LA BOUTIQUE D'HISTOIRE NATURELLE
Mon amie de maintenant est demoiselle de comptoir, terieuse de livres, caissière et. que sais-je, encore, chez un marchand de « Sciences Naturelles .*.,- Mais la boutique où elle se tient tout le jour n est pas, sut- Vant la tradition romantique, un obscur boyau dans une infâme et puante petite ; rue, un capharnaum lïns air et sans* soleil, Sont les, vitres Poussiéreuses sont aveuglées de taies en papier ; ce n est point le réduit crasseux et yermineuxdes âges légendaires, au», casiers vermoulus supportant pour le danger de qui pénètre de sales carcasses, branlantes et des tronçons Se momies, des bêtes, empaillées que déplièrent et , rongèrent des générations de parasites, des. bocau^ chassieux et des bouquins couleur de. suie, relies par des toiles d'araignées ; on n'y. voit pas, dans les coins,. ces entassementsde,choses méconnaissables qu aftectionnent les bric-à-brac ; il «V a point , fùP 1 **™*' pendus à des solives, fumées, des crocodiles gâteux It des serpents bourrés de foin, rigides ; ainsi que la baguette d Ç Aaron. '- La boutique d'histoire naturelle où se tienf mon amie, est très moderne; elle ouvre dans la grande lumière et Tespace du boulevard Saint- Germain, sur un trottoir lar|e; tout Y est . hi sant et neuf, clahV coquet, et propret ; rien n'affecte 1 odorat quand on passe, si ce n'est un léger .parfum de peinture fraîche et de vernis, parfois d'alcool, parfois de . Sfinol; les bêtes empaillées ont fait leur toilette; les IrenouÙles ert conse^e, et les pièces . anatomiques nagent dans des liquides si incolores, si plaisants à l'œil, que bien des ivrognes les boiraient sans degout. La boutique d'histoire naturelle a suivi. les progrès de la Science et ne répugne pas plus quune officine de pharmacien ou de bandagiste.
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Depuis que je marche les cent pas devant ses yitrines, je ratcomplaisamment apprise, d'ailleurs ; je puis la: décrire !àvec minutie, les. .yeux clos; la refaire trait pour traït^ la sortir de mon cerveau, qui en garde l'image immédiate et un peu fidèlement sotte des clichés photographiques : ie sais le nombre de ses éta-
gères, la place de.seà comptoirs, l'endroit où 1 on met . chaque chose dans l'étalage ; je saisie va-et^rient des êtres qui la fréquentent, les habitudes du patron, — lès péripéties et gestes, en somme, qu'un observateur consciencieux : grave dans sa mémoire lorsqu'il séjourne quotidiennement quatre heures devant une même façade d'immeuble : — devant là sévérité quasi officieîle d'un muséum fournissant aux études expérimentaies de plusieurs institutions réputées.