‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 55 sur 140 · VIL — LES LARMES · texte numérisé non relu

VIL — LES LARMES

Songeant âùx sensations fictives et, aux visions équivalentes, il m'aïrivà clè torturer Hyacinthe ( très cruellement. Je lui en avais' fait la promesse, mais une native bonté d'âme et la nouveauté des* fatales occupations amoureuses m'aveuglaient et restreignaient jusqu'à la naïveté indulgente mon devoir d'inquisiteur. .

: : Phàrmacbper, les âmes par la s^ùle drogue qui les purge, la douleur, — c'est assurément la su^prême charité, mais combien difficile à exercer envers lés êtres que Ton aime! D'innocentes hosties .ne sentent pas lé prix du martyre immérité, et quel courage pour: braver, de la bouche qu'on adore, la vocifération de : bourreau!

'Hyacinthe acçtieillerait-elle comme des amies mes mains illumieuses de bûchets ou les mordraitelle, à dents par la réyolte empoisonnées ?

Mais il.le fallait, et. j'avais un autre motif : c'est que, les larmes. sont toujours un; peu révélatrices du parfum intérieur, de l'essence enclose, dans le flacon secret. -.* *■ ,.'----.

— £ Hyacinthe, dis-je, en secouant le. bras vilainement, un soir que. nous revenions d'une pro-; menaàè par les allées où pleuraient déjà les

. feuilles sèches, — que vous êtes lourde I \

— « Oh I Par exemple ! ^

C'était le mode familier de. son indignation ou de sa surprise. .

— « Lourde, ma chère, ou alourdie peut-être oenez-vous lasse ?.

— «De quoi? .

t— « Mais, de me suivre, ombré ! » ' . Elle me trouva méchant et s'attrista!

■ — « Ombre l Eh bien,, n'est-ce pas mon devoir et ma joie . ; Quand tu m'appelas à la vie (ie ne sais comment) ce fut pour te suivre, il me semble, pour te répliquer selon des modes explicatifs et non contradictoires* — enfin, pour matérialiser en la substance que je te parais,, en la forme que jet apparais, ton rêve d'un antre sexe. Est-ce mon rôle, oui ou non ? Alors, que me reproches-tu et pourquoi me fais-tu pleurer, — moi, ta pensée même r ' .

— « Tu est lourde, parfois, comme un ennui — et tu te matérialises trop. '."■:.

— « Je suis ce que tu as voulu, reprit Hyacinthe, et je t appartiens tellement que de me blâmer, c est toi-même que tu offenses. '

*T 5 E1 i. e . n " a donc jamais pensé, l'Hyacinthe adorée, dis-je, en émettant datroces sous-eritendus d ironie, que ce qui a commencé doit finir?

— « Je ne sais plus quand j'ai commencé à t aimer, cest-a-dire â vivre, dit Hyacinthe en tremblant, mais je ne veux pas finir, ■

— « Imbccîlla pluma est vclïc sine subsidio Dei La volonté n'existe que conforme à la logique la plus haute. SLtu m^appartiens, tu ne peux vouloir. ' La rébellion d un fantôme !»

Elle devint amère :

— « Cependant j'ai une âme.

'.— « On dit aussi l'âme d'un violon et l'âme d un soufflet, — mais je vous raccorde, 'Hyacinthe, votre ame immortelle de femme, immortel- Iement futile et négatrice. C'est elle qui me gêne et dont les émanations s'élèvent en fumée autour de moi et obscurcissent ma vision de l'infini Si je pouvais t'aviver jusqu'à la lumière, charbon

sans flamme, mais tu restes noir sous mon haleine et tu 'infestes d'odeurs charnelles le laboratoire de mes désirs purs. .„ . .

—t « Annihile-moi, Damasê, pulvérise Tinin- .. fiammable charbon,— mais tais-tpi, et qu'en . ■mourant je puisse adorer encore. tes lèvres muet:

.. — «Pourquoi t'aimefâis-je," .même en. paroles, . puisque tu me damnes et que je le sais ? * ,

■— - «Au moins, Damasey ne me sépare pas de ta damnation, : et que nous soyons deux— r en

Enfer I' - /

—. «Tu me, Tas déjà .dit. Ah! stupidité des amoureuses excessives. «Mon Dieu, que je sois damnée ("'pourvu que je vous aime I >> — n'est-ce . ■ pas?- > ':•" .'."-" . ..'"..'

Mais, enfant plus irrâisdnnable / que là trajectoire .brisée d'une -idée de fou, — damnée, tu me ; haïras. L'enfer n'est que haine, et si une lueur de .: joie phophorescerite' irradia jamais les prunelles . \ dédiées aux : éternelles ténèbres,, ce fut dans les

Î r éux morts d'un damne souffrant côte à cote avec 'être pour, lequel il ouvrit j adis Tinestimable f ôn^ faine de son coeur sacrifié.

— <a Tu me fais peut! Tu 'me me fais peur !»

Hyacinthe se jeta mourante dans les bras du : tortionnaire,; Elle, se. serrait contre la raison même de son effroi; elle bàïsait la main qui Teridolorait, . les érignes qui lui déchiraient les seins, le ^sphondylotrôbe qui lui écrasait les vertèbres.

Ne pouvant peut-être, tout au fond d'elle-même, me croire si méchant que je me faisais, elle leva vers mes yeux ses yeux épouvantés,. quêtant une fuyante. étincelle de douceur, une débile nuance de consolation pré&aiire, r— mais, impitoyable, je' . maintenais le sérieux triste dont j'ava^ imposé . l'esclavage aux muscles.de ma faœ. . .

. Xà baisant au front, je dis [:

^« Que la plupart des paroles, que je prononçai - soient dissoutes, mais les dernières, non. » .

Soudain, ië sentis naître et croître en moi une

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idée diabolique, — : évoquée sans nul doute par les mots spécieux que j'avais antérieurement prononcés. ■ /:,

Je renversai Hyacinthe sur le tdivan où. elle . était venue tomber vers moi, et je dévorai la joie mauvaise de posséder une femme paralysée^parla terreur.

Selon de brusques retours elle passait de la souffrance au plaisir, mais sans oublier encore,au milieu de la musique des chatouillements sexuels, le discord des impressions pénibles, partagée entre l'indiscutable violence des actuelles sensations et la peur qu'après l'extase le monstrueux étau de la haine ne la capturât en ses bras de fer pour l'éternité.

. J T eus le courage de prolonger l'expérience, dosant avec scrupule les. arrêts et les mouvements, variant le rythme pour déconcerter la certitude, et Hyacinthe, effarée des contradictions qui martyrisaient sa chair heureuse, souffrait délicieusement, prête à s'épandre en sanglots, prête à mourir d'amour dans un paradis infernal. '

Enfin, les. larmes jaillirent : je les hus. comme dé précieuses perles d'ë sang. .

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