‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 38 sur 140 · LE SONNET · texte numérisé non relu

LE SONNET

\ — « N'oublions pas,, mesdames et messieurs, . que nous avons parmi nous un poëte, un vrai poëte, celui-là!»

Ainsi parle la maîtresse de maison comme elle dirait autre chose. ...

Le poëte, ses yeux un moment seuls contré les yeux de tous, faiblit, baisse la tête et ronronne :

— « Je ne sais rien, uon ; là, franchement. Oh!

si je savais ! ^ "•'%-'. ':.'':■■

lise défend encore, qu'on l'oublie. En effet, des artistes, dès artistes dignes de ce nom,. attendaient et se précipitent. Déjà. ç ? est un pianiste, qu'on applaudit. Le poëte imprudent a cédé son tour. Il rouvre les" paupières : il a l'air d unie personne effrayée sans cause qui s'aperçoit soudain ': de son erreur. Il méprise le pianiste dont il envie le succès, et la gloire lui paraît une femme appé- . , tissante quoique vulgaire. ■ ■.*■'."':

— « Je me déciderai, pense-t- il, quand on me priera de hou veau. > / : . . . '•

-La maîtresse de maison se rapproché. ':

— « Alors, vous nous réfusez votre concours?;* Au moyen d'une phrase adroite il sauvegarde

son orgueil. ':.■■'-■■■■•,..-..

— « Soit, madame, mais vous- verrez que ça ne portera pas. ^

— << Sommes^nous des imbéciles? » semblent dire les invités ; et, profitant de l'hésitation, un chanteur aussitôt élève une voix dramatique.

Et toujours le poëte au supplice laissé, passer son numéro.

. Cependant la soirée se termine,, très réussie.. La maîtresse de. maison reconduit dans Tànti- " chambre, jusqu'au palier même, des gens qui ne se sont jamais tant amusés.

— « Vous, seul n'avez pas donné, dit-elle au & poëte. C'est mal de faire des. façons entre intimes,

Houél le vilain I ^

Et les invités, ; gravant sans risque le danger, approuvent en chœur:

— « Houe I Houe ! le vilain ! £

— << Vous êtes trop aimables >> ; dit le poète qui multiplie lés salutations empressées. :

^ -«." J'espère que nous serons plus heureux une . autrefois», dit madame. ■ ...

— « Certainement >i /; répond le j>ôëte,

Puis, avec la brusquerie des folles résolutions : -h «. Teiiez, pardonnez-moi; La : mémoire qui m'a manqué -tout, à l'heure .me revient : voilà ■.■■ un sonnet.» '' ■' ,'. \ .V. ."• "'.''. '-V-,

— «Ah.! c'est gentil/ dît la . maièesse dé mai- . son; Hep!, silence, là-bas f attendez ! chut un ■■ peulo» - ■ ■■; . ■ ■. ..;.•:* '/.-. ;*■■; - „ >. ',.-,, . t • : ■

Et tandis que hâtivement, ^cbnimèôn force Tami : pressé de -partir à manger ^ un morceau sur lé pouce/ le poëte 'récite .' ses vers, de beaux vers, ma. foi,: lés invités, saisis, ^achèvent pas le geste commencé; Des- pardessus, fojit bourrelet : aux épaules;. Un bras hésite à Tentrée d'une manche. Deux mains qui allaient s ? étrei-ndre, retom- -beiït.Uné canne reste ért Pair; On interrompt la lecturedes iriitial^s.dë chapeaux; Cette dame a le doigt pris dans un talon de caoutchouc. Celle-ci ne montré plus qu'une moitié^ de gorge et s'assied. Les jeunes filles disent: << Maman, écoute! » . Un monsieur,, penché . sur la cage dé l'escalier, • offre une cigarette . au bec de gaz. et la lui tient haute, Enfin cet autre, trois marches descendues, . s'arrête, un; pied Içvé/ prête l'oreille- et, poli, se

découvre I

JmES Renard.

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MÈRÇVRE DE FRANCE \ ,

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