MONSIEUR X
Poète français, volontaire de la bataille pbùR le ; , Mieux, -guide désigné desraces montantes.
Quand ils ont geigne (sic) huit jours... \ \
Comme le Christ sur la colline?
JStincelants d'ardeur divine^ Vous gravire$ votre Thabor, Sans vous soucier si, dans tombre, ' ■ La-bas , sous un nuage sombre, Le Golgotha vous guette encor* .
(Monsieur X., passim.)
Quand j'écris : Monsieur X., <c Poète français, voloniaire de la bataille pour le Mieux, guide désigné des races -montantes », peut-être l'X assez indéterminé de son nom, les qualificatifs étranges qui Taccom- ' pagnent et la surprenante fantaisie grammaticale et esthétique des paroles qui lui sont attribuées laisseraient croire que. le personnage ainsi défini appartient à la classe exquise des êtres de fiction, et que par- un choix heureux de mots bien appropriés j'eusse voulu suggérer d'une manière cùrsive l'idée même et l'image ■d'un pauvre d'esprit trop parfait pour exister ailleurs ' que dans le royaume du ciel. Qu'on se rassure, il existe sur cette terre; il s'est donné lui-même tous ces titres et quelques autres analogues, tels que -: « servant altier des rénovations à venir» ,« gardien de la pensée »,. « pasteur des âmes indécises », et, le plus souvent qu'il peut, il proclamé par le livre ou par le journal la beauté de son cœur et ses aspirations éventuelles à l'apostolat, voire au martyre. La seule vertu chrétienne qui semble lui manquer. jusqu'ici est Fliumilité, et il n'abhorre pas avec .assez de ferveur d'attirer l'attention sur le mérite qu'il se croit. Aussi est-ce. dans l'intérêt de son salut et de son définitif épanouissement moral que je préfère ne le pas nommer, pour . la mortification de sa vanité que je. n'imagine point
insensible à la sorte d'importance mondaine que donne Identique, même la plus justement sévère. En outre si je satisfaisais aux curiosités en éveil eh divulguant les lettres privilégiées qui, dans la vie courante, servent à
■ ; distinguer des autres hommes ce- scribe sanso-énie -ie
perdrais le bénéfice de îapénombre et du mystère iiidispensableà féclosion dés mythes; et MonsieurX. 7 indigne par lui-même de distraire une minute les têtes bien faites, ne prend toute sa valeur que considéré -comme le -représentant accompli de certaines doctrines à qui '.'-:
■ leur indiscutable niaiserie acquit assez rapidement 1 adhésion enthousiaste des sots.
Monsieur X. est; en compagnie de quelques autres confesseur de la foi selon Nos Seigneurs Ernest Laisse et Melchïôr de Vogué. On admirera ici l'extraor^- . dinaire puissance d'illusion et de crédulité qu'il faut aux gens qui se créent un dieu, même médiocre. Ceux-là voulaient un directeur de conscience : ils auraient pu s adresser à un sage comme M. Louis Ménard, qiii a interrogé passionnément toutes les philosophies et toutes les religions et dont l'aine fut assez o-rande pour accueillir tous les dieux; Sans doute une telle " pensée était trop haute et trop noble pour eux et modestes ce. jour-là, ils' allèrent trouyer un professeur ■ adroit et. se firent, prêcher Tinipéràtif catégorique par
^ MvErnestl^visse/qui ne.se refusa jamais àdesaccommodeménts avantageux^ à , des transactions utiles
< entre ses principes dé la veille et ceux du lendemain : démagogue à sa façon, il rie : cesse de prononcer de^vant ses disciples le panégyrique , de leurs* propres vertus, moyen sûr,-. * sinon très ^élégant; d'>cquérir '" une popularité -sans grandeur: L'attitude notablement plus prestigieuse de M. le vicomte E/Melchior de Vogué expliquerait peut-être l'erreur des deux ou trois personnes intelligentes qui se laissèrent séduire, par, là f6i nouvelle | ses lèvres dé gentilhomme sem-
* blaient ennoblir encore les mots qu'elles profèrent habitueUement.i <c Idéal, Charité, Réconciliation sociale/ Action, Devoir. » On ne s'est point aperçu tout de suite ; que c'était là seulement lé caprice, d'un homme bien *
: élevé pour des sentiments et des idées dont ïï parle, cornmé de toutes choses, plutôt par oui dire : et en amateur que pour en avoir fait une étude spéciale; et la gravité ecclésiastique de ses discours était d'apparènee si respectable qu'elle dis simula longtemps tout ce qu'il y avait en lui<Tétourderîe charmanteet presque
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d'espièglerie (d. C'est. à cette double école que Monsieur JC. apprit Tart de vivre, en quelques heures, l'enseignement qui s'y transmet n'étant point de ceux qui réclament un effort intellectuel considérable^ ès'lors, plein de confiance en sa faconde méridionale, — ; que n'est-il félibre lui aussi ! — il se destina dans- la comédie humaine un rôle éminent : être celui qui parle au nom de la jeunesse française; et il attendit impatiemment une occasion propice pour faire ses débuts.
Précisément il y a quelques semaines,M.Saint-Genest, je crois, a propos de trois jeunes macrocéphales dé bonne famille, riches^ oisifs, à la cervelle vide, préoccupés exclusivement de sport, de baccara, de chanteuses de café^concert et, en littérature, dé documents humains, fit entendre que toute la génération de 18 à 25 ans était semblable à ces trois petits imbéciles. Monsieur X., qui n'était pas en cause, cependant, jugea l'heure venue de remplir sa mission et répliqua sans tarder. Son manifeste contenait deux parties bien dis- . tinctes, Tune de critique sociale,rautre de critique littéraire,' établissant toutes deux la haute supériorité de là jeunesse contemporaine. Que s'il s'en était tenu à cette ' affirmation flatteuse pour les gens.de notre âge, je ne\ pense pas que personne y eût trouvé à reprendre. Mais il donnait ses raisons, . il apportait ses preuves, également piteuses,. Et d'abord, disait-il, un signe irir , faillible que nous nous sommes régénérés, c'est qu'il y. ■ ' a, à Paris, trois associations d'étudiants : Association généralé,.Cercle des étudiants catholiques, Association
. ' des étudiants socialistes ; et que dans toutes les trois « on aime le peuple ». Ce ne sont point les termes exacts dont s'est servi Monsieur X.: mais cette formule n'est pas plus vague que sa pensée, et,, saris se de-
.. mander si cet amour universel et inattendu des classes ■ bourgeoises et patriciennes pour ceux qui souffrent n'est pas simplement la crainte propitiatoire de représailles futures, il n'est point indifférent de savoir en quoi il consiste. Le manifeste ne le disait pas,:.
(1) Il semble bien qu'un, écrivain des plus déliés, qui raconte " de temps à autre les Mémoires d'aujourd'hui avec peu d'ïndul- " gence et infiniment d'esprit secret et rare, ait exprimé comme il le fallait l'illusion particulière produite par ML de Vogué . en cette épigramme inédite à la mode du XVII e Siècle ;
Tout ce qui reluit tl est pas or: ^
Vjogùê reluit en Melchior. .
-mais la préface d'un livre de vers, publié récemment par le même auteur donnait quelques, détails. Selon lui, les hommes de pensée « qu'une -révolution à fait princes » doivent diriger ce Téternelte : marche humaine» et conduire la fouie/ pour laquelle ils éprouvent beaucoup de pitié. Voilà une manière d'aimer qui n'est, , point sans égoïsme et se -rapproche assez de celle que pratique le député Maurice Barrés- si dùrénient. excommunié par Monsieur X.. Et puis à y a là une collusion peut-être volontaire, à coup sûr pernicieuse, entre la hiérarchie intellectuelle et la hiérarchie sociale^ qui n'ont riçn . de commun. La première ne saurait léser l'individu que dans ses prétentions intimes; elle est ,
. fatale, etde loin, à dés échéances parfois séculaires, les poèteset les philosophes mènentle monde.Màis l'autre, rien nela justifiera jamais: toute autorité estmauvaise, . établie sur la violence et ia spoliation, et nul artifice de paroles ne saurait rendre légitime ce fait monstrueux m'importe quel homme s'arrogeantde comman- ]' der quoi que ce. soit à n'importe quel homme. Quant à la pitié, il n'est pas de passion plus auguste ni plus douce pour celui qui l'éprouve; mais elle. ne. va pas iion plus sans un sentiment d'infériorité et dliumilia-r tion chez le malheureux qui l'inspire, et tantôt deux mille ans de christianisme riôus ont trop fait oublier peut-être une idée d'une valeur sociale plus mathématique, partant plus grande, Vidée de justice. Celle-là, primordiale et absolue, ne participe point à Tinstàbilité.du sentiment et n'a rien d'arbitraire ni d'imprévu.. ; Je l'indiquerai volontiers à Monsieur X. comme une excellente .règle de l'action, qui n'est point, ainsi qu'il le suppose gratuitement y la fin mais la condition . nécessaire de la vie; agir est un simple fait qui indique là tendance de l'être à persévérer dans .l'être et rien de plus, aussi bien quand nous nous . écartons machinalement d'une voiture qui nous pourrait écraser que sous les deux formés moins immédiates mais aussi significatives du militarisme international et de l'assassinat privé. : . ,
Mais il y a toujours quelque chose comme un manqué de pudeur à exprimer, publiquement tel -où tel choix secret de la conscience, fût-ce même pour éebap-
- per àù reproche d'être 'un -vulgaire : bandit "capable* de crimes bas et louches. Par, contre, l'examen, des opinions, littéraires de Monsieur X. n'entraînera pas avec-.
. lui leregret.de réticences omises.il constate daii s
son manifeste que les romans naturalistes et psychologiques « sont quelque peu tombés en discrédit parmi nous », L'aphorisme n'a rien de particulièrement hardi ni de bien nouveau : mais les motifs assignés à cette déchéance ne sauraient être acceptés, non plus que les conseils de Monsieur X. touchant la « pensée écttte », comme il dit par dédain de la littérature. Il classe en effet les naturalistes et les psychologues parmi les adeptes de l'art pour l'art] et, à le croire, « l'art n^est jamais qu'une distraction » et « là pensée écrite n'est pas un art». Nous nous imaginions 'à tort quel œuvred artnMtaitpasrexpression du rêve intérieur seulement par le son, le relief ou . la couleur, mais aussi par le mot qui résume et rappelle toutes les sensations et toutes les conceptions abstraites, si bien que Fart du mot est l'art suprême, le seul qui de toutes pièces puisse recréer un monde. Point; Y Iliade etles Méditations.^ cite les autorités de Monsieur X.) ne sont à aucun titre des œuvres d'art, et au'nom dé J.-J. Rousseau (i) qui n'en peut mais et de Lamartine transformé en fantoche ridicule, Hugo, Flaubert, de Vigny (accaparé ailleurs par le Volontaire en ques- . tionj Baudelaire, Leconte de Lisle << ont menti »; ils n'ont jamais été des poètes : a le poète est celui qui.... », il y a six strophes de suite pour l'expliquer fort mal; quelques syllabes suffiraient à rendre clairement la pseudo-pensée de Monsieur X. : « Le poète est celui qui ignore le rhythme, la langue, tout; le poète, c est Moi. » Personne n'y contredirait, à moins de . mauvaise volonté, et des morts illustres ne seraient pas compromis par des louanges de cette délicatesse :
- Toi qui fus beau, toi qui fus hou,.- toi qui fus juste. Lamartine, salut ! — Ton nom immaculé Sonne comme un appel de l'idéal auguste ; .
Quand tu chantes on croit que Dieu même a parlé. '
Quiconque ne juge pas à propos d'employer ce jargon, informe est un « diseur de foutaises », selon une tournure galante empruntée' à la préface déjà mise à contribution, comme s'il était nécessaire de mal écrire pour avoir le droit d'être jugé un homme sérieux. In-
(i) Cf. Rotjsseau (Confessions. Partie II, Livre VIII) i Je
meditois dans mon lit à yeux fermés et je- tournois et retournois mes périodes dans ma tête avec des peines incroyables.
sistér. . n'aurait point de grâce ni sortir de leur ombre '-. quelques autres , strophes aussi étrangères à ia beauté.. Lé silence complet eût encore mieux valu peut-être, Monsieur X M après, tout» n'ayant reçu le. mandat de parier au nom de personne et ne représentant que solmême, ce qui est peu, autant qu'on a pu le présumer .. par cet aperçu panoramique de son -œuvre. Mais on me pardonnera pour la pureté de riritèntioTi et parce que; la race, de chanteurs que je ne rougis point d'avouer mienne ressemble aux; antiques Corybantesru^e nuitj les Initiés écoutaient, au fond du bois interdit aux profanes, lés flûtes merveilleuses dés ténèbres qui sanglotaient vers les étoiles, afin de. iredire à leurs frères ignorants des rites les tristes et purçs harmonies qu'ils auraient entendues; lin satyre éveillé parle clair dé lune insulta de. rie anements leur extase surn à- >turelle; ils regorgèrent: sans scrupule et^ reléguant dans Toubli la tête dérisoire que la mort même n'avait point consacrée, "ils . s'enivrèrent a\ nouveau, dans Tombrë purifiée, désormais, avec les mystérieux murmures qui, jusqu'aux astres, montaient des sources, de s " feuillages pu de leur âme* ;.
Pierre Quuxard.
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