‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 23 sur 140 · CONTES D'AU-DELA · texte numérisé non relu

CONTES D'AU-DELA

LÏSBÈTH. :

cbmme une gSe ^'SK^Ï^,.?^ frappaient lçs tables de fer, oîîrSs^^l^ ^ '

SSSït dil S**? : CUe S ^ a oïïSers^brrë ^»»able friss Oaf gP S e 4U a ÏÏÏSX

ses veux A 1 irk &,"? S ' , d Une ^nge grandeur, d un .Stenab^ard^^eu ï '^tie^

deux- gSes P béàn2%Sr l 6 ' d ? u .x abûues d'infini, ■ les cils les estomraïin* h?, sol 'f ntr ^ m e. D ordinaire,

charroi H^fnî ■? i bord ' em P r emts ensuite de tant de it^ï^ «fi^T"" 6 tend ^ esse . qtf «i oubliait .

.une contemplation pleTne dSS'sef ^ ^^ daDS

frSak'au ?^ ien eUe ' - et cette secousse qui me cetera M P ouvaitme ^sser aucun doute I

JANVIER 189a ■' ' "' ;; \' Q

,.-■ Dehors —je me souviens ^- pas un souffle .ne faï- .

' sait s'agiter les maigres platanes de Favenue : . An ciei, ainsi que des diamants ëpars en un écrin de velours .

' sombre, scintillaient les étoiles,', et là nuit.épandait sur la ville endormie sa sérénité, bienfaisante, son* calme, •que ne troublaient que rarement .quelques, passants ou le . roulement ; d'une voiture , attardée. Un carillon sonna une heure que- je n'entendis pas : devant moi se. dressait la résurrection du passé, du lamentable et-

, funèbre passé, du passé , meurtrier, et quelle, houle dé pensées grondait confusément, àcette triste évocation !

Enfin, le^hasard^ comme je le bénissais ce soir4à! — le hasard me mettait en présence ' de .Celle qui, j'en / étais sûr, sans, pourtant en avoir les preuves matérielles, sans même, qu'aup un . indice, pût mencourager en cette croyance, avait — . et un pressentiment secret, toujours latent, nie l'affirmait — pris une part certaine,

■ encouru une intime responsabilité dans la mort de cer. pauvre Jean, qui tant m'avait été ;chef. Je n'avais jamais rencontré, parmi la foule que l'on est. .contraint de coudoyer,, une âme pareille à la sienne* C'avait été,".

" oui, , je hé crains pas de l'avouer à cette heure, mon seul ami, Tunique humain digne de ce nom , -prodigue : . si" souvent a tort,. prostitué, combien de fois ! à ceux qu'une passagère ou accidentelle communauté' d'ïn t'èrêts, une vague similitude de /goûts j'. des aspirations -identiques, semble unir, à vous par quelque, point. Jean de- Sancey, alors qu'il était lieutenant- de' chas- ■ seurs,. .àyait rencontré Elisabeth, ■ cette fille aux yeux de mystère, dans la petite, ville de province. où il te-.. nait garnison., De -suite, elle- avait su, par. quels sortilèges ? lui. inspirer une de ces passions qui détiennent tout l'être -en' un jaloux et perpétuel servage. \- " Déjà, l'inconnue qui' me prenait ainsi la. meilleure . part de Jean, .et ' l'enlevait a mon affection, m'avait . inspiré un instinctif . sentiment de. répulsion, auquel , s'étaient ajoutés de vagues ^pen sers de malheur, qui! làs I ne devaient que trop tôt se réaliser. Aùssînfé-.. tais-je toujours refusé à plus connaître \ celle qui îious . séparait ainsi, et que je considérais, alors, comme une : ennemie, lorsqu'un jour j'appris que de Sancey s'était tué, .sans' que .rien . expliquât ce suicide . impré vu:-

■ Ûautre n'avait plus reparu.

■ Cette histoire, jamais oubliée, revenait maintenant avec une abondance, une précision de détails qui ravivaient ma haine et ma douleur. Et, de suite, je pris

la résolution dé faire tout le possible pour arriver à connaître lemot de cette énigme; puisque fie sXnx

ger, le contraindre au besoin à mé livrer 'son secret Au lom, la mer s'étendait, ruisselante de clarté sous le baiser étincelant de la lune; les houles^paisées et w»^? S * W" ent d '™ faible ressac la grève toute " blanche. Un phare, très lointain, en sanglota* £?2. rouge lumière l'infini des horizons bWèux Det fantômes d'odeurs passaient dans l'air Se à p gnî si les pillages ombreux frissonnaient. Devant îaïïfe' ■tranqmlle du décor, la fièvre qui brûIahTmes teS '■ brusquement tpmba, et l'influence ■ consXtoice des choses pâles et belles m'entourant adouci l'amertuïl ■

îlec FLZ^n^v n T' La nQit Posait màÏÏ£S£ avec ses mains délicates et secourablés de femme.

Oh J ît ÏSuCslSï'^ ? VeUr de la recond ^reche Z elle! . échangé ïauï il k? S ,° n a PP^ te ment, nous n'avions ecnange que les banales paroles d'usasre et n>n rien ne m'était venu faire présager la scène qui S

rîïïZT Lors< ï£ elIe eut &**Z ^ la chendnée W

a un intraduisible regard— et à ce moment ie r><*rr\ï*

iïP&teZïïïr"* ? ™ lie »> -"Sd^nant

susoendïf *S i ? + -i 101 !' dont le cercle é P ôr rae me. suspendait en la terrifiante angoisse, dans l'att^ntA fébrile d'un avenir insoupçonné ■ ' •■ attente

« Bonsoir, Monsieur de Rèce, dit-elle, vous êtes v«nn

S? P ^- e Ji de J ean ' n * est - ce P as ?» Puis avec un ^ImW •attendri .de voix: « Le malheureux garçonTje ™Fa?oas : ' • oublié, je vous assure • » . ' J pas

eue releva la tête, et. pour, la seconde fois me falcinà d !' es y eu , x grands ouverts. Il m'était nnwssuMede ?éXaïï miCnS ; ah ' ré P^antable su^lice que

diSaS? °- TS - ànP& d,Une «Payante' hallucination, où '

év?au^ t é v " je PaS le - s P ectate *r du drame dont 'eUe : évoquait le ressouvenir en elle? T'assistai terrifiai™, '

Kn nt i1- C ? tte ^- Cène q^jen'avïï p^'Si^- . qui en réalité , avait dû se passer ainsi entee Elîe eTlui ' Dans cette petite pièce où j'étais tant de fois

venu, Jean, les sourcils froncés, un pli méchant barrant le front d'une ride ^inaccoutumée, .mar-:

. chait à grands pas, avec l'allure hagarde d'un foui

.Des paroles inintelligibles et brèves sortaient de

ses lèvres crispées Evidemment,- on le devinait -.

en proie à l'obsédante hantise de quelque idée

mauvaise, lorsqu'elle entra. *

: — « Lisbethy dit-il très bas/ d'un ton voilé, où

. perçait une colère, mal contenue, et gros de

^reproches, . sais-tu Jbiën que ce que tu as. fait là,

c'est infâme ^

. — « Quoi donc ? mon ami..

. . — « Inutile dé feindre, :

«Lisbeth , je t'avais rencontréepauvre, orpheline, abandonnée de tous et de toi-même. Je t'ai voué,., des ce : jour-là, ; un amour tel que ce n'était plus ;.que par toi que la vie m'était douce ; et tu avais accepté de me suivre. Sans restrictions, tout entier je me^suis; donné à toi, te faisant maîtresse de ' mon âme comme de mon corps — oh ! je ne me plainspas : j'ai été trop heureux !— Mais, en retour, ■ ^e.t-, tu- avais librement .consenti à ce pacte, je te .. ■ demandais une seule ëhosé, de me rester fidèle, quoi qu'il advînt. Et c'était pour moi, tii le savais bien, un illusoire serment, car je ne pensais pas, non,; pas un instant, que tu pouvais mentira Eh cet amour ,. j'avais placé tous mes espoirs, et aussi j hélas 1 .toutes mes illusions ; il était devenu pour . moi le suprême refuge et la joie dernière, au-delà de laquelle il n'y a. plus .que le né'ant... Tu n'as pas vu là autre chose que folie d'un instant, : que passager caprice. Bïsr-môi, pourquoi m'avoir fait tant de mal? J'avais été, cependant,; toujours. bien soumis et. bien tendre pour toi : avant que' tû ne

' les exprimes^ j'avais à cœur de réaliser les moindres de tes désirs.,. Etait-ce donc si impossible, ce que j'avais rêvé, .-et que t'avais-je fait, mon Dieu I pour me punir si .cruellement... Tout à l'heure, il me venait des idées de. crime ; j'aurais voulu, tous les deux,, vous écraser ensemble, comme l'on fait de vipères qui vous mordent... .

. et^rr^Sf^ Ie S61 ^ S - talon ' tu~ën M a ? S^-? ami ' je ne com Prends pas Vet si SnrLœl^s^ 6 ^ 5 eQCOfe à *****

vôïSuqu^ ^ 5 PaS ' Ihurla de Sa » ce ^> d'une

J'IfP 1 ^ ,^vant les tentures , furieusement Elle ayaitabaissé sa voilette, et s'avança.

— « .Laisse-moi passer y

— « Non !

delri tew"* !? ?' 6lle V0Ùlut Pnadrè. à côté

Sei ÏVo t0a - d f k POrte< Mais iL la saisit ■« poignets, et la rejeta >sur un fauteuil "

Tr!f f ? - a ' P resc l ue aussitôt, hors d'elle. Lui, se tenait aux étoffes pour ne pas tomber ■

vîS 1 * 1 * S ° US reffr °yable P comSat P q ue 1 1 1 vraient en son cerveau ses idées affolées - il fit

coXw ment ' ? 6ndit la main ^oite "lllerenla P an pli C e. 0SSe<ie S ° n ""^ d ^donnance, à

nwilr 3068 ' fitXîsbWh' en ricanant : tu ouï Zt& + leco ? rage d -e me tuer. Et bien, oui, lachIi! P ' èntends - Mais tiredonci

nrSLnf ] e , t fil ; rou S ir ' comme à un soufflet : îl ?empe ' ayant tourné Ie canon vers sa

™ÏS~ « !f /"? " e bleue se dissi P a en lourdes Iftl T ?n ^ n - ^ Qmme un brouillard léger enla IffinSS^iJ 1 * ï COrps du ^tenant étendu, les m ïf nc " W ° nde t0rdue en un dernie * rictus dess^rr"-i PeeS '- ayeC , un tout P etit trou au-' dIS Sur W^- qm re ^ ardait . vaguement, vitreux ÎSCit f ■ ! plS ' UD î nmce fîlet de san S se coa-

a^î^ t b x£â!. po ? ,,prt . ; ^^

sembla von- U tont°S e m - baignait m<?s tem P es " • * '"» sembla \o lr tout s agiter autour de- moi, les yeux dé- .

mesureraient s'agrandir, tandis qu'un xire démoniaque éclatait -à 'nies oreilles : il riaient, ces yeux, e.n vérité ' ils riaient... Je m'évanouis. .

Quand je revins "à moi, lisbeth; un flacon de sels à la- main, les paupières- baissées^., ironiquement me demanda. : /- ' ■ - ' ■ . \ .;...-!

— ■ « Qu'ayez vous donc, mon cher? et quelle sensi- bilité! J'ai presque eu peur,;.?) • -, .-■

La misérable !

Je savais donc ce qui s'était passé, et jamais mon

. juste désir de vengeance n'avait été plus grand. Mais ' tellement invincible .était la puissance de son regard, .de son horrible regard, qui serriblait lire en mon âme, et- en même temps la dominer;: elle devint ma' maîtresse ! .'•*'.

" Oui, je commis ce sacrilège, cette effroyable prof a-- ., .nation; et . en *vain J'essayais de me soustraire au ' joug, de me reconquérir sur. moi-même : sa néfaste influence me' tenait aussi sûrement qu'avec les. ; plus' pesantes chaînes. Ce n'est pas que des pensers de rébellion ne -me 'soient venus. "'■■/"..' '. Une '.nuit, je me levai sans bruit— une" arrâignèe tissant sa. toile n'en eût pas fait plus. Sur une table, .des ciseaux luisaient faiblement. Je les pris,, et lentement; ' . très lentement, je vous assure, s an s que mon pas glis- ^ .sant sur le parquet pût s'entendre,' je .revins près du v lit les tenant ouverts dans ma main, Comme mon cœjir battait à ce moment, et quelle joie illuminait mes "■■ ■ traits !■■ Silencieusement je ricanai...- Enfin, j'allais pou- ■' voir rompre cette union infâme, -apaiser mes remords, chasser les yolupités impies et trouver le repos !. Puis- . '.que ses-yeûx, ses yeux, magiques, ses yeux de. vampire étaient .toute sa force, un seul coup dé l'arme frêle, et c'était tout. Penché sur la dangereuse femme qui . formait éclairée par la veilleuse d'albâtre, retenant mon souffle, j'allais frapper.., Damnation I dans là face blême, d'un mouvement /presque automatique, les pau r pièrès de cire s'étaient levées, et; buvant mon âme, ven- ' -touses impitoyables, lès. yeux d'émail de la goule or-, .. donnaient; elle me tendit, ses" lèvres, .le mince, ruban rouge de ses lèvres, qui me brûlèrent, d'un baiser tel qu'aux enfers les éternelles victimes doivent seules en recevoir,

Et cette passion durait, durait, semblant rie. pas

vouloir finir. Une autre ' fois, j'entrepris de verser un '

leTa°l?co U ? P SOD VeîTe '•**<*** ™* répugnait E?le w,^ ? î me sounant sataniquement, puis si

«ÏÏSÏÏIÏ * î? POS ! SUt if **** ^ e le c " stal s'en" éparpilla, brisé. De même. Vautres tentatives échoué-

rent. ,

instant dan ^W. {gnoble compromission de tous les M»S ™ ' « * f ^lesse mdigne me. faisaient honte. Mais en sa présence toute résolution disparaissait en v S 3 ™ 1 qu'un vol de nuées vite dispersées par là ï£E£J £ Ue J0Ur '- je me P tome ttais de rompre ce lien âS te^hu'f e ? mt ^ evo J ait Prodiguer mes caresses 4 la terrible fascmatnce. Non, non, les tortures que

coSofr^V? S ° nt PaS ^ œdeS ** se 'PeuS n^J + if J e i ° pstencor f Pour moi un sujet d'étôn- . ?Z£T ^S de ? e ra P^ el er ce temps d'inouïes souffrances et de voir que j'y ai survécu ' .

i- 0r ' "*$?■ : 'J? Pattendais tous les soirs,à la sortie du ; " ..heu public où £ ne chantait. Cette fois bien décidera ' accomplù: l'acte à tout prix - je m'é aïs m Si & couteau de chasse; il était ouvert dans ma poche ^t' chemm faisant j'en caressais la froide, lame Te 'fus très sp^tuel, fort gai. Elle ne s'aperçut derien^j'éw! ■ tais, du:reste, de me trouver sous son regard, car cer- ■ 2?ir nUit ' CÔmme les a ^esfelie SS.W" /

Je me rappelle très bien toute la scène : i'e la laissai ' passer la première, dans le corridor, qui à ce1£ • ^ n T£ V T éclai 1 ré - ^ sifflotant un halS? ' ÏÏEX^^wf* ^ r 1 sse ' > se ™ te bête, d'uhê ^ rri u?-; tran ohant.la gorgé. Elle ' oscilla sans • en ^ a 'n + P re W. séparée du tronc, puis s'abattit

en avant, avec un bruit mat. J'entendis le sang gicler " des artères contre le mur, et aussi le son rauque de

nlSSSïlS^- Par 1CS P ° Ura0ns ****£ en. ■■ un suprême effort. Soigneusement j'essuyai l'arme et • le lendemain, fort calme, je partais pou?. l'Amérique.

Et maintenant, mon. père, que je vous ai toutdit voyez si vous pouvez m'absoudre.... '

. Gaston Danvuxe^

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