VI. — LES IMAGES
Regarder des images pieuses, des représentations ae saintes dont la face blême s'amincit dans un halo d'or, d'amantes qui laissèrent toute terrestre inquiétude, oubliée entre les lys., de celles qui firent saigner leur corps, qui furent folles de leur cœur. .. . ■
— « Croyez-vous, me demanda Hyacinthe, qu'elles aient éprouvé des joies plus pures, que nous, pécheurs, en notre péché? N'étaït-il pas très pur, notre péché ? ^
— « Hyacinthe, vous déraisonnez. . -> — .« Nullement, Damase, je me réalise, j'affermis
FEVRIER 1892; -* ; . ij>
mon fantôme, je le .repétris dans;, le ciment des souvenirs sensationnel?. Cette seule; fois il y eût un après v ùne persistance de volupté, la p'erma^ ■ nence <Tune caresse qui, à traverâ la forêt des fibres, avait atteint mon âme et Tavait sensibilisée,
— peut-être pour toujours 1 \- '. * .
— « Cher enfant gâté, il lui faut le péché I
-lj~ « Oh ! ceci; vous regarde. Moi, je n'ai pas de - conscience, puisque je vous fis don de mon libre-arbitre, et que vous raceptâtes, v-'V'
— .« Et si. je vou£ emmène dans les ténèbres • extérieures ?'.'"■./ '-'•>-•;."/ :''''"".
— .« Jé;vous suivrai, mon ami, sûre d'être bien partout où je serai avec vous. » .'";;. ,
Cela valait un baiser v que je lui donnai;, ensuite
- je dis:'- ; '. ' ", ■. \ ,..'■ ■';'■.•". '. ;,-'.,
■— r « Ce n'était pas un péchés.
•— ' « Oh ! par exemple. î > .: ■ . '-.'-.
Incrédule, elle me raillait. Il fallut consulter des auteurs, lui prouver par des textes la vénialité dé notre, abandon. Elle en fut chagrinée, où bien ce n'était qu'une, vaniteuse feinte, car je ne " lui cdnnusjamàis de perversité réelle^ une bravade. propre à ' m -émouvoir : et à susciter ma contradiction, : ' . — <a Le péché, dis^je,: est, toujours, médiocre.
Cést,\en soij un acte incomplet, borné, parsa , propre. nature et qui . n'élabore qu'une simagrée. nulle. Contraire .à la pensée divine, il demeure à mi-chemin de la contradiction,. puisque l'absolu dans le mal est impossible, même à concevoir. ,
— ^ç Je ne cherche ; pas l'absolu, moi, dit Hyacinthe, et seules/ même incomplètes, les sensations mè font vivre. Je veux bien qu'elles soient vaines, ,si leur vanité -m'est douce/ Tu té souviens qu'aux premières initiations je fus déçue et qu'ensuite telles expériences : mecdntristèrent.: èh bien, d'hier la lumière dure encore, --*- dans le cœur de la modeste pe ccatri.ee, mon cher Damase. Pourquoi? '■■. ." ;, ; v ;
— « Parce que Tiro nie est un. des éléments de
la joie et qu'il vous a paru notablement irrespectueux de vous pâmer sous la vigie du Tabernacle mais il y a de divines indulgences pour ces dis^ tractions : ce ne fut qu'un manquement à l'étiquette, — et le reste, vous l'imaginâtes.
',..~ * E . î uel } e différence voyez-vous entre 1 imaginaire et le réel ? '■■■■. ...
— « Subjectivement aucune, Hyacinthe, vous
?4* y * z -3 e ?-. T outefois ces deux sortes de faits, ciinerencies ^^" , " , " 1 - 1 ' * •■ . . »■
pas l'âme des
par la pensée, ^«^ F „ x^lc. vous n ignorez pas que le pèche se commet selon trois modes • en pensée, en parole, en action...
— « Et vous croyez vraiment que je pense ?
— « Peut-être,,- sans le savoir l'Ayant -étudié de très près les. femmes, Schopenhauer put établir' sa théorie de l'Inconscient : il avait compris que
1 intelligence peut coïncider avec ^automatisme, bon Dieu-Monde est une femme élevée"*" Finirai, r— genre de Dieu fort dangereux et sous le gouvernement duquel '. il faut s'attendre à toutes sortes de cataclysmes, Dieu inconnaissable pour 1 humanité et inconnaissable pour lui-même. Et toi petit Dieu ironique, je voudrais m'imboire de ta spiritualité, - et je ne puis. Tu fuis sous le tranchant de. mon intelligence comme . les folles nerbes marines sous le fil de là faux., »
. Hyacinthe semblait distraite aux images
me épervier,
Scholastique, à son poing, mystiqù Ihspntse symbolisait en oiseau familier, les ailes comme un double .bouclier épandues surles seins' de la vierge élue.
Claire, ses mains gantées capturent l'Ostensoir et ses yeux clairs pleurent des larmes surnaturelles "
Ida la b anche au chef réceint d'épines,, et Co- ' Jette, agnelette égorgéepar l'Amourf
bur la croix, que porte Catherine, des lys ont .daigné fleurir. . ■ . .
/ Christine, à ses épaules de grandes ailes sur-
gîrent dans la déchirure de la bure, et.ses pieds nus stygmatisés ensanglantaient les dalles du monastère.. ;' -.'■.:■. ^ ."
— « Eh bien,, connais-moi î » pro/éra Hyacinthe, en se tordant sur mes genoux selon un rythme tel qu'elle en paraissait dévêtue. .
. ; te divan aux coussins de sinople fiit notre intermédiaire. " ■ . ..'.'■■
Après, elle me garda sur elle une seconde pour. me dire :
« Voilà comment on peut me connaître, — et pas autrement l 2> ■' ■ s
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