux profonds < il est .allé rejoindre les antiques, et sororales harmo- .. nies! En moi, il a retenti, sonore comme un appel, . . douloureux comme une fuite. Les reines voilées d'infini ont cessé 4'exister de la vie misérable, elles ont conquis l'éternelle vie des ineffables paroles et dés rayonnantes idées.
. (Il se tait, et, muet, il songe, les regards perdus, tandis que le soleil décline, Semant de fleurs .fauves les pentes du mont:)
■ Oh! la prime aurore, où les maîtres des destins dé- ' ' nudèrent jpour moi les essences prodigieuses/ Dans le/ blanc matin,, elles apparurent, et -se calmèrent la . rumeur des bois et la fastueuse plainte des mers. L'air palpitait d'ivresses ignorées, des parfums nouveaux se '■ révélaient â mes sens; des corolles. "naissaient et se ■ fondaient dans l'éther ; la' lourde muraille de ténèbres ; qui cloîtrait le Monde s'effondrait sous le doigt des- Voyantes, et, le premier parmi les hommes,, je. communiai avec l'Univers.
JANVIER 189a " . . ' '•> ^ - . ^
(De lointaines harmonies émeuvent l'espace, le visage de l'homme: irradié, un vol; d'abeilles rousses, entouré sa tète . 'd'un nimbe vivant. Le chœur des yoix s'approche, il retentît au-dessus du mont/ L'homme écoute, extasié.)
Chorus Ldearuài ^Eter^aSujm.
Les vierges que tu possédas, les 'vierges toujours immaculées, te saluent, amant premier, époux très
cher,'- -" .,"■., ■■" .- -''.
. Primxts Poetâ Pures formes,, éternelles amantes quim-étes apparues jadis^dans l'aube initiale, vous . qui avez tendu', vos lèvres à mes baisers, vous qui avez donné vos flancs à .mes étreintes , je vous salue, épouses, moi, Fépoux de votre dilection. .:
Chorus Ibearum j£teRjS[aruwe ';Elu, .' quel chagrin te poïnd, toi le" seul de; ta racé qui vécus une minute de la.' vraie vie ? : . Tu ;nous connus et tu, chantas; sous le plectre, là lyre surgïe créa le monde une seconde fois* A.ède : - immortel en qui. s'incarna le Verbe, unique roi des fhythmes surhumains, les "poètes mortels n'ont répété que les syllabes dites .par toi au jour ihoùï des révélations. Nul mot. : n'existe que tu n'aies' dît, nulle vision né s'évoque que tu n'aies voulue. . Que te -faut-il ? La gloire ne te. suffit- ■ elle pas d'être le père véritable des initiés qui semèrent tes. paroles au vent des crépuscules-, à la- brume. des matins ? . ': '■ ■ '
;" ;/• PrimusPoèta ■ /.
. . Pourquoi . les Glorieux à. qui rien ne peut résister, : ont-ils voulu que je connusse là terrestre ftn des sages '- ■ que. mon esprit enfanta ?
■ ,. Chorus; Idearw ÎEternarum ' ' :• ■" .* . ,
Les enfants que tu engendras ont tissé là trame
qui. te retient. Seule,leur mort, peut te libérer de vivre.